Comment devient-on lecteur puis écrivain, grâce à qui, grâce à quels livres ? Ce sont les Liaisons heureuses de l'été, une rencontre entre deux écrivains qui s'aiment, qui se lisent et parlent des livres qu'ils aiment.

Brisac-Zenatti
Brisac-Zenatti © Radio France

Aujourd'hui Nathalie Brisac . Elle écrit des livres pour les enfants, qui peuvent être aussi lus par les grands. Qui n'a pas rêvé de devenir Minusman, le petit qui gagne contre les grands ? Elle vient de publier Minusman et Croque-amour : Tilly aime Isaac qui aime Juliette. Un triangle amoureux publié à l'Ecole des Loisirs.

Nathalie Brisac a choisi Valérie Zenatti , auteur pour les enfants, les adolescents et les grands. Elle est l'auteur de Une bouteille dans la mer de Gaza , publié à L'Ecole des loisirs, qui lui a valu de nombreux prix en France et à l'étranger. Elle est aussi la traductrice de l'immense oeuvre de l'écrivain israëlien Aharon Appelfeld. Aharon Appelfeld, personnage de son dernier roman Mensonges , publié aux éditions de L'Olivier. L'histoire d'une jeune femme juive originaire d'Afrique du Nord, qui aimerait nous faire croire qu'elle est elle-même un personnage d'un roman d'Aharon Appelfeld caché dans une forêt pendant la Seconde guerre mondiale. Et le mensonge est réussi.

Les conseils de lecture de Nathalie Brisac et Valérie Zenatti :

Aujourd'hui l'émission portait sur le thème de la littérature et de la Shoah. Valérie Zenatti et Nathalie Brisac ont toutes deux écrit sur ce thème et toutes deux portent une admiration et un amour particulier à l'auteur israëlien Aharon Appelfeld . Valérie Zenatti traduit ses livres publiés aux éditions de l'Olivier. Pour elle, lire ses livres et pouvoir le rencontrer est "important, consolant et inspirant". Il est au coeur de son dernier livre Mensonges , où dans un des chapitres du livre, elle se met dans sa peau (l'idée de la collection Figure libre , aux éditions de l'Olivier, est d'écrire sur son héro et de dévoiler un autoportrait).Tout comme Nathalie Brisac qui l'a placé également parmi les auteurs essentiels dans sa vie, Valérie Zenatti nous invite vivement à lire le dernier livre d'Aharon Appelfeld,Le garçon qui voulait dormir, publié en avril dernier aux Editions de l'Olivier. L'histoire d'Erwin, un adolescent juif de 17 ans qui au sortir de la deuxième guerre mondiale a tout perdu (la propre histoire d'Aharon Appelfeld) qui doit esayer de s'en construire une nouvelle. Petite déjà, Valérie Zenatti, face à la terreur ressentie aprés avoir pris conscience de l'histoire de l'extermination des juifs en Europe, a besoin de lire des tas de livres sur le sujet, pour s'apaiser intérieurement. Adulte elle continue à lire sur ce sujet, et pour elle le livre d'Aharon Appelfeld remplit cette mission qu'il définit lui-même comme essentiel : la littérature, la fiction, aide l'homme à retrouver sa confiance et son espoir aprés la tragédie de la Shoah. Elle nous cite aussi sur le sujet, le livre (pour enfants mais pas que....) de Nathalie Brisac Katine Pouloute , (édité à L'Ecole des Loisirs) l'histoire d'une jeune fille à qui, du jour au lendemain,son père demande de renier ses origines, de changer de nom et de porter une étoile jaune. Un livre qui parle de cette histoire "sans en parler, mais tout en en parlant", ce qui "réconcilie".

Elle nous parle d'un autre livre, celui d'une voix contemporaine aux évènements et qui parle du passé : le Journal d'Helen Berr , ( Journal 1942 -1944, disponible ne poche chez Points

préfacé par Patrick Modiano) : une jeune fille juive française, issue de la bourgeoisie française tient son journal dans le Paris de l’Occupation. Elle a 19 ans, est étudiante et rêve d’être écrivain.

