Pourquoi y a-t-il des gagnants et des perdants dans le sport et les jeux ? demande Simon. Réponse de Georges Vigarello, historien, qui joue gagnant, perdant, et même ex aequo !

“Pour faire un bon vainqueur il faut être bon perdant"
“Pour faire un bon vainqueur il faut être bon perdant" © Getty / Image Source

Pourquoi y a-t-il des gagnants et des perdants dans les jeux et dans le sport ? (Simon)

Réponse de Georges VIGARELLO, Directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Spécialiste de l’histoire de l’hygiène, de la santé, des pratiques corporelles.

Dans le sport, il y a des gagnants et des perdants. Parfois, il y a plusieurs gagnants, des gens qui arrivent ex aequo, ce qui est remarquable. C'est une question importante parce que dans certaines cultures, les ethnologues l'ont très bien montré, on ne supporte pas qu'il y ait des gagnants. Il faut finalement trouver un moyen pour que le résultat soit du type "ex aequo", parce que si on crée finalement un vainqueur, on trouble en quelque sorte le monde, on le déséquilibre et il faut maintenir un équilibre, cette tentative est extrêmement intéressante.

Mais dans nos cultures, c'est un peu différent parce qu'on a besoin de comparaisons. Dès que la société s'organise, il faut qu'on arrive à désigner ceux qui sont plus compétents que d'autres, ou ceux qui sont plus méritants. Il est vrai que le sport a tendance à symboliser, à tort ou à raison, le fait que nous attendons de désigner des compétences et des mérites. 

Le sport crée une situation avec des gagnants et des perdants, et l'idée non négligeable que le perdant d'aujourd'hui peut être le vainqueur de demain. Il y a un travail à faire. Le sport crée quelque chose, de l'ordre de l'attente, avec de l'entraînement, de la formation, de la création de compétences. Les choses ne sont pas établies, c'est très intéressant dans le phénomène sportif. Le possible demeure et même ceux qui ne réussissent pas dans un sport peuvent finalement peut-être réussir dans un autre...

Le sport est passionnant parce qu'il y a le renversement, l'inattendu, la surprise. Je pense aussi que le sport crée de l'adhésion, du spectacle, de la fascination et du coup, il y a un perdant et un gagnant, ce qui pourrait paraître de l'ordre de la désespérance au premier abord, pourrait être à l'inverse, de l'ordre de l'espoir. 

▷ 📖 LIRE | "La robe - une histoire culturelle, du Moyen Âge à aujourd'hui" de Georges Vigarello, éditions du Seuil

Pourquoi les voitures n’ont pas de sirène ? (Timothée)   

Réponse de Camille CHAIZE, Commissaire de police, Conseillère du directeur général - Adjointe au SICoP, Service d’Information et de Communication de la Police.

Toutes les voitures de police ont des sirènes depuis très, très longtemps. La vieille fourgonnette Citroën que l'on voit dans les films anciens comme "Pinot, simple flic" avait déjà une sirène ! Aujourd'hui, tous les véhicules de police ont une sirène. Les véhicules sérigraphiés, sur lesquelles est inscrit "Police nationale", ont une galerie, une lampe lumineuse sur le toit. Les véhicules banalisés, qui sont des véhicules comme les autres, ont aussi une sirène qui n'est pas toujours utilisée. 

Cette sirène sert seulement pour les véhicules d'intérêt général prioritaires : la police, le SAMU et les pompiers. Sinon, on n'a pas le droit de l'utiliser. C'est une sirène qu'on appelle le "deux tons" parce qu'en fait, il y a deux notes, deux tonalités différentes. Les pompiers n'ont pas la même sirène que la police qui n'a pas la même que le SAMU. 

Les véhicules de police utilisent leur sirènes seulement pour aller sur des interventions urgentes et doivent malgré tout respecter le code de la route et de la circulation. Il est vrai que de temps en temps, en intervention, les policiers peuvent griller des feux rouges. Ce n'est pas très bien, mais quand il faut aller très vite, ils peuvent le faire, il faut redoubler de vigilance parce qu'on n'est jamais à l'abri d'un accident. 

C'est pour cela qu'il y a à la fois la sirène "deux tons" et aussi la galerie avec le gyrophare bleu, qui fait quand même une lumière intense. Il y a aussi les interventions de voies publiques et toutes les interventions judiciaires où il faut rejoindre un magistrat qui est sur une scène de crime. A ce moment là, c'est un véhicule banalisé.

"A-t-on le droit de mettre une sirène sur sa voiture et où peut-on en trouver ?

On peut trouver des sirènes dans le commerce ou sur Internet. Mais il faut savoir que les personnes qui utilisent un gyrophare sans y être autorisées, sont passibles d'une peine d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende. A déconseiller !

Je sais que les pesticides sont nocifs pour les abeilles mais j’aimerais savoir ce que ça leur fait exactement ? (Elias) 

Réponse d'Aurore AVARGUÈS-WEBER, Biologiste chercheuse en neurosciences cognitives  au CNRS, elle étudie le comportement des abeilles au Centre de recherches sur la Cognition Animale de Toulouse.

Tu as tout à fait raison. Les pesticides sont nocifs pour les abeilles, tout simplement parce que les pesticides servent à tuer les insectes nuisibles - normalement les insectes qui vont manger les récoltes - mais bien sûr, ces molécules sont nocives pour tous les insectes et les abeilles en particulier. 

La plupart des pesticides qu'on utilise actuellement sont des pesticides qui s'attaquent au cerveau des insectes, qui tuent les pucerons ou autres ravageurs des récoltes. Les abeilles en absorbent très peu, par rapport aux pucerons qui sont sur les récoltes, la plupart du temps cela ne les tue pas directement. D'ailleurs, ces produits sont sur le marché parce que les fabricants ont l'obligation de vérifier que les doses que les abeilles peuvent ingérer ne les tuent pas. 

Les pesticides sont nocifs pour les abeilles parce qu'on récolte moins à la ruche, il y a plus d'abeilles qui se perdent, et au fil des années, les ruches dépérissent.

Le problème, c'est que les abeilles sont des insectes qui apprennent énormément. Les abeilles se déplacent parfois très loin de la ruche et doivent apprendre à reconnaître leur environnement pour retourner à la ruche. Elles apprennent aussi à reconnaître les fleurs les plus intéressantes pour obtenir du nectar et du pollen. Elles utilisent leur cerveau, ce sont des insectes intelligents qui apprennent et qui mémorisent, à l'inverse des pucerons. Si ces abeilles ne sont pas tuées par les pesticides qui attaquent leur cerveau, elles ont beaucoup plus de mal à apprendre et peuvent se perdre ou sont moins efficaces. 

Les invités
  • Georges VigarelloHistorien, philosophe et directeur d'études à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS)
  • Camille ChaizeCommissaire de police, Conseillère du directeur général/Ajointe au SICoP, Service d’Information et de Communication de la Police.
  • Aurore Avargues-WeberBiologiste au CNRS de Toulouse
L'équipe
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