Comment devient-on lecteur puis écrivain grâce à qui grâce à quels livres ? Ce sont les liaisons heureuse de l'été. Une rencontre entre deux écrivains qui se lisent, et qui parlent des livres qu'ils aiment.

Kristeva-Rahimi
Kristeva-Rahimi © Radio France

Aujourd'hui Julia Kristeva , psychanalyste, romancière, essayiste, linguiste, philosophe, auteur entre autres de Meurtre à Byzance et d'une Histoires d'amour , elle est célebrée dans les universités du monde entier.

Elle a reçu le prix Hannah Arendt en 2006 et le prix Holberg, équivalent du prix Nobel, pour les sciences humaines, et vient de publier Leur regard perce nos ombres, un livre de dialogue avec Jean Vanier fondateur des communautés de l'Arche qui accueillent des handicapés.

A ses côtés , Atiq Rahimi , prix Goncourt en 2008 pour Syngué Sabour. Pierre de patience , qui ne voulait venir qu'avec elle dans l'émission. Il publie chez son éditeur POL son 5ème roman Maudit soit Dostoïevski .

Les conseils de lecture de Julia Kristeva et Atiq Rahimi :

Si Atiq Rahimi a choisi avec tant d’insistanceJulia Kristeva pour ces Liaisons heureuses , qui en deviennent même « amoureuses », c’est qu’elle toujours été présente pour lui, en tant qu’auteur « salvateur » à différents moments de sa vie, des moments de douleur ou de doute, de questionnement.

Il se souvient, très peu de temps après son arrivée en France au milieu des années 80, de son passage à Apostrophe de Bernard Pivot pour son livre Histoires d’amour : impressionné par le monde littéraire et intellectuel, il décide d’apprendre le français grâce à la littérature.

Lors de son premier cours en tant qu’auditeur libre à l’Université de Rouen, consacré au nouveau roman, là encore il se sent perdu, déprimé , il ne comprend rien : il se décide alors à lire de la littérature française contemporaine, Philippe Sollers, et…Julia Kristeva : il découvre Le langage cet inconnu , ou comment la pensée occidentale a pu penser la langue : et comprend mieux ses cours suivants consacrés à l’ancien français, au structuralisme, à la linguistique, à l’histoire des langues.

Etudiant en cinéma, il réfléchit sur les fins de films et trouve des réponses dans le livre deJulia Kristeva, Semeiotike : recherche pour une sémanalyse .

Puis suivent d'autres livres de Julia Kristeva :

Quand en 1992, Atiq Rahimi perd son frère, Soleil noir , sur le travail du deuil (et en quoi la création peut nous sauver), lui apporte un grand réconfort.

Il s'aide de son livre sur la dépression au féminin pour créer le personnage de la femme afghane dans Syngué sabour pierre de patience .

De retour dans son pays en Afghanistan en 2002 il s’y sent comme un étranger : Etrangers à nous-même , l'aide à comprendre cette sensation étrange.

Les fils tissés entre eux ne s’arrêtent pas là : le premier film documentaire réalisé par Atiq Rahimi Nous avons partagé le pain et le sel , était consacré au père dominicain Serge de Beaurecueil, qui a vécu plus de 30 ans en Afghanistan où il s’occupait d’orphelins handicapés. Le sujet du dernier livre de Julia Kristeva Leur regard perce nos ombres .

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La vie d’Atiq Rahimi est entièrement nourrie de lecture des livres de Julie Kristeva . Ils lui ont donné le goût de la lecture mais aussi le moyen de connaître les choses.

D’autre livres et d’autres auteurs aussi : mais là encore cette liaisons amoureuse continue, tant leurs goûts littéraires et lectures se ressemblent.

L’Etranger d’Albert Camus , dont on a pu entendre un extrait, lu par son auteur en 1954, est un des premiers textes étudié en Bulgarie par Julia Kristeva.

En terminale dans les années 70 à Kaboul Atiq Rahimi lui consacre même un exposé : il a lu le texte en persan (tous les livres étaient traduits par les iraniens) dans le Kaboul des années 70 : ce qui lui valut par ailleurs une convocation dans les bureaux des jeunesses communistes, lui demandant pourquoi il lisait cet écrivain « bourgeois » ??!!!

Autre lien : Dostoïevski . Il est au cœur du dernier livre d’Atiq Rahimi et il est un des auteurs qui a entouré l’enfance bulgare de Julia Kristeva dont le père passait son temps à déclamer les textes à table, allant jusqu’à mimer les personnages des romans du grand écrivain russe : Les frères Karamazov , L’idiot , Le Prince Mychkine , et bien-sûr Crime et châtiment .

Si la littérature peut sauver, quels sont les sauveurs de nos deux écrivains ?

Julia Kristeva , nous en cite trois. D’abord Marcel Proust (à qui elle a consacré un livreLe temps sensible ). Pour elle la lecture de Proust est "vital" : elle admire sa capacité à nous transmettre par la langue les sentiments de sensualité, de l’amour, les sensations, la violence et le sadomasochisme même, de nous le transmettre et surtout de nous le faire traverser.

Ses deux autres livres fondamentaux sont Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir, une révélation dans sa jeunesse : la liberté se conjugue aussi au sexe féminin, lu comme un roman. Et sur l’animalité et l’explosion des passions, Colette , « sensuelle et monstrueuse » avec deux livres notamment : Lanaissance du jour et Sido .

Atiq Rahimi , a plus de « sauveurs », du moins, il nous en cite davantage :

Le petit poisson noir de Samad Behringui (auteur iranien pour la jeunesse), Les Misérables de Victor Hugo , Le vieil homme et la mer de Ernest Hemingway , Divan de Shams de Rumi , L’Offrande lyrique de Rabindranath Tagore , La plaine de Caïn de Spôjmaï Zariâb , L’égo-monstre de Sayd Bahodine Majrouh , L’Idiot de Fiodor Dostoïevski , Le procès de Franz Kafka , L’étranger , d’Albert Camus , L’amant de Marguerite Duras , Jacques le fataliste de Denis Diderot , La plaisanterie , de Milan Kundera , S/Z de Roland Barthes .

Et enfin, pour les vacances :Le poids du papillon d'Erri de Luca.

La chronique de Raphaëlle Rerolle, critique littéraire au Monde des livres :

La route du tabac d'Erskine Caldwell , publié chez Gallimard en Folio poche.

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