Seize militants gays ont été arrêtés en Ouganda et soumis à un "test anal". Une pratique qui relève de la torture, selon l'ONU.

Manifestation anti-homosexuels dans les rues de Kampala, Ouganda, en août 2014
Manifestation anti-homosexuels dans les rues de Kampala, Ouganda, en août 2014 © AFP / ISAAC KASAMANI

On part en Ouganda, où des militants gays ont été arrêtés. Seize exactement, seize militants qui ont été arrêtés ensemble, dans le local d'une association de défense des droits LGBT situé dans la proche banlieue de la capitale ougandaise, Kampala. Et sur dénonciation du voisinage.

Seize hommes qui ont tous dû subir au commissariat un examen anal qui consiste – je tiens à le décrire – à appeler un médecin, à faire s'agenouiller le prévenu, à le déshabiller, puis à l'examiner avec attention et à prendre des photos à titre de preuve.

En clair, il s'agit d'une torture – ce n'est même pas moi qui le dit, c'est l'ONU. Les 16 hommes ont été libérés sous caution, non sans que la police ait amassé des preuves du crime : des capotes, du lubrifiant et des médicaments contre le Sida.

Risquer la prison à vie pour être gay

L'Ouganda possède une des lois les plus dures au monde contre les gays et les lesbiennes : depuis 2014, ils risquent l'emprisonnement à vie ! Et encore, ils ont échappé au pire. Cette loi prévoyait lorsqu'elle a été introduite le peine de mort !

Elle avait été surnommée la loi "Kill the gays", "tuez-les tous !" Devant le tollé international, elle a été amendée. Pourquoi l'Ouganda est-il si légalement homophobe ? Le première réponse est son président, Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 33 ans.

Il a fait d'un dégoût personnel, une loi et surtout, il a réussi à convaincre une partie des Ougandais que les gays étaient la pointe avancée du néocolonialisme. L'idée c'est : une fois de plus, l'Occident veut nous imposer ses valeurs. Résistons !

Une répression qui fait des morts

Bien sûr : il y a d'abord ceux qui doivent fuir l'Ouganda pour les pays voisins, qui, s'ils ne sont pas beaucoup plus bienveillants vis-à-vis des homosexuels, au moins, ne les mettent pas en prison. Eh puis, il y a les blessés et les morts : quatre militants LGBT ont été tués ces trois derniers mois en Ouganda, dont Brian Wasswa qui a été agressé chez lui et qui est mort de ses blessures le 5 octobre. 

Mais, on peut faire confiance aux politiques ougandais pour verser dans l'abjection : certains députés voudraient reprendre la loi « Tuez-les tous » et réintroduire la peine de mort pour « homosexualité aggravée ». Il a fallu les retenir ! 

Chrétiens comme musulmans, l'opprobre est la même

Dernière chose sur l'Ouganda : il s'agit d'un pays très largement chrétien, voire de plus en plus évangélique. Or, ce sont des chrétiens extrêmement conservateurs sur le plan des mœurs ou de la place des femmes. Au Brésil, c'est la base électorale de Jair Bolsonaro et en Afrique, ils sont passés à l'attaque sur ces questions de mœurs précisément.

Enfin, l'Ouganda est loin d'être le seul pays d'Afrique – chrétien comme musulman - où l'homosexualité est encore criminalisée. C'est même plutôt la règle en Afrique et l'Afrique du sud, où le mariage gay est légal – l'exception.

Je rappelle qu'en tout, une soixante-dizaine de pays au monde criminalisent encore les gays et les lesbiennes, c'est-à-dire un gros tiers des pays représentés à l'ONU, dont une cinquantaine en Afrique...

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