Après le passage du supertyphon Hagibis, il faut reconstruire. Problème : le Japon manque dramatiquement de main d'oeuvre dans le BTP. C'est la conséquence du vieillissement de la population et du choix de ne pas avoir de migrants sur son sol.

Le typhon Hagibis a frappé le Japon le 12 octobre 2019
Le typhon Hagibis a frappé le Japon le 12 octobre 2019 © AFP / Tetsu Joko / Yomiuri / The Yomiuri Shimbun

On part au Japon, pour la reconstruction après le passage du typhon Hagibis... Rappelez-vous, c'était il y a quelques semaines à peine, les 12 et 13 octobre, un des plus puissants typhons à avoir jamais touché le pays : 71 rivières ont débordé, détruisant 140 digues et quais, notamment dans les régions de Nagano et Iwate.

79 morts en tout et encore aujourd'hui, sept personnes sont encore portées disparues. Ce qu'on sait moins, c'est qu'il ne s'agissait pas d'un épisode isolé : en septembre, c'est le typhon Faxai qui avait frappé, causant d'importants dégâts et coupures d'électricité.

Et pas plus tard que vendredi et samedi dernier, des tempêtes presque aussi puissantes ont inondé une fois de plus la ville de Tateyama : il est tombé parfois jusqu'à près de 300 millimètres de pluie et pendant 12 heures d'affilée. Bilan : 10 morts !

Des dégâts cumulés impressionnants...

Certes, le Japon est habitué aux désastres naturels et il y a donc une ligne budgétaire dédiée aux travaux d'urgence qui est reconduite tous les ans. Le Premier ministre Shinzo Abe a donc déjà fait savoir que 500 milliards de yens allaient être débloqués (un peu plus de 4 milliards d'euros). Mais le coût total devrait largement dépasser cette somme : on parle côté gouvernemental de 8 milliards, mais les spécialistes et économistes parlent plutôt de 25 milliards d'euros : 3 000 milliards de yens !

Encore une fois, tout va bien : le Japon est la 3e économie du monde et, justement, il s'apprête à relever la TVA ce qui devrait remplir ses caisses. Un bon moyen de faire passer la pilule de cette augmentation d'impôts très impopulaire au Japon.

"Tout va bien"... il n'y a plus qu'à se mettre au boulot ?"

Oui, mais il y a un hic ! Pour les premiers secours, pas de problème : le gouvernement a fait appel, pour le 1ère fois depuis le tremblement de terre et le tsunami de mars 2011, aux troupes de réserves, en plus des 31 000 soldats déployés sur le terrain.

C'est une habitude au Japon, où l'armée n'est que « défensive » (c'est inscrit dans la constitution pacifiste de l'après-guerre). Ainsi en 2018, 1,2 million soldats ont été déployés partout dans le pays dans les zones affectées par des désastres naturels.

Seulement voilà, vous n'êtes pas sans savoir que la population du Japon vieillit très vite et surtout, diminue. Du coup, l'armée japonaise éprouve toutes les peines du monde à recruter. Les soldats ? -50% du quota attribué et les réservistes ? -70% !

Cinq propositions d'emploi pour un recruté

Les entreprises du BTP japonaises sont incapables d'affronter l'urgence devant le manque dramatique de main-d'oeuvre. Par rapport à 1990, où il y avait encore 5 millions de travailleurs dans le secteur, on en compte aujourd'hui 30% de moins !

C'est simple, il y a 5,3 offres d'emplois pour un ouvrier du bâtiment, mais aussi technicien ou ingénieur, recruté ! Alors, la technologie soulage un peu : ces entreprises évaluent aujourd'hui dégâts et travaux avec des drones, économisant un tiers de temps.

Mais à la fin, il faut poser des toits, construire des murs, électrifier des installations et les robots ne peuvent rien pour cela. Ni les immigrés d'ailleurs : le Japon est un des pays au monde qui y a le moins recours. La conséquence, c'est un lent et éprouvant déclin. En somme, le Japon est en train de mourir lentement, riche certes, mais vieux...

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