Cette fois-ci, c'est un rapport de l'ONU qui a fuité dans le New York Times qui nous ramène à la réalité. Cette enquête, dont la date de publication officielle est encore inconnue, affirme que la Corée du Nord collabore de façon régulière avec la Syrie de Bashar el Assad.

Collaborer, cela signifie d'abord envoyer du matériel à Damas. Du matériel qui irait de pièces de missiles à des éléments indispensables à la construction d'installation chimiques. Et ce depuis 2012, c'est-à-dire un an après le début de la guerre.

On le sait, en partie, grâce à l'analyse de bateaux nord-coréens interceptés en direction de Damas et, en partie, aussi grâce à la coopération de services secrets de « pays membres » comme le note pudiquement le rapport en question.

Est-ce si étonnant que la Corée du Nord collabore avec la Syrie ?

Non. On sait même que des ingénieurs spécialisés dans les missiles balistiques ont visité la Syrie en 2016. Mais la coopération entre les deux pays dure depuis des décennies.

Le programme d'armement chimiques syrien a largement été assisté, dans les années 1990', par des experts nord-coréens. Des pilotes nord-coréens ont même volé aux côtés des syriens lors des guerres arabo-israéliennes des années 1960' et 1970'.

C'est même grâce à l'expertise nord-coréenne que la Syrie a pu concevoir une centrale nucléaire capable de produire du plutonium. Centrale détruite par Israël en 2007. Autrement dit, entre Nord-coréens et syriens, c'est de l'histoire ancienne.

Il y a même une sinistre anecdote rapportée par le New York Times : en 2015, en pleine guerre, la Syrie a voulu honorer l'aide et l'assistance de la Corée du Nord en inaugurant un monument et un parc dédié à Kim Il-Sung, le fondateur de la dynastie des Kim.

Pour qui ces fuites sont-elles les plus embarrassantes ?

D'abord et avant tout pour la communauté internationale. Ce rapport met en lumière une collaboration certes ancienne mais continue, il va jusqu'en 2017 tout de même, entre deux pays, la Syrie et la Corée du Nord, sous embargo international quasi absolu.

Or, des livraisons de matériels sensibles sont encore possibles entre ces deux pays. Deuxième pays embarrassé, la Russie. Encore que rien d'onusien n'embarrasse vraiment Vladimir Poutine. Reste que rien n'est possible en Syrie sans l'accord de Moscou.

Surtout pas lorsqu'il s'agit de livraison de matériels ou de personnels militaires. Enfin, la Chine peut aussi se sentir visée, elle qui ferme les yeux sur des dizaines d'entreprises auparavant installées sur son sol et chargées de commercer pour la Corée du Nord.

Et les Etats-Unis dans cette affaire ?

Les Etats-Unis s'apprêtent pour leur part à rendre public, c'est Donald Trump qui l'a annoncé, de nouvelles sanctions contre Pyongyang. « Les sanctions les plus dures jamais requises contre le régime nord-coréen », dixit par avance Donald Trump.

Autrement dit, ce rapport et ses fuites dans la presse américaine ressemblent à un plan de com' parfaitement chorégraphié : d'abord les accusations – qui par ailleurs sont vraisemblables voire avérées – ensuite les sanctions qui ne pourront être que justifiées.

Le problème, c'est que ce n'est pas d'une escalade dont on a besoin dans cette région du monde, mais au contraire d'une désescalade. Et je ne vois pas, pour le moment, comment l'administration Trump compte y parvenir. Personne d'ailleurs.

Pour ceux qui passent par Paris, on retrouve Anthony Bellanger comme tous les mois, pour vos « rendez-vous de l'actualité ». Cela se passe à l'Institut du monde arabe (IMA), demain jeudi 1er mars à 19h.

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