Abha Dawesar "L'agenda des plaisirs" et Delphine de Vigan "Rien ne s'oppose à la nuit "
Abha Dawesar "L'agenda des plaisirs" et Delphine de Vigan "Rien ne s'oppose à la nuit " © Radio France

les conseils de lectures d’Abha Dawesar et de Delphine de Vigan :

La nécessité d’écrire : un thème commun à nos deux auteurs.

Abha Dawesar a écrit L’Agenda des plaisirs par nécessité et a voulu aller jusqu’au bout pour décrire le milieu financier à New-York et l’histoire de ce jeune homme taraudé par le désir. Quelques lignes écrites, par la nécessité du moment, sur son téléphone portable, et le livre était parti…..Pour Delphine de Vigan, écrire était une nécessité évidente : Elle l’écrit dans Rien ne s’oppose à la nuit , « J’écris à cause de ce qu’il s’est passé le 30 janvier 1980 ». Le départ de Paris pour aller vivre chez son père en Normandie. Elle quitte son univers et l’écriture devient sa bouée de sauvetage.

Pour ce livre très particulier, sur sa mère et l’histoire de sa famille, il a fallu passer par des moments difficiles et de peur : peur de la réaction de ses proches, peur du cataclysme….Elle avait en mémoire et comme lecture parallèle pendant la période d’écriture, le livre de Lionel Duroy Chagrins , qui lui s’est fâché avec toute sa famille après la sortie de son livre.

Ce livre lui a à la fois fait très peur mais il l’a aussi beaucoup porté….Lambeaux de Charles Juliet (où l’auteur raconte ses deux mères, l’une biologique et l’autre adoptive), a peut-être aussi été un déclencheur de l’écriture de son livre. Elle cite d’ailleurs une phrase du livre de Charles Juliet dans son propre récit qui rentre en résonance avec son livre « si vous trouviez les mots dont j’ai besoin vous me délivreriez de ce qui m’étouffe ».

La mère de Delphine de Vigan aurait aussi pu être écrivain, si la maladie ne l’avait coupée dans ses élans. Sur ce thème, elle cite dans son livre une phrase de Gérard Garouste tirée du livre L’intranquille , livre où il raconte comment sa maladie, sa folie l’a empêché d’écrire et s’oppose à l’idée romantique de la folie qui nourrit la création, alors qu’elle en est souvent un obstacle.

Parmi les livres qui ont permis à Abha Dawesar d’avancer, et qu’elle lisait pendant la rédaction de l’Agenda des plaisirs, il y a les livres de Georges Bataille , et notamment ses livres érotiques.

Depuis toute petit Abha Dawesar dévore les livres : fille unique, la lecture est un moyen pour elle de se sentir moins seule, voire d’y trouver des amis. Un de ses premiers souvenirs de plaisir de lecture est, à huit ans, le livre de Robin Cook Fièvre . Un livre « pour les grands » mais qui la marque tant qu’elle décide de prendre sa plume et d’écrire à l’auteur . Il lui répond, elle lui écrit de nouveau : cette correspondance durera dix ans.

Un autre livre, plus extravagant encore à lire pour une jeune fille vivant en Inde, L’insoutenable légèreté de l’être , de Milan Kundera . Malgré l’éloignement « géographique » et temporel, même si l’histoire du livre n’a rien à voir avec sa vie, (la Tchécoslovaquie des années 60), elle rentre tout de suite dans le récit et se sent très proche des personnages au point de se prendre pour eux. Elle le lit plusieurs fois pendant son adolescence et s’identifie tour à tour, au fur et à mesure de sa croissance, aux différents protagonistes.

La lecture de Jean-Paul Sartre, Le mur notamment, lui a aussi apporté la liberté de parole.

Delphine de Vigan a aussi ressenti cette sensation qu’un livre a été écrit pour elle. Plusieurs auteurs de la littérature américaine la nourrissent énormément : Joan Didion, avec L’année de la pensée magique , un livre sur le travail de deuil et comment on apprivoise la brutalité de la mort . Elle cite aussi Maria avec et sans rien , dont le personnage, avec son errance, lui faisait déjà penser à sa propre mère. Don DeLillo est aussi un auteur qui l’inspire beaucoup et qu’elle aime énormément. Son livre Body Art , est son « préféré au monde…. » Un livre considéré comme mineur dans son travail mais qui pour elle « embrasse les thèmes de l’histoire avec un grand « H » et ceux de l’Amérique avec un grand « A » ».

Un livre très intime qui met en scène une femme et qui a eu pour effet de la libérer des questions qu’elle se posait sur la manière dont un auteur peut s’emparer du prosaïque, du trivial, du quotidien. Comment la description d’une scène très simple pour un personnage, comme manger des céréales par exemple, peut devenir de la littérature, de la poésie. Raconter le quotidien fait partie de ses ambitions, ce qu’elle a « essayé de faire » dans son précédent livre Les heures souterraines .

Un autre livre offert par sa mère quand elle était très jeune, la remplit de plaisir et d’émerveillement : En attendant Godot de Samuel Beckett. Elle y retrouve la personnalité de sa mère, presque ses mots, une façon de la comprendre avec ce récit très sombre d’une solitude existentielle et en même temps un côté très drôle et grinçant.

Et un dernier conseil pour la route :

Delphine de Vigan nous conseille Room d’Emma Donoghue , chez Stöck et Abha Dawesar Call me by your name d’André Aciman.

la chronique de Raphaëlle Rerolle du journal Le Monde :

Dire son nom de Francisco Goldman, publié chez Christian Bourgois

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