Zoé et Charles voudraient savoir pourquoi les écrans les attirent tant ? La révolution numérique n’a pas épargné les familles. En quelques années seulement, les écrans ont envahi les chambres de nos enfants, petits et grands. Faut-il pour autant s’en inquiéter ?

La dépendance des enfants aux écrans...
La dépendance des enfants aux écrans... © Getty / Peter Cade

Pourquoi on préfère regarder l’Ipad que les livres ? (Zoé) Quand on regarde la télévision, pourquoi n’arrive-t-on pas à s’arrêter ?! (Charles)

Réponse de Bernard STIEGLER, Philosophe. Enseignant à l’Université de Compiègne, aux Etats-Unis et en Chine. Il dirige l’Institut de Recherche et d’Innovation (IRI) et préside le groupe de réflexion philosophique Ars Industrialis _: "_l'Association internationale pour une politique industrielle des technologies de l'esprit".

La télévision essaye de capter l'attention du téléspectateur pour qu'il ne change pas de chaîne, afin de garder l'audience. Et pendant le programme lui même, on utilise toutes sortes de techniques pour créer un suspense, une attente, avec des ficelles d'ailleurs de plus en plus vulgaires."

"Actuellement, il y a une lâcheté généralisée qui fait qu'on accepte absolument n'importe quoi. Évidemment, dans le combat avec les livres, la télévision gagne parce qu'il faut d'abord apprendre à lire pour lire des livres. On n'apprend pas à regarder la télévision et apprendre à lire, c'est fatigant. Et quand on sait lire, il faut cultiver son attention, il faut se mettre à part. Il y a un très beau livre : "Sur la lecture" de Proust, où il explique comment il se met dans un coin pour lire tranquille."

"Aujourd'hui, cela devient très, très difficile de lire. Je suis enseignant et c'est le problème de tous les enseignants, les gens lisent de moins en moins." 

Il y a des choses qu'on ne peut pas ne pas lire. Il y a des études qu'on ne peut faire qu'en lisant, la philosophie en particulier, mais pas seulement. 

"Quant à l'iPad, c'est la même chose mais il utilise ce qu'on appelle l'interactivité, il sollicite des comportements. Les jeunes regardent de moins en moins la télévision heureusement, parce qu'ils veulent être actifs. La télévision, c'est complètement passif, cela développe d'ailleurs l'obésité. On appelle "couch potatoes", les "patates de salon", les gens qui mangent des frites et boivent du coca en regardant la télévision, c'est une catastrophe sanitaire : il y a 9 millions de diabétiques aux Etats-Unis, du diabète grave. Il faut changer tout cela."

"Alors l'iPad exploite aussi le désir des enfants et des jeunes d'être actifs, les techniques se développent, comme les jeux vidéo d'ailleurs. Pourquoi faire ? Pour les inciter de plus en plus à avoir une activité paresseuse, c'est à dire une activité pulsionnelle. On répète le système pulsionnel de la télévision alors que l'iPad pourrait être un instrument merveilleux.

Mais c'est une énorme erreur de mettre l'iPad dans les écoles tant qu'il n'y a pas de moyens pour la conception de vrais bons programmes pour cette technologie. Il y a encore beaucoup de travail... 

Bernard Stiegler a publié beaucoup d'ouvrages dont ses deux derniers livres : 

📖 LIRE | "Qu’appelle-t-on panser ? 1. L’immense régression", Ed. Les Liens qui Libèrent

📖 LIRE | "Qu'appelle-t-on panser ? 2. La leçon de Greta Thunberg", Ed. Les Liens qui Libèrent

Je voudrais savoir si Robin des Bois a existé ? (Mathieu)        Est-ce que Robin des bois a existé en vrai ?! (Arthur)  

Réponse de Didier LE FUR, Histoirien, essayiste et éditeur, spécialiste de l'histoire moderne.

