Aussi incroyable que cela puisse paraître, la question du pèlerinage 2020 à La Mecque se pose encore. Pourquoi l'Arabie saoudite hésite-t-elle à l'annuler cette année ?

Prière à la Mecque
Prière à la Mecque © Getty / Jasmin Merdan

Le pèlerinage de La Mecque aura-t-il lieu cette année ? Aussi incroyable que cela puisse paraître, cette question se pose encore ! Ll'Arabie saoudite n'a, en effet, toujours pas fait savoir si oui ou non, elle suspendait le Hadj pour 2020. Les faits d'abord : le pèlerinage rituel de La Mecque doit avoir lieu du 28 juillet au 2 août.

Comme chaque année, il rassemble dans les deux villes saintes de l'Islam, Médine et La Mecque, environ 2 million et demi de pèlerins. Plutôt des personnes âgées d'ailleurs, ne serait-ce qu'à cause du prix : autour de 6 à 7 000 euros. La catastrophe est donc servie.

Soyons juste :Ryad a pris des mesures. Plus d'Omrah, ce « petit pèlerinage » qu'on peut effectuer toute l'année, ni pour les étrangers, ni pour les locaux. De plus, l'accès à La Mecque et à Médine est strictement contrôlé. Mais pour le Hadj, rien de décidé.

Le tourisme religieux, 2e source de revenus du Royaume

D'autant que l'Arabie saoudite a déjà été confronté au problème. C'est à La Mecque qu'en 2012 est apparu le MERS, un coronavirus bien plus dangereux que le Covid-19 : il était 10 à 20 fois plus mortel que celui contre lequel le monde se bat aujourd'hui.

L'explication est d'abord économique : le tourisme religieux est la 2e source de revenus de l'Arabie saoudite, derrière le pétrole. Tous les ans, ce sont près de 10 millions de pèlerins qui se rendent et laissent sur place entre 30 et 40 milliards de dollars.

Or le prix du pétrole s'est effondré, et avec lui les ressources du pays. Je vous rassure, l'Arabie saoudite a des centaines de milliards de dollars de réserves. Mais priver le pays du tourisme religieux reste un coup très dur. Eh puis il y a la dimension symbolique...

Les "gardiens des deux Mosquées saintes de l'Islam" ont des obligations

Leur légitimité dans le monde sunnite, les princes saoudiens la tire de deux sources : de leur chéquier : à savoir les énormes sommes qu'ils versent régulièrement à d'autres pays sunnites plus pauvres qu'eux : l'Egypte, le Liban, le Soudan, etc...

Et du fait qu'ils sont les « gardiens des deux Mosquées Saintes de l'Islam » et les organisateurs du pèlerinage de La Mecque. Ce faisant, ils se posent symboliquement en héritier des derniers califes ottomans. Ça signifie, bien sûr, pas mal d'obligations :

Les plus grandes universités islamiques sont en Arabie saoudite qui dépense des milliards de dollars par an en bourses pour étudiants étrangers, Africains, Arabes, Asiatiques, Européens, mais aussi en mosquées et centres culturels partout dans le monde.

Le régime saoudien, si impopulaire dans le monde arabe

Et la partie la plus délicate : leur légitimité religieuse. A priori, la décision n'est pas si compliquée à prendre : le Hadj a déjà été « suspendu » dans l'Histoire une quarantaine de fois, y compris pour des raisons épidémiques, comme en 1814, une année de peste.

Sauf que, cette fois-ci, s'ajoute le fait que jamais le régime saoudien n'avait été aussi impopulaire dans le monde arabe. Il y a d'abord la guerre du Yémen, et ses dizaines de milliers de morts, initiée en 2015 par le prince héritier Mohamed Ben Salman tout seul.

Il y a ensuite leur soutien aux régimes arabes les plus durs : Egypte, Algérie pour en citer deux. Donc, en plus, l'annulation du Hadj... ça commence à peser lourd ! A terme, Ryad finira par y venir, mais le plus tard possible, par un savant calcul coût – bénéfice.

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