Direction la Calabre pour faire le portrait de l'italien le plus influent au monde, selon le magazine Fortune ...

Le rituel est immuable :tous les ans, le magazine américain Fortune sort une liste des 50 femmes et hommes les plus influents de la planète . Tous les ans, le jeu est le même : tous le monde cherche les siens sur cette fameuse liste.

Cette année, donc, il y a en tête Jeff Bezos, PDG d'Amazon , Angela Merkel, Aung San Suu Kyu, le Pape François et Tim Cook d'Apple . Quelques petits nouveaux aussi, comme Justin Trudeau et Mauricio Macri, 1er ministre canadien et nouveau président argentin.

Et juste avant Melinda Gates (41e) et pas loin derrière notre Christine Lagarde nationale, seule française de la liste (36e), à la 40e place donc, le seul italien représenté cette année : Domenico Lucano.

Mais qui est donc cette superstar italienne repérée par les Américains et qui supplante le Premier ministre Matteo Renzi, ou même Berlusconi voire des stars du foot mondialement connues comme Mario Balotelli ?

Il n'est ni milliardaire, ni président d'une ONG connue, ni homme politique de premier plan : il est le maire de Riace, petite ville charmante de Calabre donc, perchée à 300 m au dessus du niveau de la mer, et qui compte péniblement 2 000 habitants.

Le village de Riace en Itlaie renaît de ses cendres grâce aux immigrés
Le village de Riace en Itlaie renaît de ses cendres grâce aux immigrés ©

Jusqu'à présent, la seule chose qui a rendu Riace célèbre ce sont deux sublimes bronzes grecs découverts en 1972. Mais les Bronzes de Riace n'y sont pas restés longtemps : ils sont aujourd'hui les pièces maîtresses du musée de la capitale régionale : Reggio Calabria.

En fait, ce qui vaut au maire de Riace sa célébrité internationale, c'est la sociologie de sa ville : sur les 2 000 habitants de Riace, 400, c'est-à-dire un quart, sont des réfugiés débarqués sur les côtes italiennes et recueillis par le maire et son équipe.

Cela encore, ça ne fait pas de Riace un exemple pour le monde. Des villes qui accueillent des migrants, il y en pas mal en Italie. Ce qui rend Riace et son maire exceptionnels c'est que l'accueil est ancien : les premiers réfugiés, des Kurdes, ont été accueilli dès 1998.

Pour faire de Domenico Lucano et des habitants de Riace un bel exemple d'humanité, il fallait un projet. Et le projet de notre petite ville de Calabre est de revivre grâce à ces réfugiés. La petite ville se mourait. Elle avait perdu toute sa jeunesse au profit des grandes villes, les commerces fermaient, les écoles périclitaient. Le bâti commençait à souffrir.

En vingt ans, la ville a accueilli 6 000 réfugiés et migrants. Beaucoup n'ont fait que passer. Mais certains sont restés, se sont mariés, ont fait des enfants, ont ouvert des commerces, des entreprises, des exploitations agricoles.

Les écoles se sont remplies, les impôts sont rentrés, les subventions ont suivi, la ville "s'est refait une beauté" : aujourd'hui elle est riche et méconnaissable. Grâce à un maire, Domenico Lucano donc, qui a convaincu ses administrés de, tout simplement, accueillir.

Une dernière chose : vous savez comment ce maire, qui ne se revendique d'aucun parti politique, définit son projet pour sa bonne ville de Riace – projet qui est aujourd'hui étudié dans le monde entier ?Il appelle ça « l'utopie de la normalité ».

La revue de presse se contente aujourd'hui d'un seul article...

Il arrive parfois qu'un seul article, bien écrit, bien pensé, suffise à nourrir des heures de réflexion. C'est le cas aujourd'hui avec un papier publié par le quotidien bruxellois La Libre Belgique . Un papier intitulé : «Le pays où rien n'est clair ».

En fait, il s'agit d’une longue très longue réflexion sur l'identité belge - la « belgitude » en somme - telle qu'elle s'est révélée à la suite des attentats de Bruxelles. « Les jours d’après ont vu la résurgence d’une belgitude de bazar. A la terreur, les Belges opposent la dérision comme antidote. Seraient-ce qu’ils habitent un pays dérisoire ? »

« On se l’est demandé dès le surlendemain du drame, poursuit La Libre. Notamment à la lecture de la presse étrangère, d’une rare dureté à l’égard d’un pays qui n’avait pas encore compté ses morts. »

Entendez par là surtout la presse française.

« Et pourtant, elle tient. Sans cesse rafistolée, toujours plus complexe, la maison Belgique a su jusqu’ici éviter l’effondrement, au prix d’arrangements laborieux. Elle tient avec sa bonhomie, avec l'inexistence d’un quelconque esprit de sérieux et une indifférence au débat d’idées. »

C'est ce qui la sauve du naufrage. Et enfin, il y a la roublardise des Belges : « Personne n’est aussi roublard quand il s’agit d’esquiver les règlements que les Belges. Personne n’improvise avec autant de génie.»

Malgré tout, la Belgique reste indispensable.

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