En Italie, ils sont plusieurs dizaines de policiers à traquer les contrefaçons alimentaires, dont le fameux parmesan ! Et en ce moment, l'ennemi est américain (du Wisconsin) et le combat est très... politique !

Visite dans une fabrique de Parmesan (photo d'illustration)
Visite dans une fabrique de Parmesan (photo d'illustration) © Getty / Emanuele Amighetti for The Washington Post

Direction l'Italie pour visiter la brigade des fromages... Evidemment, dit comme ça, on croirait un canular. Et pourtant c'est quasi une affaire d'Etat en Italie où un département entier de limiers, situé à Rome, traque les contrefaçons du plus célèbre des fromages italiens : le Parmesan.  

Et ils ont fort à faire avec des meules de Parmesan AOP qui peuvent valoir plusieurs milliers d'euros. Le Parmesan, c'est 900 ans de tradition concentrée entre les mains de 350 fabricants autour des régions de Parme et de Reggio, dans le nord de la péninsule.

Pas question donc de laisser passer sans se battre du « parmesan italien » fabriqué en Ukraine. Les pandores italiens du fromage adressent immédiatement un signalement aux plateformes internet qui les vendent pour qu'il soit dé-réferencé. Basta cosi !

L'Ukraine est le moindre de leurs problèmes

L'Ukraine c'est même ce qu'il y a de plus facile à traiter : le pays a un accord d'association avec l'Union européenne et Kiev est a quelques heures d'avion de Rome. Non, le vrai problème, ce sont les Etats-Unis et surtout l'Etat du Wisconsin.

Pour deux raisons. D'une part parce que le Wisconsin est pour les Américains le « cheese state » : l'Etat où l'on produit le plus de fromage aux Etats-Unis. Un marché en pleine croissance d'ailleurs et qui pèse 15 milliards de dollars annuels. Un gros fromage.

Ensuite, parce que les Américains n'y produisent pas du Parmesan depuis hier : les premiers producteurs se sont installés là, avec l'immigration italienne, dès le début du 20e siècle. En clair, ça fait plus d'un siècle que l'on y produit cette merveille culinaire.

Parmesan ou Parmigiano ?

Les Italiens ont déposé la marque « Parmigiano - Reggiano ». Sauf qu'en anglais, le Parmesan se dit comme en Français. Autrement dit, les Américains ne produisent pas du Parmigiano, mais du Parmesan cheese.

Sauf que, à la dégustation, ça c'est les Italiens qui le disent, ça n'a rien à voir avec l'original. Le prix de revente non plus. Du coup, les consommateurs américains ne comprennent pas pourquoi il devraient payer très cher du Parmigiano italien.

Après tout, le Parmesan cheese est aussi un produit de tradition dans le Wisconsin et, en plus, plus adapté au goût américain : moins fort, plus salé, moins crémeux. On connait ça en France, puisque le Roquefort est protégé de la même façon que son cousin italien.

L'Italie se bat, la France résiste... enfin presque

E fait, la bataille italienne pour le Parmesan du Wisconsin n'est pas si vieille que cela. Elle est même très récente : elle date de l'arrivée au pouvoir de Matteo Salvini et de son parti nationaliste la Lega. Un parti qui a fait de la défense du terroir italien une priorité.

Vous savez : "la terre qui ne ment pas"... et qui en plus peut rapporter gros. Les effectifs de la brigade italienne des fromages ont été renforcés, leurs moyens augmentés, leur travail publicisés et leur combat contre la contrefaçon fromagère, popularisé.

Evidemment, en ce moment ils ont fort à faire avec les menaces de guerre commerciale entre les Etats-Unis et l'Europe. C'est si facile de surtaxer une roue de Parmigiano – Reggiano. Mais vous voyez, même le fromage se mêle de politique en ce moment.

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