Depuis deux jours, l'Equateur demande aux réfugiés vénézuéliens un visa d'entrée. Les postes frontières sont débordés.

A la frontière entre l'Equateur et le Venezuela
A la frontière entre l'Equateur et le Venezuela © Getty / Joe Raedle

Direction la frontière entre la Colombie et l'Equateur ce matin. Les deux pays partagent 2 200 kilomètres de frontière terrestre, en grande partie en pleine jungle amazonienne, et surtout deux postes frontaliers dont le plus important, porte le joli nom de Rumichaca.

Or, depuis dimanche, ce point de passage est littéralement pris d'assaut par des milliers de réfugiés vénézuéliens. C'est simple : en deux jours, samedi et dimanche, 11 000 Vénézuéliens ont passé la frontière à pied, seul ou en famille.

Leur nombre a doublé en quelques jours mais, tout le mois d'août, se sont tout de même 2 500 réfugiés vénézuéliens qui, tous les jours, ont passé cette frontière alors que la Colombie, elle, est déjà le lieu de résidence d'un million 400 mille Vénézuéliens.

Un visa pour entrer en Equateur

Je comprends votre étonnement : l'Equateur est loin d'être un pays riche. C'est même l'un des plus pauvres de la région. Seulement voilà : devant l'afflux de réfugiés vénézuéliens, le président équatorien, Lenín Moreno, a décidé d'imposer un visa.

Jusqu'à présent, comme en Colombie, les Vénézuéliens entraient librement. Mais depuis lundi minuit, il faut aux Vénézuéliens un passeport, même périmé et surtout un visa qu'ils obtiennent au travers d'un site internet et après avoir payé 50 dollars.

L'Equateur n'a plus de devise nationale : on y paie en dollars américains. Or, s'il y a bien une chose que les réfugiés vénézuéliens n'ont pas ou en quantités très limitée, s'est précisément le précieux dollar américains.

Vite entrer pour échapper à la bureaucratie

Le plus étonnant, c'est que ces réfugiés ne font que traverser l'Equateur. La plupart d'entre eux poursuivent leur chemin en direction du Pérou, du Chili ou de l'Argentine. Je ne sais si vous imaginez le périple ?

Il s'agit d'un parcours de plusieurs milliers de kilomètres, à pied ou au mieux en stop ou bus vers des pays qui sont réputés plus riches et mieux à même d'accueillir une telle masse de personnes et peu de temps.

Sauf que, malgré tout, malgré sa pauvreté, l'Equateur accueille sur son territoire de 300 à 400 000 réfugiés vénézuéliens fuyant la misère, les pénuries de médicaments et de nourriture, le chômage et l'insécurité obsédante coté vénézuélien.

450 000 réfugiés en un an

Depuis que cette exigence de visa pour entrer en Equateur a été annoncée, le 25 juillet dernier, 85 000 Vénézuéliens sont passés par ce seul poste frontière de Rumichaca. Mais de toutes façons, l'année 2019 bat tous les records : 450 000 passages depuis janvier !

C'est chiffre sont si impressionnant que le gouvernement vénézuélien lui-même a cessé d'expliquer que ceux qui partent sont « les ennemis de classe » ou des « traitres à la patrie bolivarienne ». Le Vénézuéla se vide littéralement :  

On parle de 4 millions de réfugiés d'ici la fin de l'année, pour une population totale d'une trentaine de millions d'habitants. Je tiens à souligner que, jusqu'à présent, les pays voisins ont été d'une remarquable solidarité, encaissant le choc sans broncher.

Le tout, avec l'aide de l'ONU certes, mais guère plus : le président colombien Duque a bien enté de mobiliser la communauté internationale – et avant lui son prédécesseur Santos : rien, un silence assourdissant. Seule l'Espagne s'est montrée un peu réceptive.

Je rappelle enfin que le Vénézuéla n'a jamais été un pays pauvre et qu'il a fallu l'incurie du gouvernement bolivarien de Nicolás Maduro et des militaires vénézuéliens qui le secondent pour ruiner le pays qui possède les premières réserves de pétrole au monde !

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