Pharmaciens, biologistes, chimistes, astrophysiciens mais aussi chercheurs en sciences sociales : Le succès croissant des jeunes Youtubeurs scientifiques qui œuvrent à la diffusion du savoir scientifique, pourrait bien constituer un rempart contre l'esprit complotiste qui contamine le web...

Il faut d’abord savoir que ces jeunes chercheurs YouTubeurs sont nombreux et qu’ils ont de plus en plus de succès. Ils ont 18, 23, ou 38 ans. Certains d’entre eux affichent 100 000, 300 000, voire 700 000 abonnés ! Ils vous parlent astronomie, maths, chimie, électricité, ou biologie… Toute la science quoi !

La diffusion du savoir comme rempart contre le complotisme

Et ces jeunes gens sont pleinement conscients que les phénomènes scientifiques mal compris nourrissent, plus que d’autres, l’inquiétude, la méfiance, et par conséquent les visions du monde simplistes, voire complotistes.

Certains mettent le sujet au coeur de leurs vidéos, c'est le cas des zététiciens de la chaîne YouTubeLa Tronche en biais :

D'une façon générale, les jeunes chercheurs qui se lancent dans la production de vidéos sur YouTube le font dans une démarche de vulgarisation scientifique, dans le dessein de faire partager une passion pour leur discipline mais aussi pour vulgariser la démarche scientifque elle-même, diffuser sa méthode et sa rigueur intellectuelle. La pensée conspirationniste est donc pour eux un réel défi!Voyez plutôt ce qu’en dit Tania Louis, 26 ans, docteure en biologie, qui anime la toute jeune chaîne YouTube Biologie tout compris !

Les vidéos qui développent des théories complotistes sont extrêmement bien relayées. Et quand on fait des vidéos de science... eh bien "ça titille" ! Ca donne forcément envie d'agir ou de répondre par rapport à ça.

Alors « ça titille » par rapport à quoi par exemple ?

Un exemple : Zika et les discours complotistes

Prenons le cas de la récente explosion du virus Zika dans certaines régions du globe : Principalement l’Amérique du Sud et les Caraïbes, dans une moindre mesure les îles du Pacifique et l’Asie du Sud Est. En Afrique seules les îles du Cap vert sont jusqu’ici touchées. (voir carte)Ce virus, dans 80% des cas, est sans symptôme et sans grande conséquence… sauf pour les femmes enceintes, dont les fœtus courent de très sérieux risques de malformation. Si vous lisez la presse ou naviguez sur Internet vous n’avez pu échapper à ces photos terrifiantes de nouveau-nés à la boîte crânienne complètement aplatie, « microcéphales » donc, dont le développement cérébral et l’espérance de vie sont totalement compromis.Et comme tous les événements facteurs d’émotion, cette épidémie engendre de très grandes interrogations qui appellent des réponses scientifiques, et suscitent en parallèle aussi nombre d’interprétations fantaisistes.Revenons-en à notre exemple d'interprétation complotiste : Voici ce qu’on peut trouver au hasard d‘une recherche YouTube sur le virus Zika :

En moins de 20 secondes, dès les premières phrases de cette production on voit se déployer toute la panoplie ! C'est un véritable condensé de clichés complotistes :

  • le sujet sanitaire qui fait peur
    • L’élite mondiale
    • L’argent
    • La figure sempiternelle du juif
  • et l’incontournable SOUS-ENTENDU…

A défaut d’expliquer, donc, on suppose un responsable. Mieux, on désigne indirectement un coupable !

[Renseignements pris et vérification faite, voici une petite mise au point quant aux aberrations sousjacentes à es sous-entendus :

  • Le virus Zika a été déposé dès son identification - en Ouganda en 1947 dans la forêt Zika par un chercheur de la fondation Rockfeller - auprès de l'ATTC (Addiction Technology Transfer Center), un centre de ressources biologiques à but non lucratif qui assure la conservation et la commercialisation de près de 2000 souches de virus pour la recherche en laboratoire exclusivement. La fondation Rockfeller ne détient aucun droit sur ce virus. Le nom apparaît seulement dans la fiche d'identité du virus ZIKA associé à celui du chercheur J.Casals, le "découvreur".

  • La fondation Bill & Melinda Gates quant à elle a octroyé quelques 19,7 millions de $ à la firme Oxytec qui a mis au point un moustique OGM destinés à se sustituer aux moustiques transmetteurs de la dengue. Aucune étude ne permet de faire un lien direct avec l'épidémie 2015 de virus Zika]

Lutter contre les biais cognitifs

Les YouTubeurs scientifiques eux ont une démarche TRÈS différente.

Retrouvons Tania, cette fois sur sa chaîne Biologie, tout compris !

On est là face à un tout autre registre. Un peu professoral peut-être, mais résultat d'un travail sérieux et honnête : Au lieu de sous-entendus on nous offre un raisonnement, et une dénonciation de ce qu’on appelle les biais cognitifs , principaux piliers de la pensée complotiste.La question est donc de savoir si ces vidéos plus sérieuses atteignent leur cible et par conséquent sont efficaces.Pour mesurer cela, ce n’est pas toujours le nombre d’abonnés qui constituera le bon indicateur, mais plutôt leur qualité. autrement dit QUI ça touche. Et quel usage en est fait. Et à cet égard il semble que quelque chose s’amorce véritablement… à en croire Tania Louis :

J'essaie de simplifier au maximum le vocabulaire pour que ce soit accessible à un public assez jeune. Et je sais que des professeurs utilisent mes vidéos pour leur public de collégiens. Donc je pense qu'à partir de 10, 12 ans, c'est déjà accessible

Aainsi de la même façon que le documentaire-vidéo Conspi-Hunter - que nous évoquions dans cette chronique il y a quelques semaines - remporte depuis un tel succès que ses auteurs font un tour de France des lycées et collèges, de la même façon encore que les initiatives pédagogiques de quelques enseignants en matière d’éducation à l’esprit critique commencent à essaimer dans un nombre croissant d’établissements, il y a fort à parier que les YouTubeurs scientifiques contribuent eux aussi à une prise de conscience. Et ils s’organisent à dessein pour augmenter leur visibilité.Comment s’organisent-ils ?Avant tout en se mettant ensemble. Leurs vidéos se regroupent sous un même portail, qui s’appelle VIDÉOSCIENCES. Et qui rassemble à peu près tout ce qui se fait de sérieux, en termes de contenu scientifique.Et puis en multipliant les formes, pour atteindre une diversité de publics.Il y en a de pédago mais aussi de très dynamiques ou humoristiques, qui jouent la dérision à propos des principaux chevaux de bataille des rhéteurs pseudoscientifiques, en détaillant par exemple les effets supposés de l’homéopathie ou les raisons pour lesquelles le drapeau planté sur la lune semble flotter alors qu’il n’y a pas de vent…

@Anne BrunelLes Légendes du Web in Secrets d'Info du vendredi 25 mars 2016

Les liens

Vidéosciences Plateforme d'agrégation des vidéastes scientifiques, producteurs de vidéos scientifiques sur YouTube. Une inititiative du maitre de conférence en biologie Pierre Kerner, de l'Université Paris Diderot

Les passeurs de savoirs Article très documenté sur franceculture.fr, sur ces Youtubeurs face caméra qui vulgarisent le savoir académique

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