Dafen, un ancien village de riziculteurs qui a la chance d'être situé à deux pas de la frontière avec Hong Kong et qui, dès les années 80, s'est spécialisé dans la reproduction de chef-d'œuvre européens : Léonard de Vinci, Monet, Manet et, bien sûr, Van Gogh.

À Dafen, village chinois, on reproduit les tableaux de grands peintres européens
À Dafen, village chinois, on reproduit les tableaux de grands peintres européens © Getty / Olivier CHOUCHANA/Gamma-Rapho

Direction la Chine ce matin, dans le « village des peintres »... 

En matière de peinture à l'huile, on peut tout acheter à Dafen ! Ça n'a d'ailleurs pas échappé à certains « peintres » montmartrois qui ont trouvé plus pratique et tellement moins cher de faire venir de Chine des toiles de toutes tailles représentant Paris. Au mieux de sa forme, c'est simple, Dafen produisait et vendait entre 60 et 75% de toutes les reproductions de tableaux dans le monde. La recette ? 8 000 peintres sur place qui travaillent à la chaîne et plus de 1 200 galeries d'art, dont 60 de luxe.

Comment ça « de luxe » ? 

Comme dans tous les supermarchés : vous trouvez du bas de gamme, pour décorer les murs d'hôtels miteux, ou le top du top : des reproductions soignées, encadrées, certifiées des plus grands peintres – y compris modernes : Rothko, Kandinsky, Pollock... Mais ça c'était avant ! Une période glorieuse où le chiffre d'affaires de cette industrie de la peinture à l'huile croissait de 40 % l'an, jusqu'à atteindre la somme hallucinante de 4 milliards de yuans, c'est-à-dire un peu plus de 500 millions d'euros par an. Je disais que c'était avant : depuis plus d'un an, la crise est là : le chiffre d'affaires des galeristes a baissé du tiers, voire de la moitié, les commandes de l'étranger sont désespérément absentes, même en cette période de Noël. Bref, rien ne va plus à Dafen. 

Les manifestations à Hong Kong y sont pour quelque chose ? 

Bien sûr ! C'est une des explications. Dafen était un des lieux de promenades favoris de la classe moyenne hongkongaise. Or, depuis les manifestations, c'est-à-dire depuis le printemps dernier, le cœur n'y est plus et les ventes s'en ressentent évidemment. Mais ce n'est pas la seule explication. Il y a de plus étonnantes : par exemple, la lutte contre la corruption que mène depuis une dizaine d'années Xi Jinping. Plus de cadeaux somptuaires aux fonctionnaires. Or les tableaux de Dafen était un bakchich de choix. Il y a aussi la lutte contre la prostitution à Shenzhen, la mégalopole voisine. Des dizaines d'hôtels de passe ont dû fermer et, avec eux, des clients sérieux. Eh puis, il y a la crise tout court : les Chinois se serrent la ceinture. Enfin le pire : l'effet Ikea !

Qu'est-ce qu'Ikea vient faire dans cette histoire ?

En fait, « l'effet Ikea », c'est simple à comprendre comme la richesse de la Chine. Entre les années 80 et 2000, les nouveaux riches Chinois se sont comportés comme tous les nouveaux riches du monde : fauteuils Louis XVI, dorures partout et tableaux de maître. Le tout faux bien sûr. Mais les temps ont changé et leurs enfants se sont convertis au minimalisme scandinave : la ruine pour Dafen qui ne jure que par les natures mortes, les mignardises de Fragonard et les Tournesols de Van Gogh. Il va falloir tout revoir. Alors, Dafen a commencé à réagir en invitant des vrais artistes à venir profiter des infrastructures de son « village des peintres ». On en compte aujourd'hui 300 en « résidence ». Mais évidemment, c'est encore trop peu et probablement trop tard

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