Comment une émission de télé allemande a créé un incident diplomatique avec la Turquie...

C'était le 17 mars dernier, les allemands sont installés devant leur émission satirique préférée, Extra 3 , sur la NDR, une chaîne de télé publique. Et tout à coup, ils voient et entendent une chanson dédiée à Recep Tayyip Erdogan , le président turc.

Le titre : « Erdowie, Erdowo, Erdogan » , pourrait se traduire non pas littéralement mais phoniquement par « Erdoqui, Erdoquoi, Erdogan » . Mais le problème c’est évidemment les paroles.

Parce que la chanson – tiré d'un programme comique – y va franco : elle le traite de « big boss du Bosphore », rappelle sa folie des grandeurs – il s'est tout de même fait bâtir un palais de 1 000 pièces.

Ce qui a mis Erdogan en colère, c'est un tout. Parler de son palais des mille et une nuits tout neuf, construit rien que pour lui, alors qu'il y avait déjà un palais présidentiel en parfait état à Ankara, n'a rien arrangé. Mais c'est la suite qui a fait bondir le Sultan, comme on l'appelle là-bas : la chanson explique qu'il bombarde les Kurdes bien plus que l'Etat islamique, avant ça qu'il enferme les journalistes ou ferme carrément les journaux d'opposition ; et après ça qu'il se fiche de la démocratie.

Recep Tayyip Erdogan n'a guère contribué à réchauffer les relations, glaciales, entre les deux pays
Recep Tayyip Erdogan n'a guère contribué à réchauffer les relations, glaciales, entre les deux pays © MaxPPP

Trop, c'est trop. Le 22 mars dernier, il fait convoquer l'ambassadeur d'Allemagne à Ankara pour lui demander des explications sur cette chanson satirique. Entre temps, évidemment, en Allemagne, tout le monde a oublié la chanson. Mais voilà, sitôt connue l'ampleur de la colère d'Erdogan et l'engueulade peu diplomatique, hier par voix de presse, la chanson est devenue un hit sur internet : plus d'un million 200 mille vues en moins de 24h !

Une revue de presse israélo-suédoise , avec une nouvelle assez étonnante...

On commence par un article publié avant hier dans le quotidien suédois Dagens Nyheter : Raoul Wallenberg devrait bientôt être déclaré officiellement décédé, alors qu'il aurait 104 aujourd'hui et 72 ans après sa disparition.

Raoul Wallenberg, c'est ce diplomate suédois qui a fourni des milliers de sauf-conduits à des milliers de juifs hongrois, les sauvant ainsi de l'Holocauste. Le 17 janvier 1945, il est arrêté à Budapest par les Russes, probablement envoyé à Moscou et depuis plus rien.

Sans nouvelles de lui, son certificat de décès n'a donc jamais été émis et l'enquête policière le concernant, jamais été close. On pense en fait qu'il serait mort en 1947 à Moscou, dans un cul de basse fosse de la Lioubianka, le siège du KGB.

Donc finalement, sa famille a décidé de clore l'affaire et a demandé, c'est le DN qui l'explique, à l'administration fiscale suédoise d'entamer les procédures conduisant inéluctablement à l'émission d'un certificat de décès.

Pourquoi l'administration fiscale et pas la police ou la justice. Et bien le Dagens Nyheter l'explique assez joliment : tout simplement parce que le fisc suédois, pour déclarer la mort d'un disparu, a une procédure très compliquée et très longue.

Autrement dit : ça prendra des mois, probablement jusqu'en octobre prochain. Des mois pendant lesquels la famille Wallenberg prendra le temps du deuil, de la mémoire et surtout pendant lesquels à chaque étape, on reparlera de Raoul Wallenberg.

La presse israélienne a réagi aussitôt. Hier dans le Jerusalem Post et ce matin encore dans Ha'aretz . Raoul Wallenberg en est citoyen d'honneur depuis 1986, il y a été fait "Juste parmi les Nations " et son histoire est racontée à Yad Vashem, le mémorial israélien de l'Holocauste.

En clair, Wallenberg est un héros national, tant en Suède qu'en Israël et dans beaucoup d'autres pays d'ailleurs. Aux Etats-Unis par exemple . L'annonce de la procédure fiscale conduisant à son décès officielle a donc été reprise partout dans la presse en hébreu.

Pour bien mesurer l'importance symbolique de Wallenberg, il faut par exemple savoir que tous les ans, le 17 janvier, date anniversaire de son arrestation, le Jerusalem Post publie un éditorial demandant « justice pour Raoul Wallenberg ». 2016 n'a pas fait défaut.

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