Le nouveau Premier ministre libanais s'installe au Grand Sérail, sa résidence officielle. Un palais somptueux mais "bunkerisé" alors que la rue gronde toujours.

Le nouveau Premier ministre libanais Hassan Diab a assisté à la première réunion du cabinet du nouveau gouvernement, palais présidentiel de Baabda, Liban, janvier 2020
Le nouveau Premier ministre libanais Hassan Diab a assisté à la première réunion du cabinet du nouveau gouvernement, palais présidentiel de Baabda, Liban, janvier 2020 © Getty / picture alliance / Contributeur

Le nouveau Premier ministre libanais s'appelle Hassane Diab et il a enfin constitué son gouvernement, c'était en fin de semaine dernière. C'est surtout l'occasion – c'était hier – pour lui de découvrir son nouveau chez soi : le Grand Sérail, résidence officielle des 1ers ministres libanais.

Deux-mille m2 de surface, 430 pièces, 603 arcades, partout du marbre de Carrare blanc, bleu et jaune d'inspiration ottomane. Un salon arabe à colonnes et à plafond de noyer « somptueusement ouvragé de calligraphies fatimides ». Un bureau avec vue sur mer.

Une profusion architecturale où ne manquent ni les suites pour les invités de marque et où « les combinaisons traditionnelles suivent le discours turco-libano-florentin ». Une merveille sauvée de la destruction de la guerre civile et remise en état en 1995.

Un palais enserré de béton 

Pas vraiment ! Cette description du Palais du Grand Sérail, je lai trouvée dans l'Orient-Le Jour, le quotidien francophone beyrouthin, accompagné de quelques lignes qui montre bien la situation actuelle : le Grand Sérail est littéralement enchâssé dans le béton.

D'horribles parois de béton armé, assemblées à la va-vite, et qui empêche l'accès depuis la rue à cette somptuosité orientale. La rue qui, justement samedi dernier, fêtait bruyamment les 100 premiers jours de cette fière et jeune« révolution » libanaise.

Le 1er ministre Hassane Diab a bien senti le symbole qui consiste à se barricader dans les ors de la République pendant qui le peuple gronde : il a séparé la facture d'électricité correspondant à ses appartements privés. Il paiera, comme De Gaulle à l'Elysée !

Pas d'état de grâce pour le "Hezbollah boy"

Non ! Sitôt nommé, sitôt moqué ce « gouvernement d'experts » où la ministre de la Défense – une femme et une 1ère dans le monde arabe – n'a pas d'expérience militaire et où la ministre de l'Agriculture et aussi ministre... de la Culture.

Quant au ministre de la Santé publique, sa seule compétence est d'être au Hezbollah ! Evidemment, pour son discours d'investiture, Hassane Diab a repris les slogans de la rue : lutter contre la corruption, relancer l'économie, et « stabiliser le système politique ».

Or« stabiliser le système politique » consiste d'abord à le perpétuer, non ? Or c'est contre ce point que la rue s'est mobilisée : surtout ne pas « stabiliser » ce système mais en finir avec lui. Dans la rue, Hassane Diab est donc perçu comme un « Hezbollah boy ».

Les Libanais, éternels manifestants

On peut juste regarder en arrière. Les Libanais se soulèvent régulièrement : Révolution du cèdre contre la présence syrienne en 2005, les manifestations contre l'incurie gouvernementale de 2015, le mouvement « Tu pues », et encore une fois aujourd'hui.

A chaque fois, le système libanais qui mêle ploutocratie, communautarisme religieux et/ou culturel et népotisme, s'est réinventé, adapté, renouvelé. Cette fois-ci le défi semble plus profond et surtout, il semble plus « national », moins communautarisé.

En plus, il a un slogan, « Thaoura », Révolution, et une icône : Lina Boubess, une femme d'un certain âge qui est devenue célèbre en novembre dernier en s'aggripant à un jeune manifestant pour empêcher son arrestation : Tant qu'il y a Lina, tout va !

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