couvertures de Rithy Panh "L'élimination" chez Grasset, et Jean Hazfeld "une saison des machettes" chez Point seuil .
couvertures de Rithy Panh "L'élimination" chez Grasset, et Jean Hazfeld "une saison des machettes" chez Point seuil . © radio-france

"Devenir écrivain quand les mots deviennent le seul moyen, avec l’amour, de revenir à la vie, devenir écrivain après le génocide, écrire ce qui ne peut être dit.

Rithy Panh, vous aviez onze ans quand les khmers rouges sont entrés dans Phnom Penh, vous avez passé plus de trois ans dans les camps alors qu’un quart de la population cambodgienne est éliminée. Vous avez survécu, vous êtes devenu réalisateur et aujourd’hui pour la première fois, avec Christophe Bataille vous avez mis des mots sur ce qui n’est pas une enfance mais qui a été une partie de la vôtre. Vous avez aussi transcrit les mots d’un tortionnaire, Duch, qui a dirigé la prison S 21. Ce double récit a pour titre L’élimination, il est publié chez Grasset.

Dans votre livre, vous écrivez que vous n’auriez pu vous confier, écrire sans la lecture de certains livres, dont ceux de Jean Hatzfeld. L’écrivain a raconté le génocide rwandais, et donné à entendre les survivants dans son livre Dans le nu de la vie publié au Seuil et aussi les tueurs dans Une saison de machettes ".

Les livres cités pendant l’émission :

L’émission s’ouvre sur un extrait de Nuit et brouillard le film d’Alain Resnais écrit par Jean Cayrol (disponible en DVD chez Arte Vidéo). Ce film Rithy Panh l’a vu, réfugié en France après avoir vécu le génocide perpétré par les Khmers rouges au Cambodge. Comment survivre après tant de souffrances ? Rithy Panh écoute de la musique, voit des films, lit des livres d’autres auteurs ayant vécu un génocide, la déportation, par le biais desquels il tente de faire ressortir sa propre souffrance et de se reconstruire une pensée. Il lit Primo LeviSi c’est un homme , L’espèce humaine de Robert Antelme , et sur le Rwanda, les livres de JeanHatzfeldDans le nu de la vie , La saison de machettes , et La stratégie des antilopes ,

Comment écrire sur le génocide, qu’on l’ait vécu ou non, comment retranscrire la parole et le silence, de quel point de vue, du mal, du bien, des bourreaux ou des victimes ? Rithy Panh a été très perturbé par la lecture d’Eichmann à Jérusalem d’Hannah Arendt et de son concept philosophique sur la « banalité du mal ». Pour Jean Hatzfeld, qui a écrit pour le Rwanda à la fois du côté des « tueurs » et de celui des victimes, Rithy Panh au eu une intuition de génie en tournant un de ses films S21 la machine de mort Khmer rouge , (disponible en DVD aux éditions Montparnasse) : il réussit à dégager des bribes de vérité de la part des bourreaux en filmant leur mouvements, en les faisant parler avec leur corps, une vérité qu’il ne pouvait recueillir par leurs paroles.

Vous avez aussi pu entendre un extrait de la Radioscopie de Charlotte Delbo par Jacques Chancel (en 1974). Résistance, communiste, Charlotte Delbo a été déportée à Auschwitz en 1943. Survivante, elle écrit dés son retour une série de 3 livres Auschwitz et après , dont le dernier volume Mesures de nos jours , est un des livres de référence pour nos deux auteurs. Elle y raconte le retour des survivants où plus personne ne les attend, la difficulté de raconter et la perte.

Pour Rithy Panh la lecture de Charlotte Delbo est un remède extraordinaire à la douleur, un livre « qu’on peut ouvrir à n’importe quelle page », des mots dans lesquels il se retrouve, comme quand elle parle d’ « un chagrin sans fin ».

Colombe Schneck nous en lit un extrait.

Dans la difficulté du retour, l’amour peut aider. Rithy Panh nous cite un poème de René Char du recueil Lettera amorosa, dont il nous lit un extrait.

La chronique de Raphaëlle Rerolle du journal Le Monde :

La vie aprèsde Virginie Linhart, paru le 12 janvier dernier au éditions du Seuil.

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