Action publique, campagnes de hacking... mais aussi initiatives citoyennes : la lutte contre la présence numérique de l'organisation "Etat islamique" s'organise à tous les niveaux.

Les attentats de novembre ont indirectement mis une fois de plus en lumière la vigueur de la propagande djihadiste sur Internet. On voit se développer depuis plusieurs types d’actions qui tentent de l’enrayer. On peut véritablement parler d’une contre-offensive numérique, où se distinguent 3 niveaux.

L'action publique

Il existe, côté officiel, une plateforme de signalement des contenus illicites sur Internet. Elle fonctionne depuis 2009 et s’appelle PHAROS. Le "hic" c'est qu’elle n’est pas exclusivement réservée aux signalements de blogs, sites ou comptes liés au terrorisme. La lutte contre la pédophilie ou contre l’escroquerie en ligne, par exemple, font tout autant partie des missions de l’Office Central de Lutte contre la Criminalité liée aux Technologies de l'Information et de la Communication (OCLCTIC).

Bien sûr, après les attentats de janvier, le service a été réorganisé pour tenter d’absorber la masse des signalements liés au terrorisme : par exemple, rien qu’entre janvier et avril de cette année on a dénombré 35 000 signalements ! Et depuis le 13 novembre le volume n'a pas décru, bien au contraire... De sorte qu'il peut arriver que la quinzaine d'enquêteurs -policiers et gendarmes - de Pharos soit un peu débordée …

On a donc fait le test, à France Inter, où l’une de nos collègues Community Manager, a signalé des profils Facebook suspects… Lucie raconte :

On a recu sur notre page Facebook des messages qui menaçaient la France et faisaient l'apologie du terrorisme et des attentats de Paris. On a donc préféré signaler les profils de ces personnes via le portail du gouvernement, Facebook nous ayant répondu que ces comptes ne contrevenaient pas à leur règles de publication (!). J'ai donc rempli autant de formulaires en ligne que de signalements à effectuer, mais suite à cela j'ai simplement reçu le mail d'un gardien de la paix qui me conseillait tout simplement de me rendre au commissariat de police - ou à la gendarmerie - munie de captures d'écrans, précisant que cela irait plus vite...

Un peu décourageant, s’il faut, après avoir pris le temps de suivre la procédure en ligne, aller en plus faire la queue au commissariat, comme si la plateforme ne servait au fond à rien... C’est justement ce qui rend intéressant le deuxième niveau de cette contre-offensive, l'action citoyenne.

Des initiatives citoyennes

La première de ces initiatives, c’est l’opération lancée par les "cyber-hacktivistes" depuis déjà de nombreux mois.

Anonymous bien sûr, qui communiquent régulièrement sur leurs "Opérations", mais aussi d’autres mouvances de hackers des 5 continents, constituant à eux tous une espèce de collectif informel qui partage au fond les mêmes valeurs - liberté, humanité - et le même objectif : éradiquer Daech de la toile !

Quelques exemples d'hacktivistes bien actifs sur Twitter notamment : @GhostSec ;@LulzSec ; @AntiSec ; @BinarySec dont les comptes mènent à la nébuleuse internationale des plus actifs dans cettelutte numérique anti-Daech.

Leur action se traduit par

  • Des attaques lancées contre les sites de propagande djihadiste, pour les rendre inaccessibles, c’est l’OpISIS erlayée en janvier en France par l’OpCharlieHebdo janvier.

  • Et par une opération massive de signalement des comptes réseaux sociaux liés à l’Etat islamique à Twitter et Facebook afin qu’ils soient fermés, c’est l’OpParis.

Mais… de ces comptes, il y en a des millions. Il s’en recréé à mesure qu’ils sont fermés ! Et du coup, Anonymous - via une vidéo sur YouTube - a lancé un appel au peuple :

Depuis quelques jours le grand public est donc invité à se joindre à un mouvement de contre-offensive collaboratif, ce qui ne signifie pas évidemment que tout un chacun puisse de découvrir, d'emblée des compétences de hackers!

Ce qu’on voit clairement émerger, en revanche,ce sont les signes d’une culture collaborative numérique, comme si le besoin de solidarité anti-terroriste trouvait là, sur Internet, un terrain d’épanouissement

De jeunes geeks créent des blogs pour inviter les internautes un peu débrouillards en informatiques à se joindre à l’opération, ils ouvrent des forums pour à des outils informatiques simples qui permettent de s’associer aux opérations de cyber-harcèlement.

Exemples :

Tutoriel pour s’initier au b-a-ba du hacking Tutoriel pour lancer un programme automatique contre des comptes Twitter identifiés Tutoriel pour rechercher des pages de sites, blogs, liées à l’Etat islamique

Et puis, en marge de cette cyber-offensive quand même un peu résergée aux "geeks" sinon aux informaticiens, il y a enfin le 3è niveau de la contre-offensive : l’appel des Anonymous a été compris par bien d’autres.

Le signalement citoyen

Compte tenu de leur mode de communication qui s'appuie principalement sur la dissémination de vidéos YouTube, l'appel d'Anonymous a également été entendu par la société "civile" que constitue la masse des internautes.

L'exemple d'Elisabeth Piotelat, bloggeuse ordinaire auteure d’un petit mode d’emploi du signalement à Twitter posté sur son blog est à ce titre exemplaire.

Je me suis placée en tant que mère de famille : on est nombreux à avoir des ados et à être souvent bien moins connectés qu'ils ne le sont. Or quand on regarde à quoi ils ont accès, très facilement via de simples liens sur Twitter - photos de cadavres d'enfants et accusations portées à la France - j'ai pensé qu'il fallait expliquer aux gens comment signaler à Twitter ces choses qui n'ont pas à paraître publiquement. J'ai donc eu une démarche pédagogique, j'ai publié sur mon blog un mode d'emploi, qui explique comment en 4 clics faire un signalement à Twitter. Il ne faut surtout pas croire qu'il faut être expert, ou matheux, qu'on ne saura pas faire au prétexte qu'on est trop vieux ou qu'on est une femme : c'est TRÈS SIMPLE !

La lutte en ligne contre le djihadisme n'est donc plus seulement un fait numérique mais devient un fait de société. Cela touche un nombre croissant de gens de toutes générations, et ce d’autant plus que nombre d’articles de la presse « papier » traditionnelle - et les sites Internet de grands médias tels Le Figaro, RTL ou Libération - ont relayé cette campagne qui répand dans la société des réflexes nouveaux .

© Anne Brunel - Les Légendes du Web inSecrets d'Info du vendredi 4 décembre 2015__

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