Comment devient-t-on lecteur, grâce à qui, grâce à quel livre ? Ce sont Les Liaisons heureuses de l’été, une rencontre entre deux auteurs qui s’aiment, se lisent et parlent des livres qu’ils aiment.

Sorj Chalandon et Vélibor Colic
Sorj Chalandon et Vélibor Colic © Radio France

Aujourd'hui Sorj Chalandon . Longtemps journaliste à Libération, il a suivi la guerre civile en Irlande du nord. Il est l'auteur de quatre romans dont Une promesse , prix Médicis 2006, et Mon traître qui raconte une déception quasi amoureuse entre le narrateur et un Irlandais, leader de la cause indépendantiste, qui se révèlera être un traître vendu à la police britannique. Sorj Chalandon poursuit cette terrifiante trahison à la fois politique et intime dans son dernier roman : Retour à Killybegs , publié chez Grasset. Désormais, le narrateur est le traître. A ses côtés Vélibor Colic , écrivain d'origine bosniaque, réfugié politique en France. Il écrit son nouveau roman en français :Jésus et Tito , publié aux éditions Gaïa. Un livre que l'on pourrait présenter ainsi : une sorte de Je me souviens de Georges Pérec, qui se passerait dans les années 70, dans un village yougaslave qui n'existe plus, d'un pays qui n'existe plus.

Les conseil de lecture de Sorj Chalandon et de Vélibor Colic :

Sorj Chalandon nous parle de son amour pour les livres de Velibor Colic qu'il a rencontré au festival de litttérature de Laval. Vélibor Colic a écrit deux livres en français : Archange et Jésus et Tito . Dans ce dernier roman, il décrit des petites scenettes de l'enfance. C'est un livre drôle qui parle du quotidien d'avant la guerre, dans les Balkans. Sorj Chalandon nous en lit un extrait .

Dans Jésus et Tito , le jeune narrateur lit beaucoup. Velibor Colic nous raconte comment la lecture est devenue son troisième choix. Après avoir échoué à faire du foot et du rock, il s'est replié sur la lecture. Par chance, il y avait beaucoup de livres chez lui. Son premier choc littéraire est Croc Blanc de Jack London . C'est une révélation. Sous le régime de Tito, beaucoup de livres étaient traduits. Il a donc eu accès à la littérature russe , américaine ... sans parler des grands écrivains espagnols : Ernesto Sabato, Gabriel Garcia Marquez . Il a grandi avec ces écrivains et ça lui a sauvé la vie.

Pour Vélibor Colic, la guerre est tout sauf la littérature. La guerre est venue chez lui et a comme tout emporté avec elle. L'écriture lui a permis de rester un homme mais il avoue que l'on perd une grande part d'humanité avec la guerre. Il a fait le choix de la désertion en temps de guerre. C'est un moment où plus rien n'existe en dehors de l'action, de la fuite en avant. On devient un animal, on se cache. Une fois arrivé en France, à Paris, la littérature lui a permis de s'installer. Elle lui a ouvert une toute petite porte d'une toute petite maison d'une nouvelle langue. Et pour lui, ça a commencé avec un dictionnaire franco-croate .La guerre est un lieu où on tue, ce n'est pas le lieu du poème. Néanmoins, certains hommes ont réussi à inviter la grande histoire dans la littérature. Danilo Kis en est un. Vélior Colic l'aime beaucoup parce qu'il a un humour très particulier : l'humour du ghetto de Varsovie, l'humour des désespérés. De cet écrivain, il aime en particulier : Un Tombeau Pour Boris Davidovich .

Sorj Chalandon nous lit un petit extrait du livre de Geneviève de Gaulle-Anthonioz : La traversée de la nuit . Pour lui, ce livre est un bon exemple de ce qu'on appelle l'écriture de guerre. Et de fait ce livre a été écrit pendant la guerre par une personne qui y a survécu.

Vélibor Colic a dévoré Retour à Killybegs , le livre de Sorj Chalandon, en quatre jours. Ce livre le touche beaucoup. Il est très sensible aux premières phrases d'un roman et celles du roman de Sorj Chalandon lui ont plu. Ce livre est épuré, il montre que la vraie douleur est blanche, qu'elle est peu bavarde, silencieuse comme ça. Vélibor en lit un extrait.On écoute une voix de James Joyce qui lit un extrait d'un de ses poèmes : Anna Livia . Sorj Chalandon est ému car c'est la première fois qu'il entend la voix de James Joyce, une voix de Dublin comme il dit.

Sorj Chalandon a été touché récemment par la lecture d'un livre d'une jeune Irlandaise. Il s'agit de Claire Keegan :Les trois lumières , publié chez Sabine Wespieser. C'est un très joli livre dont l'action se passe à la campagne. Sorj Chalandon a deviné que l'histoire se déroule en août 1981 car à la radio, on parle d'un gréviste de la faim irlandais qui vient de mourir. A part cet indice, aucune référence n'est faite à l'histoire, à la guerre directement.

Vélibor Colic nous lit un nouvel extrait du livre de Sorj Chalandon : Retour à Killybegs.Conseils de lecture pour cet été :Le conseil de lecture de Sorj Chalandon est donc le livre de Claire Keegan : Les trois lumières .Vélibor Colic, quant à lui, nous rappelle l'importance de lire ou relire Kafka . La Métamorphose en particulier. Il nous en lit la première phrase.

La chronique de Raphaëlle Rerolle, critique littéraire au Monde des livres :

Anne Atkinson , Dans les coulisses du musée , publié aux éditions de Fallois en 1996.

Les invités
Les références
L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.