On part en Ouganda, en guerre contre un plaie de criquets...On peut vraiment parler de guerre dans ce pays enclavé d'Afrique de l'Est, grand comme la moitié de la France, et qui, comme toute la région affronte une invasion de criquets « de proportions bibliques » selon les propres termes des Nations unies.

L'Ouganda face à une invasion de criquets aux "proportions bibliques"
L'Ouganda face à une invasion de criquets aux "proportions bibliques" © Getty / SOPA Images

Si en Ouganda, on peut parler de guerre, c'est que le gouvernement a nommé un « commandant criquet » et lui a assigné 2000 hommes : une sorte de force d'intervention rapide anti-criquet  ! Le Général-major Samuel Kavuma prend les choses très au sérieux.  

Au début, il le reconnaît lui-même dans les pages du Guardian de Londres, il ne « connaissait pas grand chose a ces bestioles », après deux mois de traque et de « massacre » - c'est le mot qu'il emploie – il est devenu un spécialiste !  

En quoi consistent ces campagnes anti-criquets ?  

D'abord, c'est épuisant : il faut synchroniser l'attaque avec le métabolisme des insectes : « entre 18 et 19h, les criquets se posent plus pour la nuit et ne bougent ». C'est le moment d'intervenir : efficacité, rapidité, surprise ! 

C'est parti pour deux phases :  

  • La première, tuez-les tous ! Une petite centaine de soldats sont déployés pour asperger les zones infestées de pesticide. Les soldats sont équipés de pompes électriques et avancent en rangs serrés. 
  • Phase 2 : repérez les nids et... tuez-les tous, dans l'oeuf !  Les criquets profitent de ces périodes de repos pour pondre. Le travail est épuisant, le « commandant criquet » explique que lui et ses hommes dorment quelques heures par nuit. 

Au petit matin, il faut rejoindre une autre zone infestée et recommencer.  

Mais est-ce que c'est efficace cette méthode ? 

Objectivement non, ces nuages de criquets peuvent couvrir des surfaces aussi larges que Paris intra-muros et peuvent parcourir une centaine de kms par jour. Chaque nuage pouvant comporter des milliards de ces criquets qui dévorent tout sur leur passage. Donc les quelques soldats dépêchés par le gouvernement ougandais, même avec le « commandant criquet » à leur tête, et avec la meilleure volonté du monde, ne font pas grande différence. 

On sait ce qu'il faut : il faut des avions épandeurs et beaucoup !  Mais en fait, le but de ce déploiement dérisoire est avant tout psychologique. L'Ouganda n'a pas connue pareille infestation depuis plus de 70 ans. Les paysans sont traumatisés et la présence de l'armée, donc de l'Etat, est là pour les rassurer. Et ça marche.  Relance : mais c'est toute l'Afrique de l'Ouest qui est concernée …  

Et depuis quelques jours à peine, la République démocratique du Congo est elle aussi touchée. Cela faisait plus de 70 ans que cela n'était pas arrivé. En plus de l'Ouganda, c'est le Djibouti, l'Érythrée, la Tanzanie et même le Soudan du sud qui sont touchés.  C'est simple, si rien de sérieux n'est fait d'ici juin, le phénomène menace d'augmenter d'un facteur de 500 ! Or juin, c'est précisément la période du début des moissons dans cette région : en clair, la catastrophe alimentaire est servie !

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