Le Japon refuse - contrairement à la Chine - d'interdire le commerce d'ivoire sur son territoire. Notamment à cause d'une habitude millénaire qui a déjà tué 260 000 éléphants en un demi-siècle.

Hankos en ivoire en vente au Japon (avril 2019)
Hankos en ivoire en vente au Japon (avril 2019) © Getty / Simon Denyer/The Washington Post

C'en est fini pour la vente en ligne d'ivoire au Japon. Le dernier vendeur en ligne d'objet en ivoire a en effet annoncé qu'il cessait toute vente. Il s'agissait de Yahoo – Japon ! Ses équipes se sont en effet rendues compte que des objets chinés sur site se retrouvaient ensuite expédiés dans d'autres pays.

Des pays comme la Chine qui, depuis fin 2017, interdit la vente, l'achat, l'exportation et donc l'importation d'ivoire quelque soit son origine. En fait, le Japon - qui autorise encore la vente et l'achat d'ivoire uniquement sur stock – servait de centrale d'achat.

En clair, un Chinois peut y acheter une défense entière, puis se la faire tranquillement expédier à Pékin ou Shanghai en priant pour que les douanes chinoises n'y voient que du feu. Une défense sculptée d'éléphant, ça peut grimper jusqu'à 340 000 dollars pièce !

L'ivoire des "hankos" du quotidien 

Depuis le retrait total de la Chine, c'est même le premier marché au monde ! Une ONG a calculé qu'en deux mois – juin et juillet 2018 – il s'était écoulé précisément sur Yahoo – Japon !, 4 414 objets en ivoire et 35 défenses entières ! C'est donc un marché très actif !

Pour une raison d'ailleurs assez inquiétante : autant en Chine posséder un objet en ivoire est un signe de distinction et de richesse, au Japon l'ivoire fait banalement partie du quotidien, pour une seule raison : les hankos.

Un hanko est un petit bâton d'ivoire sculpté à son extrémité que les Japonais utilisent comme sceau. Vous faites graver votre signature et vous utilisez ce sceau personnel pour tout certifier : les contrats, les lettres officielles... Et ça dure depuis des siècles.

Sceaux japonais
Sceaux japonais © Maxppp / DeeDee DeGelia & Brent Winebren/picture alliance / moodboard/Newscom

Plus de 8 000 détaillants à contrôler

Le hanko est certes une tradition millénaire mais le fait qu'ils soient tous en ivoire ne date que des années 1970. Pile lorsque les Japonais sont devenus riches et ont donc pu généraliser cette pratique.

La même ONG a calculé que depuis les années 1970 – et juste pour fabriquer ces hankos du quotidien - il a fallu abattre 260 000 éléphants ! Souvent des grands mâles ou femelles parce que les plus beaux hankos sont extraits des plus grosses défenses.

Les autorités japonaises répondent que leur marché de l'ivoire est très contrôlé, ce qui est un gros mensonge : d'abord on a l'exemple de Yahou Japon et ensuite, comment contrôler efficacement 300 sculpteurs sur ivoire, 500 grossistes et 8 200 boutiques ?

L'exemple chinois

C'est précisément pour cette raison qu'ils ont fini par interdire tout commerce ! Or eux n'avaient que 170 revendeurs dans tout le pays ! Il y a urgence : il y avait encore 10 millions d'éléphants, il y a un siècle, ils sont 400 à 500 000 aujourd'hui.

Mais visiblement, le Japon se braque sur ce point comme sur un autre : la chasse à la baleine. Les Japonais se sont retirés fin décembre dernier de la Convention baleinière internationale et ont repris la pêche commerciale le 1er juillet dernier.

En fait, c'est devenu pour le Japon une sorte de résistance nationale, voire nationaliste aux injonctions du reste du monde. Le populisme à la japonaise s'exprime de cette façon : ivoire et baleine et on « emmerde » le reste du monde !

Une dernière, histoire de ne pas accabler les Japonais. Savez-vous quel autre région du monde refuse encore et toujours d'interdire le commerce d'objets en ivoire – toujours sur stock, bien sûr ? L'Union européenne qui, comme le Japon, fait de la résistance.

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