Vous avez remarqué ? La mi-septembre est passée et les Etats-Unis n’ont pas été placés sous le régime de la loi martiale !Les centres commerciaux n’ont pas été transformés en camps de concentration. Et surtout… aucune réquisition d’armes n’a eu lieu au Texas ni dans aucun autre Etat nord-américain !Depuis plusieurs mois c’était en effet le ton prédictif des nouvelles colportées par nombre de chaines YouTube, blogs et sites américains comme autant d’oracles anxiogènes. Les proportions prises par ce mouvement d’opinion ont été telles que la presse américaine à large diffusion comme le New York Times ou le Washington Post s’en sont fait largement l’écho. Et cela à cause de quoi, me direz-vous … eh bien en raison d’un vaste exercice militaire qui s’est déroulé entre la mi-juillet et la mi-septembre, dans 7 Etats américains du Sud-Ouest du pays.On pourrait s'étonner de cette défiance des américains vis-à-vis de leur armée… Eh bien non, car il ya eu un élément déclencheur très inhabituel : Tout a démarré au début du printemps, dès le mois de mars, lorsque le Pentagone a fait savoir qu’une série de manœuvres des forces spéciales américaines allaient se dérouler durant l’été dans les Etats du Texas, Nouveau-Mexique, Colorado, Arizona, Utah, Nevada et Californie. Nom de code : « Jade Helm 15 »Objectif : placer 1200 soldats d’élite dans les pires conditions : l’enfer estival des zones désertiques et la touffeur des zones tropicales, comme il peut en exister dans les contrées où l’armée américaine serait amenée à se projeter dans les années à venir.Simultanément à l’annonce initiale des autorités on a vu circuler sur la toile quelques documents de l’armée relatifs à cet exercice d’une ampleur inhabituelle. Il s’agit notamment d’une carte représentant les 7 Etats concernés, différemment colorés, selon le niveau de dangerosité.

Carte des territoires de l'opération Jade Helm 15
Carte des territoires de l'opération Jade Helm 15 ©

En rouge, le Texas et l’Utah, ainsi qu’une petite poche au sud de la Californie, qualifiée de « poche de résistance ». La légende : ZONES HOSTILES !

C’est le premier ingrédient de l’affolement.

La conclusion est en effet aussitôt tirée et diffusée via les réseaux sociaux : Ces deux Etats républicains et conservateurs, sont dans le collimateur du gouvernement américain, des « cibles à neutraliser ». Même le gouverneur Greg Abbott, soucieux de son électorat, a publiquement averti le général responsable des opérations, qu'il veillerait à ce que la sécurité des Texans, leurs droits constitutionnels, leur propriété privée et leurs droits civiques soient respectés. Et d'ordonner, dans la foulée, la surveillance des manœuvres par la garde de l'Etat du Texas, composée de milices locales.Tout cela bien sûr se nourrit du terreau politique de ces Etats, en majorité républicains, conservateurs et irrigués par les courants extrémistes anti-Obama, opposés entre autres à une quelconque législation sur les armes à feu… Posture amplement relayée par les sites dits « d’information citoyenne » qui dénoncent régulièrement la politique du gouvernement démocrate et soupçonnent Barak Obama de vouloir s’incruster à la maison blanche à l’issue de son mandat… Voyez par exemple le discours d'Alex Jones. Cet animateur populiste et populaire anime depuis le Texas un radio show largement diffusé sur Internet, intitulé « Infowars » – autrement dit « des nouvelles de la guerre ».Parallèlement à ces discours, des associations descendent sur le terrain et se préparent à la résistance… elles organisent la surveillance et le renseignement en vue d’une éventuelle riposte. Des groupes Facebook « Counter Jade Helm » (comprenez « les observateurs des manœuvres Jade Helm »), adossés à un site web du même nom, distribuent les tours de garde aux « citoyens vigilants » dans les 7 Etats concernés. Tout cela fait monter la mayonnaise et construit petit à petit le mythe : Le gouvernement fédéral s’apprête à prendre le contrôle des Etas du sud-ouest, tout particulièrement du Texas. Pas très surprenant dans le fond, quand on se souvient que le Texas fut tardivement rattaché au gouvernement fédéral après avoir été République indépendante. Une histoire qui n’est pas sans rapport avec le particularisme texan que l’on décèle dans cette histoire un peu folle.Mais surtout il y a quelques éléments tangibles qui assoient ces croyances, aussi ténus soient-ils : Ainsi outre l’inhabituelle densité d’hommes en armes et de véhicules militaires de toutes sortes qui sillonnent le pays sous les jumelles de la population vigilante… il y a un deuxième ingrédient clef : la fermeture inexpliquée de 5 magasins « Walmart », vous savez la chaîne d’hypermarchés.Le rapport ? Vous allez vite comprendre.Cinq ou six magasins de cette chaîne de distribution situés dans les Etats concernés par les manœuvres militaires ont été temporairement fermés pour travaux. On parle de travaux de plomberie… Mais une chose est sûre : Les employés ont été tout bonnement mis à pied. Cela fait beaucoup de monde sur le carreau. Les raisons de cette fermeture simultanée n’ont pas été données et l’inquiétude naissante s’est transformée en complet délire : Certains ont procédé à une analyse sinon numérologique au moins anagrammatique la marque WAL-MART en faisant pivoter lettres et syllabes, parvenant à MART LAW … MARTial LAW… en français LOI MARTiale !!Conclusion : ces immenses surfaces couvertes vidées et désertées pour être mises à disposition de l’armée vont abriter des camps de concentration secrets pour emprisonner les populations insurgées contre la saisie des armes à feu. En corollaire de cette interprétation voyez plutôtla conclusion qu'en tirent ces 2 YouTubeurs canadiens. Comme on l'observe souvent dans les thèses un peu loufoques qui circulent sur la toile et imprègnent petit à petit les esprits, on repère des éléments de vérité qui leur donnent un parfum de vraisemblance.En l’occurrence il est exact que la chaîne de grande distribution Walmart a conclu un partenariat avec la FEMA, l’agence gouvernementale américaine chargée de la sécurité civile, donc à ce titre les magasins font partie des « Centres d’opération d’urgence ». Ce partenariat a par exemple été mis en œuvre en 2012 lors de l’ouragan Sandy.Il faut aussi savoir que Walmart est souvent critiquée. Une politique de bas prix qui va de pair avec de bas salaires en général et encore plus bas pour les femmes, alors que c’est la première entreprise mondiale en termes de chiffre d’affaires ! En temps de crise et de chômage ces éléments peuvent alimenter le ressentiment.Quant à la FEMA, l’agence fédérale de la sécurité civile, elle est l’objet depuis le milieu des années 90 d’une féroce méfiance des milieux paramilitaires et survivalistes américains qui voient dans son pouvoir d’organisation en temps de catastrophe une puissance néfaste menaçant les libertés individuelles… Et c’est la conjugaison de tous ces ingrédients qui compose avouons-le un sacré cocktail !

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