Un numéro unique pour toute démarche administrative ? Le Kenya s'est lancé dans la numérisation de l'ensemble de sa population. L'opposition se méfie de ce programme orwellien.

Des Kenyans font la queue pour s’inscrire au Huduma Namba à Nairobi. Un système national de gestion d’identité.
Des Kenyans font la queue pour s’inscrire au Huduma Namba à Nairobi. Un système national de gestion d’identité. © AFP / SIMON MAINA

Direction le Kenya ce matin qui veut tout savoir de sa population. Un programme qui a reçu le doux nom d'Huduma Namba. Ça veut dire « numéro unique » ou « universel », si vous préférez, en swahili. Et depuis plusieurs mois maintenant, ce numéro universel d'identité agite la vie politique kenyane. Tout est parti au printemps d'une bonne idée.

Les Kenyans, lorsqu'ils doivent faire appel à l'administration, doivent multiplier les démarches : un numéro d'identification pour la santé, un autre pour l'école des petits, un 3e pour les impôts, un 4e pour les pièces d'identité, un petit dernier pour la retraite.

Un vaste embrouillamini administratif qui permet toutes les corruptions et interdit toute gestion moderne des 47 à 50 millions de Kenyans. Donc, l'idée est de reprendre ce mille-feuille indigeste et de créer un système unique et universel : un kenyan, un numéro.

Une entreprise française contestée chargée de ce recensement massif

Oui, pourquoi ? Ah ! Non rien à voir avec la réforme des retraites en France, voyons ! Encore que... Parce que l'entreprise qui a été désignée est française, figurez-vous. Elle s'appelle Idemia et a réalisé un véritable tour de force logistique :

Il a fallu déployer dans tout le pays, qui est grand comme la France, des milliers de fonctionnaires armés de quelques 35 000 tablettes capables de récolter des empreintes digitales, de géolocaliser les Kenyans, de les photographier, de les enregistrer.

Ce n'est pas une première pour Idemia au Kenya : l'entreprise a déjà été sollicitée pour les élections présidentielles et législatives de 2017 : registre électoral unique et vérification biométrique de l'identité des votants. Une expérience douloureuse d'ailleurs.

Une affaire devant la justice kenyane

L'entreprise a été accusée par l'opposition d'avoir manipulé ces données au profit du président Kenyatta. Par ailleurs, un rapport compilé par une ONG a démontré que les données collectées par Idemia étaient proposées à la vente avant même l'élection.

Des accusations suffisamment sérieuses pour l'entreprise française soit « interdit d'exercice pendant 10 ans » dans le pays. Des accusations qu'évidemment Idemia rejette en bloc et surtout conteste devant la justice kenyane.

Mais a vrai dire, cette fois, le problème est ailleurs. Le problème, c'est qu'en voulant enregistrer l'ensemble des Kenyans dans un système unique – que le président Kenyatta a qualifié de « source unique de vérité » - beaucoup de Kenyans se retrouvent exclus.

Les Massaïs, les shonas et les Makondes

D'abord, il y a tout ceux qui sont passés entre les goutes de l'ancien système. En clair, tout ceux qui ont obtenu soit la nationalité kenyane, soit tout bêtement des papiers en corrompant un fonctionnaire. Ou l'oublie mais la corruption a certains avantages.

Elle permet « d'huiler » une bureaucratie souvent kafkaïenne. Ensuite, et plus grave, il y a les minorités : les Indiens ou les Nubiens, par exemple. Des populations amenées par l'ancien colonisateur britannique il y a parfois plus d'un siècle.

Il y a enfin, les Massaïs, les Makonde, les Shonas : des minorités parfois transfrontalières qui peinent à apporter la preuve de leur kenyanité. Il seraient 4 à 5 millions dans ce cas et ils demandent l'annulation de l'ensemble de l'opération devant la Cour suprême : Réponse jeudi 30 janvier... donc, Huduma Namba pas si sûr...

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