Elle lit, elle joue de la musique, elle est raffinée, subtile et profonde. Le 7 avril 1942, elle commence son journal en racontant qu’elle est passée chez la concierge de Paul Valéry récupérer un livre dédicacé par lui en ses mots « Exemplaire de mademoiselle Helen Berr, au réveil si douce la lumière et si beau ce bleu vivant. Signé Paul Valéry » : de la grâce, de la beauté dans ce monde qui est en train de basculer, de virer au cauchemar, et qui va virer pour elle au cauchemar puisqu’elle va devoir porter l’étoile jaune après l’établissement du statut des Juifs. Elle ne s’attend pas du tout à l’horreur et son journal témoigne de cette prise de conscience.

Déportée, elle n’est pas revenue. Dans sa préface Modiano dit d’elle qu’elle aurait pu être un grand écrivain.

Tout comme les livres d’Aharon Appelfeld sur ce sujet, le livre d’Helen Berr apporte de la lumière, ils sont du côté de la vie et jamais de la mort.

Toutes deux auteurs pour la jeunesse, Valérie Zenatti et Nathalie Brisac , ont un point commun. Elles ont toutes les deux un souvenir très marqué de leur premier livre adoré bien qu'il soulevait des questions angoissantes. Ces premières lectures, source de peur et de bien-être à la fois, leur ont donné un rapport particulier à la littérature. Elles ont très tôt su que l’on pouvait-être en danger mais sauvées en même temps. Elles lancent d’ailleurs un avis de recherche pour retrouver ces livres qu’elles ont toute deux égarés : il s’agit d’Auguste , un livre qui a résisté à la guerre et qui appartenait à sa grand-mère, l’histoire d’un personnage qui gonflait à chaque fois qu’il mentait, pour Nathalie Brisac , et de Cosette , un album extrait des Misérables de Victor Hugo pour Valérie Zenatti.

Auteur pour la jeunesse, Valérie Zenatti a dévoré les livres quand elle était jeune. Certains d’entre eux sont restés gravés dans sa mémoire : Les Misérables, de Victor Hugo, les Contes d’Andersen , Les quatre filles du docteur March de Louisa May Alcott , Sans famille d’Hector Malot , Mary Poppins de Pamela Lyndon Travers et Robin des bois de Thomas Love Peacock .

Et d’autres ont fait d’elle un écrivain : L’Etranger d’Albert Camus , La vie devant soi et Gros câlin de Romain Gary , L’Amant de Marguerite Duras , Week-end de chasse à la mère de Geneviève Brisac , Pochèe de Florence Seyvo s , Fête des pères deGilles Sebhan ,Tout contre Léo de Christophe Honoré , et enfin Mrs Dalloway de Virginia Woolf.

Nathalie Brisac est venue à la lecture avec d’autres livres, pendant son enfance, et après : Delphine et Marinette , tous ses albums et livres d’enfant et il y en a beaucoup. Puis PaulVerlaine , Charles Baudelaire , Guillaume Apollinaire,Victor Hugo . Puis ensuite Le grandMeaulnes , d’Alain Fournier , les livres de Stendhal , ceux de Stephan Zweig , de Francis Scott Fitzgerald, d’Isaac Bashevis Singer , et bien sûr ceux d’Aharon Appelfeld .

Ceux qui ont fait d’elle un écrivain, « tout en vrac et pour des raisons bien différentes » : les livres d’Arnold Lobel , auteur et illustrateur américain de livres pour enfants, l’Odyssée d’Homère , les livres de Simone de Beauvoir , ceux de Françoise Dolto et de Michel Foucault.

Et pour les vacances, nos deux auteurs nous ont aussi donné un dernier conseil de lecture : Nathalie Brisac nous conseille On n’est pas des oiseaux , de Gisèle Bienne à l’Ecole des loisirs et Valérie Zenatti , n’importe quel livres de l’écriavaine iranienne Zôya Pirzâd , publiés aux éditions Zulma.

La chronique de Raphaëlle Rerolle, critique littéraire au Monde des Livres :

Le dictionnaire amoureux du Brésil de Gilles Lapouge, publié chez Plon

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