Comme on a pu entendre parler il y a quelques mois du Grek'Zit lorsque certains plaidaient pour la sortie de la Grèce de l'Union européenne, voici que vient d'arriver dans la liste des néologismes internationaux ce nouveau terme : INTELEXIT de l'anglais INTELLIGENCE ce qui se dit en français "renseignement" ou "espionnage" et EXIT qui signifie la "sortie".Il s'agit en fait d'une campagne de désobéissance civile qui dit tout simplement : Espions ? Démission ! Mais... Attention ! Un espion, aujourd'hui... c'est quoi ?

Les six figures de James bond
Les six figures de James bond © Radio France

Ce n'est certes plus le Dom Juan anglophone blanc et bronzé dont le smoking blanc n'apparaît même pas froissé après qu'il a ôté sa combinaison de plongée... Ce n'est plus seulement l'athlète amateur de vodka-Martini, aussi à l'aise avec des jetons de casino que face au système d'allumage d'un missile nucléaire... Car l'espion le plus célèbre aujourd'hui c'est un jeune homme d'environ 30 ans, plutôt gringalet, invité dans les multiples conférences, auxquelles il ne se rend que virtuellement, sur grand écran, car c'est aujourd'hui un proscrit, un homme en cavale. est informaticien, et il représente aujourd'hui la figure héroïque de l'espion contemporain. C'est lui le modèle de la campagne Intelexit, en tant que premier espion à avoir fait le choix de prendre la porte de sortie.

Il s'expliquait en juin 2013 (extrait du documentaire CITIZENFOUR de Laura Poitras):__

"Lorsque vous êtes administrateur système d'une agence d'espionnage, vous avez un accès privilégié à une masse d'informations sensibles, beaucoup plus que la moyenne des employés... et à cause de cela vous voyez des choses qui vous perturbent. (...) Vous êtes beaucoup plus fréquemment ébranlé. Et vous prenez conscience que certaines de ces choses sont effectivement inadmissibles ! Dans un environnement professionnel où c'est finalement la norme, les gens auxquels vous en parlez ne vous prennent pas vraiment au sérieux... et ils se mettent à vous éviter. Avec le temps cette conscience d'aller dans le mauvais sens se renforce jusqu'au moment où vous réalisez, finalement, que ces choses doivent être déterminées par le PUBLIC et pas seulement par quelqu'un qui vous est supérieur au gouvernement" La campagne INTELEXIT a donc aujourd'hui pour objectif d'inciter d'autres employés des services de renseignements internationaux à faire défection. Et puisqu'une campagne est avant tout une démarche de communication, le collectif Peng' réunissant plusieurs nationalité autour d'activistes allemands, qui est à l'origine de cette action de désobéissance civile, a mis au point un véritable KIT de propagande. Avec d'abord une conférence de presse à Berlin le 30 septembre dernier, dont nombre d'extraits sont visibles sur les plateforme de partage vidéo.Et puis un film... qui tourne aussi depuis sur Youtube, sur des sites, des blogs et se trouve relayé par la presse en ligne.Cette vidéo dotée d'une esthétique cinématographique très efficace, hyper scénarisée, fait moins de 3 minutes. On croirait une super bande-annonce.

S'y ajoute une opération d'affichage et de tractage à travers les États-Unis, l'Angleterre et l'Allemagne, aux abords des sites où sont implantées des services dépendant des agences de renseignement... par exemple dans le Maryland aux alentours de Fort Meade où se trouve le centre de cyber-commandement de la NSA et l'agence des système d'information de la défense américaine.

Dans le même temps, sur le territoire allemand, les militants d'Intelexit sont allés jusqu'à survoler à l'aide d'un drone une base militaire américaine, le Dagger Complex , situé à Darmstadt, à une trentaine de km au Sud de Francfort, pour y larguer des centaines de tracts à l'intention des 1100 employés de la base.

Affiche Intelexit dans la campagne allemande
Affiche Intelexit dans la campagne allemande © Peng

Là encore une vidéo avec cadrage soigné, montage hyperserré et musique bien "pompier", intitulée "Take a chance " témoigne de cette performance.

Et comme toute action militante est aujourd'hui participative, Intelexit dispose de sa plateforme de crowdfunding, autrement dit de levée de fonds. Jusqu'ici le succès n'est pas énorme : en 10 jours, à peine un peu plus de 900€ sur les 8500 escomptés pour produire un film, financer la campagne d'affichage, les déplacements, et surtout la réalisation d'un film sur l'opération. Car s'il s'agit bien d'un geste politique pour appeler à la vigilance démocratique dans un monde de surveillance croissante, cette action est avant tout à prendre comme un geste d'artistes engagés dans la cité , comme le furent en d'autres temps les dadaïstes, et l'adhésion à leur performance artistique peut aussi se mesurer au soutien financier qui leur est accordé.

© Anne Brunel, Les légendes du Web, pour Secrets d'Info du 09 octobre 2015

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.