Le film soudanais Tu mourras à 20 ans est désormais en compétition pour l'Oscar. Une première pour un pays qui fête tout juste le 2e anniversaire de sa Révolution.

Direction le Soudan ce matin dont un film sera représenté aux Oscars. Il s’agit de Tu mourras à 20 ans, film du réalisateur Amjad Abu Alala sorti en décembre 2019 et que les Français ont déjà pu voir. Un film salué par la critique et par le festival de Venise qui lui a accordé un Lion de l’avenir, récompensant le meilleur premier film.

L’histoire d’un jeune homme à qui l’on a prophétisé enfant qu’il mourrait à 20 ans et qui tente de se défaire de cette prédestination. C’est une métaphore limpide des 30 années de dictature d’Omar Al Bashir qui ont pesé sur deux générations de jeunes Soudanais.

Mais tout est extraordinaire à propos de ce film, y compris les circonstances du tournage : l’équipe a dû travailler dans un pays en révolution. Après des mois de manifestations en 2018 et 2019, le Soudan s’est libéré de son dictateur, aujourd’hui en prison.

C’est la première fois qu’un film soudanais est présenté aux Oscars

C’est même la 1ère fois en 40 ans qu’un film de fiction est tourné dans le pays. Mieux encore, Tu mourras à 20 ans n’est que le 8e film jamais tournée au pays des deux Nils : Nil blanc et Nil bleu qui confluent à Khartoum, la capitale.

Soyons clair, les chances pour ce film de remporter la statuette sont minces. Drunk du danois Thomas Vinterberg part favori. Ce n’est même pas le seul pays qui présentera pour 2021 son 1er film. Le Lesotho et le Suriname sont dans le même cas.

Mais, pour le Soudan, cette 1ère vient couronner deux années extraordinaires : la chute du dictateur, donc, mais aussi une période de transition qui s’achèvera en 2022 par des élections et surtout, c’était début décembre, le retour à la « normalité » internationale.

Abolition des lois d'exception et des lois "morales"

Eh bien, c’était le 14 décembre dernier, 4 jours avant le 2e anniversaire de la Révolution soudanaise, les États-Unis ont officiellement retiré le Soudan de leur liste noire des pays soutenant le terrorisme. Ce qui signifie la fin d’une litanie de sanctions économiques.

En échange, le pays a reconnu Israël. Ce qui, de mon point de vue, est une bonne nouvelle. Les lignes sur la question israélo-palestinienne doivent bouger si l’on veut un règlement global de la situation et le Soudan participe désormais de cette solution.

Mais avant cela, il a fallu démanteler l’arsenal répressif de l’ancien régime et notamment les lois d’exception policières et celles qui punissaient l’adultère, organisait la minorité perpétuelle des femmes et la façon dont elles devaient s’habiller en public.

Les "kandaras", ces "reines nubiennes" remarquables

Les fameuses « kandaras » soudanaises, qu’on pourrait traduire par « reines nubiennes » ou « femmes puissantes », ont été le fer de lance de cette révolution pacifique dans le slogan était « tasgut bas », « dégagez, c’est tout ! »

Mais ce n’est pas tout ! En juillet dernier, la peine de mort a été abolie pour crimes d’apostasie et d’homosexualité. Rnfin, le dictateur honni, Omar Al-Bashir, sera livré à la Cour pénale internationale.

Donc, pour récompenser ce parcours remarquable, il me semble qu’un Oscar ne serait pas de trop. D’autant que ce film sensible, épuré et universel le mérite amplement.