Deux présidents et donc, deux réseaux diplomatiques qui se côtoient, se détestent et parfois s'affrontent. C'est la situation ubuesque dans laquelle sont plongée beaucoup de représentations diplomatiques vénézuéliennes.

Vous nous emmenez ce matin faire un tour des ambassades vénézuéliennes et c'est un excellent article du Washington Post qui m'a convaincu. Le journaliste est allé faire un tour du côté de l'ambassade du Vénézuéla à Washington et a pu constater qu'elle était occupée par des militants américains pro-Maduro.

Il faut dire que les derniers diplomates vénézuéliens devront avoir quitté les Etats-Unis mercredi prochain. Ils ont donc confié la garde de l'ambassade à des sympathisants qui ont meublé l'entrée du bâtiment de portraits géants de Maduro et de Chavez.

L'idée étant de ne pas faciliter la tâche aux représentants désignés par le président vénézuélien par intérim, Juan Guaidó. Ce sont eux qui ont désormais l'accréditation diplomatique et ils ont déjà pris possession, en mars, du consulat de New York.

Peu de pays ont suivi les Etats-Unis. Il y a bien une soixantaine qui reconnaissent Juan Guaidó comme le président légitime du Vénézuéla mais aucun n'a pour le moment été jusqu'au bout de cette logique. Autrement dit, cohabitent dans plusieurs capitales deux ambassadeurs.

Il n'y a qu'un autre exemple d'ambassade reprise, c'est celle du Costa Rica. En février, María Faría, émissaire désignée par Guaidó, annonçait contrôler l'ambassade de San José et postait une photo d'elle dans le bureau de l'ambassadeur « maduriste » précédent.

Dans le reste du monde, c'est beaucoup plus compliqué. Tous les « émissaires » du président Guaidó ont recruté des volontaires non payés pour assurer un minimum d'administration et ce, à côté des ambassades « officielles » qui se sont bunkerisée.

Des ambassadeurs sans salaire ni staff

C'est la bohème, pour le moment ! Aucun d'eux ne reçoit de salaires et les situations sont parfois totalement baroque : le Canada a par exemple reconnu l'envoyé de Guaidó, Orlando Viera, comme l'ambassadeur légitime et retiré son accréditation à l'ex.

Sauf que les consulats de Toronto, Montreal, Vancouver et Ottawa sont entre les mains des maduristes. Au Panamá, le nouvel ambassadeur a bien été reconnu par les autorités mais l'ambassade reste sous contrôle maduriste. Personne ne peut les en déloger.

Pour une raison bien simple : une ambassade est un bout de territoire vénézuélien à l'étranger. Y pénétrer revient à envahir le pays, lui déclarer la guerre. Tout cela est parfaitement théorique et juridique mais ça permet à pas mal de pays de temporiser.

M. l'ambassadeur prend l'avion à ses frais et fait du couch surfing

Il y a par exemple William Dávila Valeri, « émissaire » de Guaidó à Vienne et qui, deux fois par semaine, prend l'avion à ses frais depuis Madrid où il vit, pour assurer un minimum de représentation diplomatique. A Vienne, il dort dans le sofa d'un ami.

En Allemagne, Otto Gebauer, « émissaire » de Guaidó, doit faire face à des petits groupes de manifestants pro-Maduro dès qu'il se déplace, à ses frais, dans le pays. Souvent, les « émissaires » de Guaidó sont plus des lobbyistes que des diplomates.

En fait, une sorte de partage de midi a fini par s'imposer : les ambassadeurs sont « guaidistes » et les services consulaires, « maduristes » afin d'assurer un minimum de service aux Vénézuéliens de l'étranger. Bref, une belle pagaille latino-américaine !

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