Ruinée par la crise et avec un système de santé sinistré, la Grèce est tout de même parvenue à obtenir un des meilleurs bilans d'Europe face au Covid-19... Ça demande quelques explications, non ?

Photo prise le 29 avril, sur le port de Rafina près d'Athènes
Photo prise le 29 avril, sur le port de Rafina près d'Athènes © AFP / Louisa GOULIAMAKI

Face au Covid-19, la Grèce est devenue un modèle pour l'Europe. Pourtant, Athènes ne partait pas gagnante : elle a la population la plus âgée d'Europe après l'Italie, un tiers de dépenses de santé en moins en dix ans et des milliers de médecins exilés.

Rajoutons à peine 600 lits de soins intensifs pour 11 millions d'habitants et, en plus, une crise migratoire à ses frontières, avec 40 000 réfugiés parqués dans des camps et dans des conditions sanitaires déplorables. Et pourtant, les chiffres parlent d'eux-mêmes. 

A ce jour, la Grèce ne compte que 138 décès dûs au Covid-19 ! Comparons : la Belgique, qui a sensiblement la même population, compte 53 fois plus de morts ! Le Portugal, même population aussi et faisant, en plus, figure de bon élève, fait lui, 7 fois moins bien !

Chance et préparation

D'abord, il y a le facteur chance : pas ou peu de cas parmi les réfugiés, un pays qui, malgré tout, se trouve à l'écart – géographiquement parlant – des gros foyers d'infection : Espagne, Italie, France. Enfin, une épidémie qui frappe l'Europe hors saison touristique.

Mais il y aussi l'impeccable réponse officielle. Le gouvernement connaissait les faiblesses de son système de santé. Donc, il ne s'est pas bercé d'illusions, il a tout de suite réagi. Premier cas décelé à Thessalonique en février : le carnaval aussitôt annulé.

Le pays est confiné le 17 mars avec seulement 17 décès : désobéir c'est risquer jusqu'à 5000 € d'amende. Et puis, dès fin janvier, les hôpitaux d'Athènes s'étaient préparés en réalisant des « stress tests ». Enfin, le nombre de lits d'urgence à été augmenté de 50%.

Communication impeccable

Il y a aussi l'efficacité de la communication officielle. Le gouvernement ne s'est pas payé de mots : il savait le peu de confiance des Grecs dans leurs politiques et dans l'Etat en général. Donc, humblement, ils ont laissé d'autres qu'eux-mêmes prendre la lumière. En l'occurrence, un infectiologue de l'Université d'Athènes, Sotiris Tsiodras, et l'équivalent du Directeur général de la santé publique, Nicolas Thardalias. Leur point presse quotidien, à 18h, interrompt tous les programmes radio-télé du pays.

L'infectiologue, tout en empathie et en sérieux scientifique ; le haut-fonctionnaire impétueux, mais aussi patriote. Leur duo « good cop / bad cop » fait un tabac ! De plus, le gouvernement a choisi de court-circuiter l'autre plaie grecque : sa bureaucratie.

Sauver papou et yaya

Il faut bien connaître le pays et sa structure familiale pour comprendre. En Grèce, il y a très peu d'EHPAD ou de maison de retraite. Aujourd'hui encore, les grands-parents grecs vivent avec leurs enfants et petits-enfants. Leur rôle familial est essentiel.Ils sont même le ciment familial et font l'objet de toutes les attentions. Donc, lorsque le Covid-19 les a directement menacé, toutes les familles grecques se sont senties investies d'une mission quasi sacrée : sauver papou et yaya en les calfeutrant direct !

Bien sûr, il y a les mauvaises langues qui disent qu'une telle mobilisation s'explique aussi parce beaucoup de familles grecques survivent grâce à la retraite des aïeuls. Mais peu importe : tout le monde avait un intérêt pécuniaire ou sentimental à sauver mamie.

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