Joséphine voudrait savoir pourquoi le temps passe moins vite dans l’espace que sur terre ? "Ce phénomène assez extraordinaire permettra demain des voyages dans l'espace, une nouvelle aventure humaine va bientôt commencer." C'est ce que nous raconte un homme merveilleux, André Brahic, astrophysicien.

Au-delà de l'espace et du temps...
Au-delà de l'espace et du temps... © Getty / Turgay Koca / EyeEm

Pourquoi le temps passe moins vite dans l’espace que sur terre ? (Joséphine)  

Réponse : André BRAHIC, Astrophysicien. On lui doit la co-découverte des anneaux de Neptune. Il faisait partie entre autres de l'équipe d'imagerie de la Sonde Cassini, il est décédé en 2016.

Bravo Joséphine ! Je vois que tu es au courant des dernières nouvelles, et en particulier du travail d'Einsteine. Quand on étudie la gravitation, c'est à dire la manière dont les corps s'attirent mutuellement : Newton, dans les années 1660-1670, nous a expliqué que les corps s'attiraient en raison inverse du carré de la distance de la masse. Et Einstein, dans les années 1915, a amélioré cela. 

Isaac Einstein a trouvé un résultat extraordinaire : c'est que la manière dont le temps s'écoule dépend de la vitesse à laquelle on se déplace, ce qui était purement théorique à l'époque. 

Alors on a vérifié, on a envoyé un avion faire le tour de la terre vers l'est et un autre avion faire le tour de la terre vers l'ouest et on a mit deux horloges identiques à bord de ces avions. On a comparé les horloges et on a vu que le temps s'était écoulé différemment. Autrement dit, on se rend compte que si on prend deux jumeaux  : l'un reste sur terre et l'autre va faire un voyage dans l'espace. Au retour de celui qui a fait un voyage dans l'espace, il s'est écoulé disons 30 ans, et pour celui qui est resté sur terre, il s'est écoulé trois siècles ! Autrement dit, le temps s'écoule différemment. 

La grande question est que ceci est vérifié par des horloges, mais le vieillissement d'un homme, c'est de la biologie. Est-ce que nos cellules vieilliraient de la même manière ? On n'a jamais fait l'expérience. Il faudrait envoyer quelqu'un dans l'espace pendant des dizaines d'années. Ce dont on se rend compte, c'est que l'écoulement du temps dépend d'une part de la vitesse et d'autre part de la masse près de laquelle on est. Le temps s'écoule différemment si on est près d'une grande masse que si on en est loin.

On pourrait imaginer que demain, si l'homme part explorer la galaxie, il mettra des siècles pour faire l'exploration, pour quelqu'un resté sur terre, et quelques années pour lui même. Evidemment, nous ne savons pas. Il faut bien comprendre cette dimension fantastique que nous n'avons pas encore vérifié parce qu'on touche à l'astronomie, on touche à la biologie, on touche à la physique fondamentale. Le temps, on ne sait pas très bien ce que c'est. En tout cas, on le maîtrise très mal. 

Pour comprendre le temps, il faudrait voir s'il s'écoule différemment pour les uns pour les autres. Ce n'est pas une question d'espace, c'est une question d'accélération et de masse. C'est aussi un lendemain merveilleux. On va trouver plein de choses dans le futur et peut-être que ce phénomène assez extraordinaire permettra demain des voyages dans l'espace. Une nouvelle aventure humaine va bientôt commencer que nous allons tous vivre, surtout les plus jeunes d'entre vous. 

"L'astrophysicien André Brahic nous a quittés, mais nous avons toujours autant de plaisir à le retrouver dans les P'tits bateaux."

📖 LIRE | "De feu et de glace - Planètes ardentes" d'André Brahic, éditions Odile Jacob

Comment sont nés les noms de famille ? (Lucie) Quelle est l’origine des noms de famille ? (Ludovic)  

Réponse de Marie-Odile MERGNAC, Généalogiste. Elle a publié de nombreux livres sur les noms de famille, tous édités chez Archives et Culture.

