Lorsqu'on est pas trop naïf et qu'on traîne un peu sur les forum Internet et les réseaux sociaux on sait bien que tout ce qu’on lit est parfois un peu "bidon", mais mesure-t-on assez que poster des messages d’intox est aujourd'hui devenu un travail de professionnel ?

Et cette forme de bidonnage sur les réseaux sociaux, ça porte même un nom : l’astroturfing .

Un néologisme américian qui s'enracine - si j'ose dire - dans le calembour suivant :Si l'on sait qu'en anglais le terme "grassroots " signifie "opinion publique", alors on ne s'étonnera pas qu'Astroturf , célèbre marque américaine de pelouse articielle qui équipe la majorité des stades, ait produit le néologisme qui correspond à l'opinion publique artificiellement fabriquée ! L’astroturfing c’est donc faire prendre du gazon artificiel pour de l’herbe véritable et, sur Internet, par voie de conséquence, faire croire que c’est l’opinion publique qui s’exprime quand il ne s’agit en fait que de messages préfabriqués !

Astroturf, plaque de pelouse synthétique
Astroturf, plaque de pelouse synthétique © Astroturf

Et ça, selon l’observateur de la désinformation sur le web qu’est Charles Ponsard , ça se pratique couramment dans les domaine politique, mais aussi diplomatique où la stratégie d'influence emprunte désormais les canaux les plus populaires, et bien sûr économique :

L'astroturfing commence quand vous utilisez des techniques qui permettent de dissimuler QUI est à l'origine d'un mouvement. Dans le domaine économique, cela consiste par exemple à monter une campagne informationnelle destinée à défendre les intérêts de votre entreprise dans le cadre de la discussion d'un nouveau texte réglementaire susceptible d'avoir un impact sur votre activité : en ce cas vous avez intérêt à faire connaître votre activité et à diffuser le plus largement possible votre position

Une pratique courante de marketing viral

On peut en trouver de mulitples exemples mais ils ne sont pas toujours facile à identifier, clar rapporter la preuve de la supercherie est de plus en plus difficile, vu le raffinement progressif des outils maketing. Voyez par exemple le cas de la protestation des chauffeurs de véhicule UBER [#laissezlestravailler]

Le cas d'UBER est assez limite. Si l'on observe le hashtag qui a été utilisé #laissez-lestravaillez on voit qu'il a été poussé par des comptes à très faible influence, dotés de très peu de followers, créés très récemment, et qui re-tweetaient d'u coup, comme sortis de nulle part, ce hashtag-là, ce qui d'un point de vue des médias sociaux est assez suspect. La courbe d'activité du compte révèle qu'il n'existe pas avant la campagne, ni après.

On peut aussi trouver suspect le lancement du mouvement des "pigeons" en 2013 [#geonpi] ce petit groupe de start’uper qui s’est opposé à une réforme fiscale jugée pénalisante et qui a organisé le buzz sur Twitter avant de récolter 30 000 signatures pour faire reculer le gouvernement Parmi les cas d’école également, l’affaire du bikini de Reims [#jeportemonmaillotauParcLeo] où l’agression subie l’année dernière par une jeune femme en maillot de bain dans un parc public avait entraîné une véritable guérilla de tweets entre islamophobes et antiracistes !

Une technique à plusieurs niveaux

Plusieurs manières de faire coexistent, selon l’ampleur du mouvement à lancer et selon les moyens humains ou financiers dont on dispose aussi. Charles Ponsard en fait la typologie

Il y a la façon artisanale, qui consiste à créer soi-même de multiples comptes sur des réseaux sociaux, les forums, puis il y a le cran supérieur qui consiste à acheter des followers pouir légitimer ces comptes, et enfin il y a la façon industrielle où des solutions informatiques dites de "personnae management" qui sont des gestionnaires d'identités multiples vont vous permettre de gérer un grand nombre de comptes suimiltanément, correspondant chacun à un type de personnalité différent, et vont diffuser des messages pré-enregistrés sur toutes les plateformes choisies. Toute la subtilité et tout l'intérêt de ces outils est de parvenir à les paramétrer suffisamment finement pour que le message posté varie en fonction de l'identité de chacun tout en évitant à l'opérateur de le faire manuellement pour chaque point de diffusion

Autrement dit, là où l’on a pu croire un moment à l’expression d’une forme de démocratie directe… on est simplement face à un terrain de propagandes, un phénomène qui intéresse de près les spécialistes de l’intelligence économique comme Christian Harbulot, directeur de l'Ecole de guerre Economique, également auteur du petit livre « Fabricants d’Intox » paru au début de cette année…

Aujourd'hui on constate qu'il y a des orchestrations et que celles-ci se professionnalisent. C'est tout le problème de l'expression de la société civile sur le Web : comment faire le tri entre des gens sincères, militants qui travaillent bien, et puis des gens qui sont des manipulateurs

Du virtuel à l'IRL

Comment démasquer ces manipulateurs ? Comment faire la différence entre un véritable mouvement social et une campagne informationnelle de pure propagande ?

Tout simplement en commençant par observer si une mobilisation virtuelle a - ou pas - son pendant dans la vie réelle, "In Real Life" : un véritable mouvement de protestation, tant qu’il ne s’est pas transposé pour de vrai dans la rue ou dans les urnes, il y a tout lieu de croire que ce sont au fond en bonne part des « robots » qui s’indignent !

@Anne Brunel - Les Légendes du Web in Secrets d'Info du vendredi 13 mai 2016

Les liens

Article de référence sur l'astroturfing Fabrice Epelboin est sans doute l'un des meilleurs décrypteurs de ces phénomènes d'intoxication informationnelle.Son article de 2013 dans le magazine online Reflets reste une source incontournable

Professionnel de la communication et astroturfing Sur le Blog du communiquant 2.0, animé par Olivier Cimelière, une intéressante réflexion sur ce monde où bientôt les robots parleront aux robots, s'imaginant les uns et les autres faire jeu d'influence sur le web social !

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