En quelques semaines et trois fois de suite, la Cour suprême des Etats-Unis a décidé de se ranger du côté des progressistes. La Cour est-elle devenue anti-Trump ?

Direction Washington ce matin, pour une décision importante, mais aussi surprenante, on verra pourquoi... Rappelons d'abord que la Cour suprême des Etats-Unis est la plus haute instance judiciaire du pays, une sorte de Conseil constitutionnel sous stéroïde. Elle est composée de 9 membres.

Les « Justices », tous désignés par le président des Etats-Unis, confirmés par le Congrès et surtout nommés à vie. Ils devaient cette fois-ci se prononcer sur la constitutionnalité d'une loi de l'Etat de Louisiane qui entravait l'accès à l'avortement.

On sait que le débat sur l'avortement est politiquement miné aux Etats-Unis. Or la Cour suprême ne s'est pas laissée intimider : elle a par 5 voix contre 4 décidé que cette loi était inconstitutionnelle. C'est une victoire éclatante pour la gauche américaine.

Une Cour suprême conservatrice

Dès les premiers mois de sa présidence, Donald Trump a réussi à nommer deux juges nettement conservateurs à la Cour suprême. Au dernier décompte, siègent en ce moment 5 juges nommés par des présidents républicains et 4 par des Démocrates.

Des tombereaux d'articles ont alors été écrits pour souligner le danger : toutes les avancées de ces 30 dernières années – le droit à avortement, droits des homosexuels, droits des migrants et réfugiés – pouvaient être renversés par cette Cour conservatrice.

Or cette prophétie ne s'est pas du tout réalisée ! En quelques semaines, la Cour suprême a voté contre la discrimination au travail des LGBT et interdit à l'administration Trump de renvoyer dans leur pays les enfants de migrants illégaux «, les fameux  Dreamers ».

Donald Trump s'en prend aux "justices"

Il s'est passé deux choses. La première est une indélicatesse commise par Donald Trump. Mais faut-il s'en étonner ? En février dernier, par tweet d'abord – du pur Trump – puis encore une fois en voyage à l'étranger – un sacrilège – il s'en est pris à deux « justices ».

Deux juges femmes et deux juges progressistes : Sonia Sotomayor, nommée par Barack Obama, et surtout, l'icône des libéraux, la juge Ruth Bader Ginsburg. Il leur a tout bonnement demandé de se récuser lorsqu'une affaire concernait sa présidence !

S'en prendre à des « justices » contrevient à toutes les règles de séparation strictes aux Etats-Unis des pouvoirs, mais contrevient aussi à la simple courtoisie. Donc, il n'est pas improbable que la Cour ait voulu lui donner une leçon par le biais du juge Roberts.

Un juge et un "swing vote"

C'est là que ça devient très intéressant : le juge John Roberts est un juge conservateur nommé par George W. Bush. Donc pas par l'actuel président. Or, depuis plusieurs mois, il est devenu ce qu'on appelle aux Etats-Unis, le « swing vote ».

C'est-à-dire celui qui fait pencher la balance du côté des 4 juges progressistes dans les trois derniers arrêts marqués à gauche. Le juge Roberts a-t-il voulu punir Donald Trump ? on ne le saura jamais vraiment.

Il n'est cependant pas devenu subitement pro-avortement. Il a usé, pour justifier sa décision, d'une argutie juridique. Il n'en reste pas moins que le résultat est là : par trois fois, ce juge conservateur a refusé de se ranger du côté obscur de la force trumpienne.

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