Israël est leader au monde en terme de vaccinés par million d'habitants. Comment, dès lors, comprendre la décision de ne pas vacciner les prisonniers palestiniens en priorité, comme les autres incarcérés ?

Benjamin Netanyahu, Premier ministre israélien se faisant vacciner le 19 décembre 2020
Benjamin Netanyahu, Premier ministre israélien se faisant vacciner le 19 décembre 2020 © AFP / AMIR COHEN / POOL

Chères auditrices

Chers auditeurs

Je voudrais d’abord vous adresser mes vœux les plus sincères pour cette nouvelle année. Que la vie reprenne ses droits, enfin. Que l’affection puisse se manifester à ciel ouvert. Que les lieux de savoir et de culture rouvrent leurs portes. Que la solidarité reste puissante.

Je voudrais aussi vous assurer que nous avons toutes et tous pleinement conscience de la responsabilité qui nous incombe en toute circonstance et en toute matière, et tout particulièrement lorsqu’il s’agit de la qualité et de l’intégrité de l’information délivrée sur notre antenne.

La réalité du monde est aujourd’hui complexe et multiforme. Elle est relayée par de multiples sources qui autorisent plus de transparence mais facilitent aussi grandement l’instrumentalisation. Le travail des journalistes n’en est que plus nécessaire mais aussi plus difficile et quelquefois moins audible.

A ce propos je voudrais revenir sur la chronique d’Anthony Bellanger dans le 6/9 du lundi 28 Décembre dernier intitulée «  Israël : le vaccin et les prisonniers palestiniens », chronique que vous pouvez retrouver sur notre site.

Cette chronique s’est inspirée d’un article publié la veille par le grand quotidien israélien Haaretz intitulé : »Le ministre demande que les prisonniers de haute sécurité ne soient pas vaccinés », article qui reprenait les dissensions au sein de l’exécutif israélien, santé et sécurité intérieure, sur le fait de vacciner ou non de façon prioritaire toute la population carcérale mais aussi sur le fait d’ écarter ou non au sein de cette population les prisonniers de haute sécurité très, très majoritairement palestiniens.

Ces dissensions au sein du gouvernement entre le ministre de la santé et le ministre de la sécurité intérieure ont été également relevées par deux autres quotidiens israéliens : Times of Israël daté du 26 décembre et titré « L’ordre du ministre aux prisons :ne vaccinez pas les palestiniens maintenant » et Jérusalem Post daté du 27 Décembre et titré « Ohana : les prisonniers ne seront pas vaccinés sans ma permission »

Anthony Bellanger, dès le début de sa chronique, a pris soin de citer ses sources ; il a ensuite donné des éléments de contexte, expliquant par exemple que les prisonniers de haute sécurité sont pratiquement tous palestiniens puis a déroulé la chronologie des faits pour finalement s’interroger sur les raisons du changement de pied du gouvernement israélien.

L’introduction de sa chronique reprend exactement cette trame.

Je la cite :  " Israël est leader au monde en termes de vaccinés par millions d’habitants. Comment dès lors comprendre la décision de ne pas vacciner les prisonniers palestiniens en priorité comme les autres incarcérés »

Il a enfin salué la puissance et la rapidité de la campagne de vaccination dans le pays.

Certains d’entre vous se sont émus de cette chronique la considérant comme hostile à Israël et susceptible d’encourager l’antisémitisme et je voudrais leur dire avec force qu’il n’y a aucune, je dis bien aucune, hostilité à l’égard d’Israël mais au contraire le désir de parler de ce pays comme il le mérite avec intérêt, honnêteté et intégrité.

Les débats politiques et sociétaux y sont vifs comme dans toute démocratie et nous les relatons.

La presse y est l’une des plus vivantes et pluralistes du monde et nous la relayons le plus possible avec ce souci constant d’exprimer la richesse et la complexité de la société israélienne.

Être au plus près de la réalité et garantir le pluralisme des points de vue restent pour moi le meilleur antidote à tous les préjugés qui ruinent les consciences et arment les faibles d’esprit.

Il peut nous arriver de nous tromper ou d’être abusés mais à chaque fois un rectificatif est apporté à l’antenne et sur le site de la médiatrice des antennes de Radio France.

Enfin je voudrais vous remercier de votre fidélité et de votre vigilance constante, sourcilleuse et pourtant bienveillante à notre égard.

Elle fait de vous de vrais partenaires qui nous stimulent et nous obligent.

Bien à vous.

Laurence Bloch.

Le texte de la chronique

Direction Israël ce matin où tous les prisonniers ne sont pas égaux devant le vaccin. C’est le quotidien de centre-gauche Haaretz qui rapporte cette information perturbante : l’ensemble des prisonniers israéliens ainsi que les personnels de sécurité font normalement partie du 2e groupe prioritaire pour recevoir le vaccin contre la Covid-19.

Pour une raison assez évidente : les prisons israéliennes sont notoirement surpeuplées et donc, à haut risque de contamination. C’est en tous cas la directive approuvée et publiée par le ministère israélien de la Santé. Voilà pour le principe général.

Sauf qu’un ministre est intervenu vendredi pour contredire cette directive. Amir Ohana, ministre de la Sécurité publique a donné instruction à l’ensemble du système carcéral israélien de ne pas vacciner les "prisonniers de haute sécurité".

Les "prisonniers de haute sécurité" mis à l'écart

En Israël, les seuls prisonniers dits de "haute sécurité" sont Palestiniens. Autrement dit, M. Amir Ohana ordonne à son administration de ne pas vacciner les prisonniers palestiniens.

Ils sont en tout plus de 5 500 concernés par cette mesure qu’on ne peut qualifier que d’odieuse. D’ailleurs, plusieurs ONG israéliennes se sont immédiatement indignées de cette discrimination, à commencer par Physicians for Human Rignts.

Une ONG américaine, co-lauréate du Prix Nobel de la Paix en 1997 et très active en Israël. Cette ONG parle d’une "décision politique" et exige que "la santé des prisonniers soit confiée à une administration dont la seule priorité soit la santé publique".

Une décision politique liée à la campagne électorale

On entre dans une campagne électorale : la Knesset, le parlement israélien, a été dissoute le 22 décembre et des élections auront lieu le 23 mars prochain. Or cette campagne, la 4e en deux ans, sera sans pitié.

Les enjeux sont énormes alors que plusieurs procès en corruption attendent le Premier ministre Benjamin Netanyahu dès février 2021, c’est-à-dire à quelques semaines du vote : tous les coups sont donc permis, même les plus tordus, comme cette décision.

C’est d’autant plus déprimant qu’Israël fait partie des premiers de la classe en matière de gestion de la pandémie de Covid-19. Mieux encore, la campagne de vaccination y a commencé dès la semaine dernière avec pour objectif 150 000 vaccinés par jour !

Israël vaccine beaucoup et est moins affectée que la France

D’abord, depuis dimanche 27 décembre, le pays vient d’entrer dans son 3e confinement. Mais lorsqu’on regarde les chiffres globaux, on ne peut être qu’impressionné : Israël, avec 351 morts de la Covid-19 par million d’habitants est trois fois moins affecté que la France !

Mieux encore : avec près de 300 000 personnes d’ores et déjà vaccinées, Israël est n°1 au monde, rapporté à sa population de 9 millions d’habitants. Fin janvier, si le plan se déroule comme prévu, un quart des Israéliens seront ainsi vaccinés. Ce qui, par contraste, rend la décision de ne pas inoculer le vaccin aux prisonniers palestiniens d’autant plus abjecte. Affaire à suivre donc…

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