«Née du cri de révolte et de dignité des premiers prolétaires face aux drames et aux échecs de la première révolution industrielle, une idée de justice et de liberté a traversé le siècle aux côtés du peuple», s'enflamme Pierre Mauroy à la tribune de l'Assemblée, le 8 juillet 1981, lors de sa déclaration de politique générale. Le premier ministre de François Mitterrand, élu président de la République deux mois plus tôt, annonce solennellement que «dans quelques semaines, le gouvernement déposera un projet de loi-cadre destiné à ramener à 60 ans l'âge d'ouverture des droits à la retraite», sous les applaudissements des députés socialistes et communistes.

Pierre Mauroy honore ainsi la 82e des 110 propositions de campagne de François Mitterrand, qui prévoyait que «le droit à la retraite à taux plein sera ouvert aux hommes à partir de 60 ans». Le candidat socialiste à l'Élysée avait même promis aux femmes la retraite «à partir de 55 ans».

Résolu à aller vite, le premier ministre décide de légiférer par ordonnances. Cette procédure, prévue par l'article 38 de la Constitution, permet au gouvernement de prendre des mesures qui relèvent normalement de la compétence des assemblées. Les députés RPR et UDF, qui découvrent à l'époque la rude condition de parlementaire d'opposition sous la Ve République, crient au coup de force. En vain: dès décembre 1981, le projet de loi habilitant le gouvernement à porter par ordonnance l'âge de la retraite à 60 ans est déposé à l'Assemblée.

Au nom du RPR, Philippe Séguin (Vosges), tonne contre une décision «à contre-courant de l'évolution constatée partout dans le monde occidental». Dans la presse, le centriste Jacques Barrot, député de la Haute-Loire, fustige au nom de l'UDF une réforme «plus inspirée par la démagogie que par la justice». Socialistes et communistes, quant à eux, saluent à l'envi «une grande conquête sociale» et «une avancée historique». L'Assemblée donne son feu vert aux ordonnances. La réforme est promulguée le 26 mars 1982 et entre en vigueur le 1er avril 1983.

par Jean Vigreux, historien.

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