Histoire du monde ce matin au pays des Fake news, où plutôt dans l’antre de celui que l’on nous présente comme le roi des fake news… ça se passe aux Etats Unis.

Une maison tout ce qu’il y a de plus anonyme, nichée au cœur d’une forêt d’une Maine aux Etats Unis. C’est ici que se cache Christopher Blair, il reçoit les journalistes du Washington Post et de la BBC, dans l’obscurité d’une pièce  éclairée par 4 écrans d’ordinateurs. Sa femme est partie travailler, son fils est à l’école et Blair va passer la journée sur sa page Facebook…

Il l’a créée en 2016 pendant la campagne présidentielle. Son filon : l’humour politique, tendance paranoïaque complotiste, destiné aux militants ultraconservateurs américains.

Que publie-t-il exactement ?

De faux articles de presse, sur l’Etat de Californie qui vient d’instaurer la charia, sur Hillary Clinton qui a participé à une mission secrète pour faire entrer des migrants aux Etats Unis.., sur son mari Bill devenu désormais un serial killer. Certains fans s’en amusent mais beaucoup partagent ces « Breaking news » de Blair et les commentent comme s’ils venaient de dénicher le scandale, la vérité qu’on voudrait leur cacher. 

Il assure que son intention n’est pas de nuire, son site est parodique, c’est d’ailleurs écrit noir sur blanc, mais les dégâts sont immenses… 

Sa page est désormais la plus populaire chez les partisans de Trump de plus de 55 ans, jusqu’à 6 millions de visiteurs par mois, et 15000 dollars de revenus pour Blair.

Du second degré pris au pied de la lettre !

« Plus c’est énorme… plus ça marche !!! » affirme Christopher Blair. Et le fait que les histoires qu’ils inventent deviennent virales nous éclaire…

D’une part sur la mort annoncée du second degré. D’autre part, elles illustrent ce qu’ont constaté des chercheurs du MIT (le prestigieux institut de recherche américain) sur le pouvoir des fake news en politique dans une étude effectuée sur la diffusion de centaines de millions de tweets entre 2006 et 2016.

« Ce que nous avons constaté, c’est que les fausses informations se propagent plus loin, plus rapidement et plus largement que les vraies, quel que soit le thème. Le phénomène est encore plus prononcé lorsqu’il s’agit de rumeurs politiques. La différence entre le vrai et le faux est encore plus marquée, personnellement je ne m’attendais pas à ça »

Si l’on ajoute à ce phénomène l’efficacité de la parodie, rien d’étonnant à ce que le site de Christopher Blair connaisse un tel succès. 

La satire est donc en train de rejoindre la constellation des fake news. Elle vient nourrir les points de vue de consommateurs dont les idées sont déjà figées. Tout ce qui est en mesure d’alimenter leurs intuitions est pris pour argent comptant.

Et dans le champ politique, très sensible à ses contre-vérités, comme nous dit le MIT, elles se transforment en outil de propagande. 

C’est le fameux «You’re fake news»... de qui vous savez. Seule SA vérité compte, même la plus grotesque et toutes les réponses que vous pourrez y opposer seront retenues contre vous.

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