Pablo Iglesias est un dur à cuire en politique, malgré son jeune âge, 39 ans. Et pourtant, il a suffi qu'il évoque les sévices infligées par un tristement célèbre tortionnaire du franquisme pour être submergé par l'émotion. C'est toute la crise espagnole actuelle en quelques larmes résumée.

Pablo Iglesias, le chef de Podemos, en pleurs après avoir lu le témoignage d'Espagnols torturés pendant le franquisme par un ancien policier, Antonio González Pacheco
Pablo Iglesias, le chef de Podemos, en pleurs après avoir lu le témoignage d'Espagnols torturés pendant le franquisme par un ancien policier, Antonio González Pacheco © Maxppp / J.J. Guillen

Lorsque un député a hier fondu en larmes en plein parlement, c'est déjà une information. Mais lorsqu'il s'agit de Pablo Iglesias, le chef de Podemos, le parti frère de La France insoumise, c'est un événement. Il a fondu en larmes après avoir lu le témoignage d'Espagnols torturés pendant le franquisme par un ancien policier, Antonio González Pacheco.

Là-bas, il est mieux connu sous le nom de Billy el Niño. C'est surtout le plaisir qu'il prenait à faire son sale boulot de tortionnaire qui en ont fait un symbole de l'horreur franquiste. Mais aussi le fait qu'il échappe depuis 40 ans à toute tentative de procès.

Pas plus tard qu'en février dernier, un tribunal espagnol l'a relaxé arguant que les accusations de tortures qui pesaient contre lui étaient prescrites. D'une façon générale et depuis plusieurs années, le gouvernement espagnol bloque toute tentative de procès.

Un tortionnaire médaillé et protégé des poursuites judiciaires

Parce qu'il y a quelques jours, une information ahurissante est venue s'ajouter à la mauvaise volonté évidente de la justice et du gouvernement espagnols : la presse a révélé que ce tortionnaire avéré – il n'a jamais nié – touchait une sur-retraite.

En 1977, un an avant le vote de la constitution démocratique espagnole, Billy El Niño recevait la médaille d'argent du mérite policier. Or, les récipiendaires ont droit à une majoration sur leur retraite de 15%. A vie.

Une décoration qu'il arbore toujours et que le gouvernement actuel conservateur n'a pas l'intention de lui retirer. C'est ce qu'a confirmé M. Zoido, le ministre espagnol de l'Intérieur , après les larmes de Pablo Iglesias, provoquant une bronca parlementaire.

L'Espagne n'a pas réglé ses comptes avec le franquisme

C'est ça ! Et c'est très symptomatique de la crise actuelle de la vie politique espagnole, dont l'affaire catalane est plus le symptôme ou le révélateur que la maladie. En fait, l'Espagne n'a jamais réglé ses comptes avec le franquisme. Elle a tout mis sous le tapis.

On comprend pourquoi ! A la mort de Franco, le régime était encore solide. La transition démocratique est un compromis : d'un côté, les franquistes acceptent la démocratie, de l'autre, les partis acceptent la monarchie, l'amnistie et prennent quelques précautions.

Il prennent bien soin de conserver des appuis solides dans la justice, la police et l'armée. Pas d'épuration, pas d'états d'âmes, pas de procès ! Je vais vous donner un autre exemple : il existe en Espagne une duchesse de Franco, qui plus est Grande d'Espagne.

La duchesse de Franco ne paie pas d'impôts

C'est sa petite fille. Figurez-vous qu'elle ne paie pas d'impôts. Tout cela parce que le roi d'Espagne a accordé ce titre à la fille de Franco, la mère de l'actuelle duchesse, avec en plus une exemption fiscale totale. Je vous rappelle qu'on est au XXIe siècle.

Or le compromis de 1978 a 40 ans. Il est plus âgé que Pablo Iglesias, le leader de Podemos, qui pourtant a pleuré a l'évocation d'une époque qu'il n'a pas connue. Ce compromis est en train de craquer et c'est une des explications de la crise actuelle.

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