Une semaine entière de festivités en hommage à Ronald Reagan et au Brésil. Une vraie provocation pour la gauche latino-américaine... et c'est bien le but.

Margaret Thatcher et Ronald Reagan après leur arrivée à Camp David, Maryland, décembre 1984
Margaret Thatcher et Ronald Reagan après leur arrivée à Camp David, Maryland, décembre 1984 © AFP / ARCHIVES UPI

Direction le Brésil ce matin où l'on veut fêter Margaret Thatcher et Ronald Reagan ?! C'est très sérieux : la fondation brésilienne Rui Barbosa House a décidé d'organiser en mai une semaine entière de colloques, expositions, publications dédiées aux deux icônes ultra-libérales des années 80 : la Britannique Thatcher et l'étasunien Reagan.

Le gratin du gouvernement de Jair Bolsonaro sera présent : le ministre de la Culture Roberto Alvim, a applaudi le programme, juste avant d'être viré pour avoir paraphrasé Goebbels et celui des Affaires étrangères, Ernesto Araujo, qui pense que le réchauffement climatique est un complot marxiste, prendra la parole.

Retour des années 1980 du siècle dernier

Pour le Brésil, Reagan et Thatcher, c'est quasiment de l'actu chaude : l'année dernière, Jair Bolsonaro a cité Ronald Reagan dans un discours à la Maison-Blanche.

Un discours prononcé en présence de Donald Trump, et en précisant qu'il était un admirateur du 40e président des Etats-Unis. Son fils Carlos, a été régulièrement avec des t-shirts, des mugs et des poupées à l'effigie de Reagan ou de Margaret Thatcher.

Mais leur plus grand fan est le ministre brésilien de l'Economie, Paulo Guedes : il a étudié à la Chicago school of Economics, le berceau du Reaganisme et du Thatcherisme économique et il a même travaillé au Chili pendant la dictature d'Augusto Pinochet.

Les Chiliens contre le reaganisme économico-politique

C'est ce qui rend cette affaire assez piquante : alors que la Brésil officiel rend hommage à Reagan et Thatcher, le pays d'Amérique latine qui a effectivement appliqué les réformes ultralibérales de ce « duo infernal » tente de s'en défaire.

Depuis 3 mois le Chili tout entier manifeste pour réclamer plus de justice sociale, une éducation et un système de santé publics de bonne qualité et une nouvelle constitution qui efface celle négociée avec le régime de Pinochet. Au Brésil, c'est l'inverse :

Le ministre de l'Economie Paulo Guedes sabre dans les dépenses publiques et promet que le Brésil économisera l'équivalent de 80 milliards d'euros en 10 ans. Tout y passe, y compris la privatisation d'Electrabras, l'équivalent brésilien d'EDF. Un massacre !

Un irritant pour la gauche latino

La première d'entre elles étant qu'il n'y a pas plus irritant pour la gauche latino-américaine que d'évoquer Margaret Thatcher et surtout Ronald Reagan, le président qui adorait les juntes militaires brésilienne mais aussi argentine, chilienne et centre-américaines.

Reagan, c'est le président qui a financé les « contras », ces milices paramilitaires qui ont semé la mort au Nicaragua dans les années 80 ; Quant à Margaret Thatcher, son nom fait frémir de colère tous les Argentins qui ne lui pardonne pas la Guerre des Malouines.

Qui est au pouvoir aujourd'hui en Argentine ? Un gouvernement dont la vice-présidente est l'égérie de la gauche sud-américaine : Cristina Kirshner. Tout ce que le Brésil de Jair Bolsonaro déteste et donc adore provoquer avec cette semaine reagano-thatcherienne.

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