Les noms de famille sont nés il y a bien longtemps en France, depuis le Moyen Âge. Au début, les gens ne portaient qu'un seul nom, l'équivalent de notre prénom. Et puis, la variété de prénoms allait en se raréfiant. La population a beaucoup augmenté au X° siècle et on raconte que vers l'an 1000, quelqu'un aurait appelé Louis lors d'un banquet et que 10 personnes s'étaient levées ! Alors, on a progressivement donné des surnoms "Louis le Gros", "Louis le Hardi", "Louis Petit", "Louis le charpentier", etc. 

Ces surnoms se sont progressivement figés, se sont transmis aux enfants et sont devenus nos noms de famille à partir des années 1200 environ. 

Petit, c'est le quatrième nom par la fréquence en France, cela veut dire qu'il y avait des gens de petite taille repérés par leur surnom dans l'ensemble du pays. Les noms de famille n'étaient jamais choisis par la personne. C'est comme dans une cour d'école quand on donne un surnom à quelqu'un, c'est un surnom attribué par les autres et pas volontairement choisi. Les voisins n'étaient pas toujours tendres et on a des surnoms devenus nom de famille qui sont un peu méchants. 

Le premier nom, c'est Martin. Tout le monde imagine Dupont en 1er mais il est 22ème. Le deuxième, c'est Bernard.  Martin et Bernard, c'était tout simplement le prénom du père de famille à l'origine, Jean-Martin ou Jean-Bernard, signifiaient au départ Jean, "fils de Martin", ou Jean, "fils de Bernard", parce qu'ils n'avaient aucune caractéristique physique ou autre, qui permettait de les distinguer autrement. 

VOIR | Pour trouver l'origine, l'étymologie, la popularité de votre nom de famille...

📖 LIRE | "Les noms de famille en 100 clins d'oeil" de Marie-Odile Mergnac, éd. Archives et Culture.

📖 LIRE | "Le mariage et ses rites" de Marie-Odile Mergnac, Anne Tricaud et Florence Guibert, Editions Archives et Culture.

Est-ce que les animaux peuvent se transmettre des connaissances qu’ils ne possèdent pas de manière innée ? (Baptiste)    

Réponse de Thierry LODÉ, Professeur et chercheur en biologie, en écologie évolutive dans les Universités de Rennes et d’Angers. 

Les chercheurs ont été très étonnés quand ils ont remarqué que les orques, ces grands mammifères marins qui vivent en Australie du Sud, ne parlaient pas la même langue que les orques qui vivent en Australie du Nord ! Cela montre bien qu'ils ont une culture différente et qu'ils se parlent différemment. 

Plus on se penche sur les animaux et plus on s'aperçoit que leurs modes de transmission culturelle sont aussi importants que leur transmission génétique. 

C'est plus connu chez les primates. On pense par exemple aux macaques ou aux chimpanzés qui sont capables d'apprendre à casser des noix. On voit de jeunes chimpanzés qui observent comment on fait, se lancent avec beaucoup de maladresse mais qui apprennent à le faire. 

Il y a une expérience tout à fait étonnante qui a été faite chez les macaques japonais qui montrent qu'ils ont appris à laver les patates douces. Au début, on leur jetait des patates douces sur le sable et une femelle s'est rendue compte que si elle lavait la patate douce dans l'eau de mer, le sable par son poids tombait, et  la patate douce prenait un petit goût salé. Alors, elle l'a fait et elle trouvait ça très bon ! Et les autres macaques ont appris à le faire. Maintenant, il y a tout un ensemble de troupes de macaques qui savent laver leurs patates douces et les manger salées, ce qui est bien une transmission culturelle. 

📖 LIRE | "Pourquoi les animaux trichent et se trompent" de Thierry Lodé, éditions Odile Jacob.

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