La concomitance des épidémies d'Ebola et de Covid-19 en République démocratique du Congo faisait craindre le pire. C'est plutôt l'inverse qui risque de se produire : une meilleure préparation et une population plus résiliente.

Un résident de la banlieue tentaculaire d'Alexandra à Johannesburg (Afrique du Sud), lors d'un test de dépistage du coronavirus COVID-19, le 27 avril 2020
Un résident de la banlieue tentaculaire d'Alexandra à Johannesburg (Afrique du Sud), lors d'un test de dépistage du coronavirus COVID-19, le 27 avril 2020 © AFP / Marco Longari

La République démocratique du Congo n'est pas loin de vaincre l'épidémie d'Ebola : le dernier patient est sorti de l'hôpital de Béni, dans le Nord-Kivu, à l'Est de ce pays d'Afrique centrale grand comme quatre fois la France. Ou plutôt la dernière patiente, puisqu'il s'agit d'une petite fille de sept ans admise le 13 avril.

Depuis août 2018, le Nord-Kivu est l'épicentre d'une grave épidémie d'Ebola et, donc, bonne nouvelle sur ce front épidémique : elle est presque vaincue !

Je dis "presque" parce qu'il y a un dernier obstacle à franchir : il y avait en fait deux patients malades à Béni. La première est donc guérie, mais le second malade s'est échappé ! Il faut donc le retrouver pour entamer le compte à rebours officiel de fin d'épidémie.

Déjà, le 3 mars dernier, on n'était pas loin de la fin de l'épidémie. A partir du moment où le second patient sera retrouvé et sous contrôle – c'est-à-dire les siens dépistés, vaccinés ou soignés s'ils sont positifs - débutera un compte à rebours de 42 jours – soit deux fois la période d'incubation maximale d'Ebola qui est de 21 jours. Si, à l'issue de cette période, aucun nouveau cas n'est rapporté, l'épidémie sera déclarée terminée par l'OMS. Cela a déjà bien failli être le cas : le 3 mars, un dernier malade est sorti de l'hôpital ; le bout du tunnel était donc pour le 13 avril.

Seulement voilà, le 10 avril, six nouveaux cas étaient détectés. Tout était donc à recommencer. Mais, quoiqu'il arrive, on est très proche de la fin de cette épidémie qui a fait 2 279 morts, soit le pire bilan pour Ebola depuis 2014.

Hier Ebola, demain le Coronavirus... l'Afrique est une fois de plus frappée

La concomitance des deux épidémies est même frappante : le 3 mars, on l'a vu, Ebola a bien failli connaître son dernier cas. Or le 1er cas de Covid-19 a été détecté à Kinshasa, la capitale de la RDC, le 10 mars ! Depuis il a eu près de 450 malades et 28 morts.

Pourtant, paradoxalement, c'est presque une chance pour le Nord-Kivu, voire pour l'ensemble de la RDC : des équipes ont été formées au risque épidémique, des infrastructures sont déjà sur place et surtout, la population est très entraînée.

Le niveau de préparation médical de Kinshasa n'a certes rien à voir avec celui d'une capitale occidentale, mais, la population est habituée aux messages de prévention, le désinfectant est partout et les masques, même baroques, sont omniprésents.

Une Afrique qui réagit plus vite et plus efficacement 

Que ce soit bien clair : je ne minimise pas l'impact à venir de la pandémie de Covid-19. Notamment en Afrique sahélienne – Mali, Burkina Faso, Niger – où elle pourrait entraîner une insécurité alimentaire gravissime pour 11 millions de personnes. Mais la vérité c'est que, contrairement à nous, l'Afrique n'a jamais cessé d'être affectée par les épidémies : 

  • de tuberculose (avec de la distanciation sociale), 
  • de Sida (qui nécessite un suivi médical strict), 
  • et enfin d'Ebola (qui requiert confiance vaccinale et rigueur du confinement)

En clair, l'Afrique semble réagir mieux, plus vite et plus efficacement à la pandémie actuelle. C'est le Centre africain pour le contrôle et la prévention des maladies, qui dépend de l'Union africaine qui l'explique. 

Un exemple, à Kampala, en Ouganda : à cause de la distanciation sociale, les bodas-bodas, ou motos-taxis qu'on retrouve partout en Afrique d'ailleurs, ne peuvent poursuivre leur activité. Du coup, ils se sont immédiatement reconvertis et livrent aujourd'hui des produits de première nécessité. Partout, l'Afrique innove, s'adapte, se mobilise.

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