On se souvient de l'Ecce Homo de Borja, cette toile tellement mal restaurée qu'elle avait fait rire le monde entier. Eh bien, une nouvelle affaire de restauration ratée entache la patrimoine espagnol : cette fois-ci, il s'agit d'une sculpture polychrome datant du XVIe siècle, un Saint George désormais peinturluré.

L'église San Miguel de Estella en Navarre
L'église San Miguel de Estella en Navarre © AFP / Tibor Bognar / Photononstop

Vous vous souvenez tous de l'Ecce Homo de la petite ville de Borja en plein cœur de la Mancha, cette région qui a donné Don Quichotte à l'humanité ! Un tableau restauré par une charmante paroissienne d'un certain âge et dont le travail a fait le tour du monde.

Avant, le tableau avait figure humaine, après, on ne savait plus très bien s'il s'agissait d'un visage ou d'une nature morte. Cette restauration est d'ailleurs devenue presque plus célèbre que le vrai tableau lui-même, entrainant une explosion du tourisme.

Le monde entier voulant voir les pires retouches jamais réalisées sur un tableau ancien. Eh bien, figurez-vous que cette mésaventure s'est reproduite : dans le nord de l'Espagne, cette fois, dans l'Eglise de la petite ville navarraise de San Miguel de Estella.

Une sculpture datant du XVIe siècle et entièrement repeinte de frais

Oui, parce qu'il y a un précédent, bien sûr. Mais aussi et surtout parce que l'oeuvre « restaurée » n'est plus un petit tableau mais une énorme sculpture sur bois datant du XVIe siècle et représentant Saint George terrassant le dragon.

Cette statue était polychrome à l'origine, c'est-à-dire peinte. On pouvait d'ailleurs, ce qui est plutôt rare, encore distinguer les nuances de bleu de l'armure du Saint George ou encore la délicate complexion colorée de sa peau. Bref, un vrai travail d'artiste.

La mauvaise idée, celle du maire, est d'avoir fait appel pour cette restauration à un marchant de couleur local qui se piquait d'être un artiste. Le résultat est épouvantable : le cheval est bleu, les rènes sont rouges et surtout, le visage du saint est rose.

Le visage de Saint George est désormais d'un ravissant rose bonbon

Rose bonbon, rose bande-dessinée des années 50, c'est simple, le Saint George d'Estella a désormais des faux-airs de Tintin. Je vous conseille de vous précipiter sur Internet pour vous rendre compte. Et le pire, c'est qu'on ne peut plus rien faire.

« L'artiste » a pris soin de recouvrir la statue d'une préparation indélébile avant même d'appliquer les couches de peinture. Une horreur et surtout une humiliation de plus pour les vrais restaurateurs qui préparent une petition pour tenter de sauver la face.

Enfin, il y a la presse qui s'est enflammée pour cette nouvelle catastrophe artistique  en mettant en avant un concept, très espagnol : l' « esperpento », qu'on pourrait traduire par grotesque ou trivial qui semble aller comme un gant à cette histoire si espagnole.

Au Vatican, il est toujours utile de se plonger dans les archives

Comme ces historiens qui y ont retrouvé un ouvrage du 13e siècle ayant appartenu à l'empereur Frédéric II. Et en le feuilletant, cet ouvrage daté de 1240, il ont eu une grosse surprise :

Il s'agit d'un livre de chasse, intitulé De Arte Venandi cum Avibus, qu'on pourrait traduire par, De l'Art de la Chasse avec des oiseaux. Et en détaillant les oiseaux qui y sont illustrés, ils ont repéré non pas un mais 4 cacatoès, une sorte de gros péroquet à huppe.

Or le cacatoès est un volatile originaire d'Australie, de Nouvelle Guinée et un peu d'Indonésie. Ce qui signifie que dès le haut Moyen-Age, il existait des liens suffisement solides entre l'extrème Est du monde et l'Europe pour que cet oiseau soit représenté.

Avant cette découverte, le cacatoès n'avait été décrit que deux siècles et demi plus tard, sur une toile de Mantegna de 1496. Ce simple volatile, dessiné sur un livre datant de 1240, bouleverse tout ce que l'on imaginait de la circulation des idées et des biens

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