Alexis Tsipras fêtait ses 4 années au pouvoir avec un vote historique : la ratification par le Parlement grec de l'accord avec la Macédoine du Nord. L'occasion de revenir sur un dirigeant que le pouvoir a révélé.

Direction la Grèce ce matin, où le Premier ministre Alexis Tsipras a obtenu du Parlement un vote historique. C'était jeudi dernier. Par 153 voix pour et 146 contre, le Parlement grec a approuvé l'accord dit de Prespes signé entre la Grèce et son voisin qu'il faudra désormais appeler Macédoine du Nord et qui met fin à 24 années de dispute abracadabrantesque.

J'utilise a dessin cette référence rimbaldo-chiraquienne pour décrire la plus absurde des disputes entre deux pays, et ce pour rester poli, que l'Europe ait porté et qui durait, tenez-vous bien, depuis 24 ans ! Je vais donc résumer les épisodes précédents.

En devenant indépendante, l'ancienne République de Macédoine choisit ce nom pour se présenter au monde. Immédiatement, les Grecs protestent en expliquant qu'il n'y avait qu'une seule Macédoine : la région grecque dont la capitale est Thessalonique.

Deux deux côtés, on campe sur l'héritage d'Alexandre le Grand : la République de Macédoine choisit l'emblème du conquérant – le soleil de Vergina – pour son drapeau, nomme des avenues, des aéroports à son noms et lui construit partout des statues.

Grèce et Macédoine et l'héritage d'Alexandre le Grand

Pendant 24 ans, les Grecs vont empêcher Skopje d'adhérer à l'Union européenne et à l'OTAN, organisations où Athènes dispose d'un veto. Cette situation délirante est tout de même capable de jeter des centaines de milliers de manifestants dans les rues.

Elle nourrit tous les démagogues régionaux, tant en Grèce qu'en Macédoine. En Grèce, la droite nationaliste considère que céder à la Macédoine, c'est trahir. Pour la gauche extrême, c'est se rendre à l'impérialisme américano-européen, OTAN et UE réunis.

Pendant 24 longues années, ce débat totalement stérile a tenu en otage les sociétés grecque et macédonienne. Avec des conséquences graves : d'une part, la Grèce s'est privé de relai de croissance important :

la Macédoine est, en effet, la porte de sortie naturelle de ses produits et de ses entreprises vers l'Europe du Nord. Quant à Skopje, elle a bien failli tomber dans le giron de Moscou qui voyait là un moyen d'affaiblir durablement l'Europe et l'OTAN.

L'inverse d'un démagogue et la stature d'un homme d'Etat

Alexis Tsipras fêtait vendredi ces quatre années au pouvoir. Voilà un homme élu sur un programme qui voulait sortir du programme d'ajustement européen, quitte à sortir de l'euro et qui, au pouvoir, s'est révélé être un homme d'Etat. Un vrai.

Il a d'abord compris que les Grecs ne voulaient pas sortir de l'Europe et de l'euro, mais que l'austérité pèse moins lourdement sur eux. Dans ces conditions, la seule solution était d'améliorer à la marge les conditions du plan de sauvetage de Bruxelles.

Ensuite, il a fait de la politique : profitant des divisions de ses adversaires pour faire passer des lois impopulaires, survivant – encore le mois dernier – à des motions de censure et obtenant de ce parlement la ratification de l'accord avec la Macédoine.

Voyez-vous, les hommes politiques traitent les problèmes, les hommes d'Etat les résolvent. Les démagogues construisent des murs, les hommes d'Etat ouvrent des portes. Alexis Tsipras est donc bien l'inverse d'un démagogue et assurément un homme d'Etat.

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