"Je suis désolé, Robin des Bois n'a jamais existé mais il a existé d'autres "Robin" ! D'ailleurs le Robin des Bois tel qu'on le connaît aujourd'hui est une création. Mais Robin Hood avec un H au lieu du W, a sans doute existé au XIII° siècle. C'est un paysan, un voleur, un brigand, un vaurien, un homme qui se bat dans tous les coins et qui a eu sans doute des procès, ce qui a dû développer l'imaginaire d'autres auteurs qui l'ont pris comme héros." 

"Au XIII° siècle, au XIV° siècle, en Angleterre, Robin Hood, qui veut dire "Robin la capuche" ou "Robin le vaurien" ou "Robin le truand"... va être le héros d'une quantité de poèmes, de romans. C'est forcément un méchant, un bagarreur, mais aussi un pauvre qui va détrousser les riches, qui va lutter contre l'administration, notamment contre le shérif de Nottingham, et contre les moines ou l'Eglise. C'est un personnage populaire qui trouble l'ordre public. 

A partir du XV° siècle, on garde encore l'idée de Robin Hood, mais on va le transformer et finalement, le mauvais va devenir bon. Au lieu de se battre contre tout le monde, il va se battre pour une cause, c'est à dire pour les faibles. Il reste un paysan mais devient le libérateur des faibles, dans la littérature. C'est simplement à la fin du XVI° siècle où le théâtre élisabéthain, sous le règne d'Elizabeth 1ère, va reprendre cette légende, ce héros, et va en faire non plus un paysan libérateur, mais un noble libérateur, et on va lui donner son titre de Robert de Loxley. On va structurer la légende autour de la troisième croisade et des rapports entre la noblesse, la politique et la succession royale entre Richard et Jean." 

"Mais il faut attendre le début du XIX° siècle avec Walter Scott et son célèbre roman "Ivanhoé" pour que le texte et le sujet deviennent mondialement connus. Là, on va enrichir les personnages, le moine du XIV° qui se fait battre par le méchant Robin Hood, devient le copain de Robin Wood, _Robin des Bois_, mais on va garder malgré tout son apparence, sa fameuse capuche qui est à l'origine finalement du personnage, et on va en faire un libérateur des paysans et un défenseur de la pauvreté et des pauvres en général. 

Cette légende de Robin des Bois se construit exactement de la même façon que les souvenirs des personnages réels 

Quand vous connaissez la légende aujourd'hui, c'est qu'elle a traversé le temps et qu'elle s'est adaptée à toute une série de modes et de références dans notre imaginaire contemporain." 

📖 LIRE | "Et ils mirent Dieu à la retraite - Une brève histoire de l'histoire", Ed. Passés Composés, mars 2019

Je voudrais savoir si les moucherons vont se transformer en mouches ? (Maëlys)

Réponse de Vincent ALBOUY, Entomologiste

"En fait, nous sommes des mammifères et nous avons une croissance continue : on commence bébé, on finit adulte, donc on a tendance à se dire les moucherons sont des petites mouches. Etymologiquement, moucheron, ça veut dire petite mouche, mais ce sont des espèces différentes parce que les moucherons, comme les mouches, sont des adultes. Les larves, c'est à dire les bébés des mouches, sont des asticots qui n'ont pas d'ailes parce qu'il y a une transformation profonde entre la larve et l'adulte au moment de "la pupe" : cela correspond à la chrysalide des papillons, la nymphe de tous les insectes à métamorphose complète... comme la chenille et le papillon, le ver blanc et le hanneton." 

"Entre la dernière larve de ces insectes à métamorphose complète (les coléoptères, les guêpes, les abeilles, les papillons, les mouches, les moustiques) et l'adulte, il y a un stade immobile, une sorte de deuxième œuf, qui donne l'adulte qui est complètement différent de la larve. Donc un moucheron, c'est un adulte et il ne bougera plus."

Les invités
  • Bernard Stieglerphilosophe, fondateur et directeur de l'IRI, Institut de Recherche et d'Innovation au Centre Georges Pompidou, président d'Ars Industrialis
  • Didier Le FurDocteur en histoire
  • Vincent AlbouyEntomologiste, président de l’Office pour les insectes et leur environnement (OPIE)
L'équipe
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