Liaisons heureuses (24/09/2011)
Liaisons heureuses (24/09/2011) © Radio France

Comment devient on lecteur puis écrivain, grâce à qui et grâce à quels livres, ceux sont les liaisons heureuses. Aujourd’hui un écrivain lumineux dont les romans vous rendent meilleur. David Grossman vient de publier en France Une femme fuyant l’annonce édité au Seuil, le portrait d’une femme qui tente de célébrer avec des mots, la vie de son fils mort au combat.

Avec vous aujourd'hui Gilles Rozier, il dirige la maison de la culture yiddish à Paris, il ressuscite avec ses mots dans son nouveau roman, une culture qui a fallit disparaître et qui renait aujourd’hui, la culture yiddish. Dans D’un pays sans amour publié chez Grasset, il raconte la rage de vivre, l’amour et la mort de trois poètes Peretz Markish, Uri Zvi Grinberg et Melekh Ravisch.

Les conseils de lecture de David Grossman et Gilles Rozier :

Quoi de plus beau pour évoquer la culture yiddish qu’un chant à capella de la célèbre comptine traditionnelle, Dona Dona ? Gilles Rozier l’entonne d’abord, en yiddish, puis à sa suite David Grossman qui la reprend en hébreu. Le ton est donné : nos deux auteurs vont nous parler de leur culture, la culture yiddish.

Un des premiers livres lu par David Grossman sont les nouvelles et contes pour enfant de Sholem Aleikhem, grand écrivain yiddish (1859-1916) : Il a 8 ans, son père lui offre ses livres : il découvre le monde des shtetl et peut comprendre l’enfance de ses parents en Pologne avant la Shoah. Il lit tous ses livres, et s’immerge complètement dans son univers.

Le violon sur le toit , et tous les personnages qu’il côtoie dans ses livres, deviennent pour lui des êtres vivants. Et c’est à eux qu’il pense lors des jours anniversaire de commémoration de la Shoah.

Tout comme Gilles Rozier, qui cite une de ses nouvelles, il admire dans cet auteur le mélange entre les situations dramatiques et l’humour toujours présent, « une lamentation, et la mélodie d’une vieille prière kaddish ».

Amoz Oz, dont on entend l’extrait d’une conférence, fait aussi partie de ses auteurs favoris. Dans Une histoire d’amour et de ténèbres , l’humour est toujours présent avec la tragédie.

Un livre a particulièrement compté dans la vie de David Grossman : adolescent déjà, il découvre et aime La promesse de l’aube de Romain Gary. Ce livre devient pour lui une source de réconfort tel que des années plus tard, réserviste et en guerre au Liban en 1982, il brave le danger tous les soirs pour aller s’installer dans un endroit précis où il pourra pendant 10 minutes lire un passage de ce livre : « c’était comme une prière laïque », il se sentait protégé et pouvait se retrouver, lui l’homme d’avant la guerre.

Pour David Grossman on le voit, la littérature est une force. Elle peut même changer l’histoire. Il évoque le grand poète national Haïm Nahman Bialik , dont le poème « La ville du massacre » sur le massacre de Kishinev en 1903 est considéré comme le point de départ de la résistance et de la défense juive.

La littérature est une force et elle donne aussi une forme de pouvoir : Dans un des précédents livres de David Grossman, Voir ci-dessous : amour , le héros sauve sa peau dans un camp de concentration car, comme Shéhérazade, il raconte tous les soirs, au commandant nazi du camp, des histoires, son roman. Le nazi devient de plus en plus dépendant de la vie extraordinaire crée par l’auteur, et ce dernier devient éternel, il ne peut pas être exterminé. Au départ de l’écriture de ce livre, la découverte de Bruno Schultz , auteur de La rue des crocodiles et Les boutiques de cannelle et dont les circonstances de la mort en 1942, inacceptables, révolte David Grossman. Voir ci-dessous amour est un hommage à Bruno Schultz.

Actif dans la question du rapprochement entre Israëliens et palestiniens en matière de littérature, David Grossman recommande la lecture de l’écrivaine d’origine libanaise Hoda Barakat pour son livre sur la vie à Beyrouth pendant la guerre contre Israël et lors des guerres internes. Plus que tout ce qu’il a pu lire sur ce sujet, c’est grâce à ce livre qu’il a pu ressentir ce que cela signifiait d’être libanais au Liban lors des attaques israéliennes.

Les deux grandes rencontres littéraires dans la vie de Gilles Rozier : le poète Uri Zvi Greenberg , dont la lecture le faisait trembler à vingt ans, et qui a orienté sa vie, et lui a fait comprendre la vie de son père assassiné à Auschwitz. L’autre grand poète qui a révolutionné sa vie, Jean Genet , avec Notre-Dame des fleurs .

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