Pile 500 ans après la conquête de l'Amérique, le nouveau président mexicain a adressé au roi d'Espagne une lettre demandant des excuses pour les massacres commis à cette occasion. Madrid fulmine.

Chronique internationale 28-03

Direction le Mexique, pour une polémique qui a traversé l'Atlantique et qui enflamme depuis plusieurs jours les commentateurs espagnols. De quoi s'agit-il ? Il y a quelques jours, le nouveau président mexicain, Andrés Manuel López Obrador, dit AMLO, tournait une petite vidéo sur fond de temple maya.

Il y demande explicitement des excuses au roi d'Espagne, mais aussi au pape pour les exactions commises pendant la conquête de l'empire aztèque. Il y parle de "crimes contre l'humanité" et ajoute que cet conquête s'est faite au fil de l'épée et au nom de la Croix.

Le gouvernement de Madrid a aussitôt « profondément regretté » - je cite – cette lettre et « rejette avec la plus grande fermeté son contenu ». Circulez ya rien à voir ! Et c'est une gouvernement de gauche, je le rappelle... mais en pleine camapagne électorale.

Des excuses pile 500 ans après le début de la conquête espagnole

Pour une raison historique ! Il y aura, ce mois-ci, 500 ans que le conquistador espagnol Hernán Cortes, a commencé sa conquête de l'empire Aztèque. C'est en mars 1519 qu'à eu lieu la 1ère bataille perdue : celle de Cantla perdue par les mayas-chontales.

La vidéo du président mexicain a d'ailleurs été tournée sur les lieux de cette bataille perdue. Deux ans plus tard, en 1521, tombait la capitale de l'empire, Tenochtitlán, la future Mexico. Autrement dit, AMLO donne 2 ans aux Espagnols pour s'excuser.

Parce qu'en 2021 les Mexicains, eux, fêtent le bicentenaire de leur indépendance de l'Espagne : 1821. Dans sa lettre le président mexicain insiste sur le fait qu'il y a un précédent : Juan Carlos 1er a demandé pardon aux juifs pour l'expulsion de 1492.

L'empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais 

Parce qu'une chose est de reconnaître avec commis une erreur chez soi, en Espagne ; une autre, bien différente, est de remettre en cause le récit national. Un récit de puissance et de conquête de « l'empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais ».

En fait, le Espagnols ont le même problème que nous. L'Empire espagnol, c'est le 1er empire colonial occidental. C'est aussi le 1er à avoir été perdu, au 19e siècle. Pour les Espagnols, comme pour les Français ou les Britanniques, le sujet est très sensible.

Lorsqu'Emmanuel Macron a déclaré en Algérie pendant la campagne électorale que « le colonialisme était un crime contre l'Humanité », il a eu droit à une véritable bronca des pieds-noirs algériens et de leurs descendants.

Pourtant qui nierait aujourd'hui l'horreur de la conquête – avec ses massacres. L'horreur de la soumission puis de la relégation des Algériens en citoyens de seconde zone. Il s'agit non pas d'un mais de plusieurs crimes contre l'Humanité, selon la définition de 1945.

Ce débat-là, encore si vif en France plus d'un demi-siècle après l'indépendance de l'ensemble des pays de l'empire colonial français, n'est toujours pas tranché en Espagne, 500 ans après la « conquête » pour les uns ; « l'invasion » pour les autres, de l'Amérique.

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