Parce que dans un pays autoritaire, comme la Russie de Poutine, vous ne savez jamais vraiment où se situe la limite entre ce qui est interdit et ce qui est toléré.

Vladimir Poutine préside une réunion, Russie, le 21 septembre 2016
Vladimir Poutine préside une réunion, Russie, le 21 septembre 2016 © Reuters / Sputnik Photo Agency

En Russie, on vit dans une sorte de zone grise, délibérément entretenue par les autorités.

Je vais vous donner un exemple : imaginez que vous êtes le directeur zélé d'une clinique à Tomsk, une ville de Sibérie et que, depuis des semaines, l'escalier dans la rue qui mène à votre travail est si sale, si mal entretenu qu'il est devenu un problème.

N'écoutant que votre sens civique, et plutôt que d'appeler pour la énième fois les services municipaux qui ne viennent jamais, vous prenez votre courage à deux mains, des pots de peinture, et vous décidez de donner un coup de jeune au fameux escalier.

Une marche rouge, une autre jaune, un peu de vert, du violet, du bleu : bref, vous peignez l'escalier au couleur de l'arc-en-ciel. Tout le monde est ravi, sauf un militant d'extrême droite qui porte plainte auprès de la police et vos ennuis commencent.

Parce qu'il se trouve que les couleurs de l'arc-en-ciel sont aussi celle du drapeau du mouvement gay et lesbien. En clair, une enquête est ouverte pour savoir si votre intention cachée n'était pas de faire la promotion de l'homosexualité.

Je vous laisse imaginer le dialogue totalement absurde entre les policiers et le directeur de la clinique : « Monsieur, votre escalier nous semble suspect, on l'a comparé avec le drapeau gay, il y a anguille sous roche : ce violet, ce jaune... »

Autre exemple : vous voulez prouver l'on peut tricher aux élections – il vient d'y avoir des législatives en Russie. Vous votez donc deux fois, avec le même passeport, dans deux bureaux de votes différents pour le parti de Vladimir et vous filmez le tout.

Vous mettez le résultat sur internet et vous attendez quelques jours. Que croyez-vous qu'il arrivera : quelques jours plus tard, des policiers viendront vous arrêter... Parce que vous avez triché aux élections législatives et que c'est illégal.

C'est ce qui est arrivé par plus tard qu'hier à Denis Korotzov, le correspondant à Saint Petersbourg d'un site d'info appelé Fontanka.ru. Evidemment, personne d'autre n'a été arrêté que ce militant alors que le film montre bien d'autres personnes votant ainsi.

Voilà ce qu'est le quotidien des Russes : ils vivent non pas en dictature, mais en autocratie, un régime où la limite entre ce qui est interdit ou non est si mouvante que la moindre initiative peut vous conduire en prison, ou non, c'est à la discrétion des autorités !

Revue de presse israélienne, alors que le pays pleure Shimon Peres

Shimon Peres, le dernier fondateur encore en vie, jusqu'à il y a quelques heures, de l'Etat d'Israël. En fait, elle pourrait commencer hier, cette revue de presse, par des articles avant coureur qui laissaient peu de doute quand à l'issue finale.

Prenez Yediot Aharonot, par exemple : le quotidien prenait le temps, hier soir sur son site, d'expliquer que les conditions de Shimon Peres s'étaient détériorées, deux semaines après son entrée à l'hôpital et que sa famille commençait à se rassembler.

Viennent ensuite les incontournables spécialistes qui expliquent en l’occurrence que « sa situation médicale est "très complexe", qu'il "se bat pour sa vie" mais que les "dommages neurologiques étaient irréversibles". Conclusion : préparez les nécrologies.

C'est exactement ce qu'a fait le Jerusalem Post avec un article en une annonçant sa mort et un édito intitulé : « Shimon Peres, le stratège ». Notons que c'est un peu plus compliqué pour le Jerusalem Post qui est classé à droite, alors que Peres était travailliste.

Non, le journal de Shimon Peres, celui qu'il lisait au quotidien et qui est aussi celui de l'aristocratie de la gauche israélienne, c'est Ha'aretz. Et c'est évidemment là que l'on retrouve les articles, les commentaires les plus émus et les plus personnels : avec ce titre étonnant mais très juste : « Shimon Peres, l'outsider qui voulait tant être aimé » : « avec son accent yidish, son costume et sa cravate, Shimon Peres n'a jamais été considéré un vrai Israélien. Dans un Etat qui a inventé le « nouveau juif » - le sabra bronzé, le soldat, l'aventurier – il était l'incarnation du vieux juif, l'exilé, l'immigré ».

Shimon Peres, âgé de 93 ans, n'était pas né en Israël, comme les sabra d'aujourd'hui, mais comme à Vishnyeva, en Biélorussie.

Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.