A Wiesbaden, la biennale d'art contemporain avait décidé de frapper fort en exposant une statue dorée d'Erdogan : mal lui en a pris. Manifs et menaces ont obligé les organisateurs à la retirer. Une histoire qui dit beaucoup des rapports compliqués de l'Allemagne et de la Turquie.

La statue dorée d'Erdogan n'est pas du goût de tout le monde et a dû être retirée à Wiesbaden
La statue dorée d'Erdogan n'est pas du goût de tout le monde et a dû être retirée à Wiesbaden © AFP / Sebastian Stenzel

L'Allemagne a décidément un problème avec Erdogan, cette fois-ci à cause d'une statue. Une statue dorée du président turc de 4 mètres de hauteur et qui était le clou de la biennale d'art contemporain de Wiesbaden. Une statue d'Erdogan, la main levée et qui n'était pas sans rappeler celle de Saddam Hussein, en Irak.

Vous savez, celle que les Badgadis, aidés par des troupes américaines, avait déboulonné à Bagdad en 2003. Difficile d'imaginer que la ressemblance était fortuite. D'autant que cette année, la biennale avait pour thème : « bad news », « mauvaise nouvelle ».

D'ailleurs, sitôt érigée, sitôt couverte de graffitis « Hitler turc ». Puis les esprits se sont échauffés, les partisans et les opposants d'Erdogan, mobilisés, une sale ambiance s'est installée, des couteaux ont même été aperçus. Il était donc temps d'arrêter les frais.

Sitôt érigée, sitôt retirée 

Dans la nuit de mardi à mercredi. Problème réglé. Sauf que cet incident est le dernier en date d'une longue liste de vexations et d'anicroches entre Berlin et Ankara. La 1ère d'entre elle est restée célèbre, puisque Erdogan avait même porté plainte en Allemagne.

C'était pour protester contre une chanson très acerbe contre Erdogan du comique allemand Jan Böhmermann. Une chanson intitulée : Erdowie, Erdowo, Erdowan. Depuis, ça ne s'est pas arrangé entre les deux pays. Il y a eu, par exemple, l'affaire du footballeur Özil, très critiqué pour avoir posé en photo avec Erdogan.

Özil renonce à la Coupe du monde de foot

Après plusieurs semaines de campagne contre lui du principal quotidien allemand, la Bild Zeitung, qui l'accusait de complaisance avec un chef d'Etat qui, disait la Bild, passait son temps à humilier l'Allemagne. Côté turc, on n'est pas resté les bras ballants.

Non seulement, la justice turc a pris un malin plaisir à maintenir en détention des journalistes ou des militants des droits de l'homme germano-turc mais Ankara s'est permis aussi de faite chanter Berlin : le fameux traité : migrants contre milliards.

Jusqu'à présent, c'était la Turquie qui avait la main. Il faut dire l'Allemagne est toujours tétanisée à l'idée qu'Ankara ouvre les vannes et laisse se déverser en Europe les centaines de milliers de migrants et réfugiés syriens, irakiens, afghans qu'elle retient.

Il suffisait d'attendre pour renverser la situation

En matière de politique étrangère, il faut toujours compter avec le temps. Vous savez : la vengeance est un plat... etc... Que s'est-il passé ? Ankara vient de se fâcher avec les Etats-Unis. La livre turque a aussitôt plongé et l'économie turque, commencé à tanguer.

Les Russes sont compatissants mais pauvres. Les Qataris sont riches – ils ont promis 15 milliards de $ - mais exigeants. Les Chinois sont intéressés, mais un peu trop et surtout, en concurrence directe avec la Turquie. Il reste l'Allemagne et l'Europe.

C'est solide l'économie allemande. Alors, en gage de bonne volonté, Erdogan a libéré la journaliste germano-turque Masale Tolu, le 20 août, et le 15, le directeur d'Amnesty International pour la Turquie Taner Kilic. Quant à Angela Merkel, aucun commentaire.  Comme il se doit...

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.