Le gouvernement cambodgien tient à sévir contre les jupes trop courtes et les hauts trop transparents au travers d'une nouvelle loi. Les femmes khmères ne se laissent pas faire.

Les crop-tops bientôt interdits au Cambodge ?
Les crop-tops bientôt interdits au Cambodge ? © Getty / Alys Tomlinson

Tout commence en février dernier par une réflexion du Premier ministre cambodgien Hun Sen : il trouve vulgaire les "posts" sur les réseaux sociaux de stylistes locales qui vantent leurs vêtements en montrant des femmes trop légèrement vêtues.

Le lendemain même, la styliste Ven Rachna est convoquée à la police où on lui explique que les photos qu'elle met en ligne contreviennent aux « traditions cambodgiennes » par leur lascivité et leur suggestivité. Ses excuses filmées sont immédiatement diffusées.

Sauf que Ven Rachna n'est pas femme à s'humilier : elle continue de publier des photos de femmes portant ses vêtements dans des rizières, à la plage. De nouveau arrêtée, elle est condamnée pour pornographie à 6 mois de prison ferme. Elle en fera deux.

Mini-jupes et crop-tops affriolants

Comme les désirs de Hun Sen sont des ordres au Cambodge, le gouvernement se met à concocter une nouvelle loi dont un brouillon est publié le 16 juin. Et là, surprise ! Il s'agit d'une loi particulièrement sévère.

Non seulement elle bannit de l'espace public les jupes et les hauts trop courts ou trop transparents – en clair, les mini-jupes et les crop-tops. Pour faire bonne mesure, elle interdit aussi aux hommes de se balader torse nu. Mais la loi va beaucoup plus loin : mais on voit bien que ce sont les femmes qui sont avant tout visées, le tout au nom des traditions de "pudeur" et de "retenue" de "la femme khmère" et de ces sacrosaintes "valeurs ancestrales" qu'il faudrait préserver.

Le Chbab Srey ou "code de la femme" cambodgienne

Dans le cas du Cambodge, c'est une allusion transparente à un texte qui était enseigné à l'école non pas républicaine, le Cambodge est un Royaume, mais nationale jusqu'en 2007. Un texte appelé le Chbab Srey, ou "code de conduite de la femme".

C'est un texte très ancien – il date probablement du 14e siècle - qui a la forme d'un long poème et qui était transmis oralement jusqu'à ce qu'il soit retranscrit au 19e siècle. En gros, ce sont les conseils d'une mère à sa fille sur le point se marier.

On y explique que les épouses doivent chuchoter et non élever la voix, qu'elles doivent obéir à leur époux et, par exemple, qu'elles doivent s'abstenir de trop longtemps allaiter leurs filles de peur qu'en grandissant, elles ne puissent contrôler leur désir sexuel.

De la bonne longueur des jupes des femmes

Pas encore : elle passera devant le Parlement cambodgien dans quelques semaines et entrer en vigueur l'année prochaine. Mais ce qui inquiète 65 associations de défense des Droits humains, c'est l'ampleur du contrôle social qu'elle implique :

Elle précise, par exemple, qu'une jupe ne doit « pas être plus courte que la moitié des cuisses ». Mais elle va plus loin en interdisant les "costumes extravagants". Ce que certains interprètent comme une volonté hypocrite et assez stupide de viser les gays.

Mais heureusement, la société khmère a réagi, à l'image de la styliste Ven Rachna. Une pétition en ligne a recueilli plus de 20 000 signatures et des photos de Cambodgiennes en mini-jupes et crop-tops transparents ont fleuri, l'air de rien, sur les réseaux sociaux.