Les souvenirs, comment ça marche ? demande Gaspard. La mémoire permet de nous souvenir, de faire des choix en fonction de notre histoire et de nous projeter dans le futur.... Le Professeur Francis Eustache se souvient de tout et nous explique pourquoi !

Souvenirs, souvenirs...
Souvenirs, souvenirs... © Getty / Yang Wen Shuang

Les souvenirs, cela marche comment ? (Gaspard)   

Réponse du Pr Francis EUSTACHE, Neuropsychologue, Directeur d'études à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, Directeur d’une unité de recherche Inserm, Président du Conseil scientifique de l'Observatoire B2V des Mémoires

D'abord, il faut que les souvenirs rentrent dans notre tête. Il faut que le moment que l'on vit soit important, qu'il nous procure une émotion, un intérêt pour cet événement vécu. Prenons l'exemple d'un pique-nique au soleil. Il fait beau, les gens sont contents de se retrouver, il y a de bonnes choses à manger. On vit ces informations et notre cerveau va mettre en contact ces différents éléments : l'odeur des fruits, les oiseaux qui chantent, le vent dans les feuilles, etc. 

Et pendant ce pique-nique, il se passe des choses importantes : on rencontre quelqu'un, on a une discussion passionnée avec cette personne. Le pique-nique se termine, et puis on va dormir. Les jours passent, mais dans notre esprit, on va continuer à penser volontairement ou involontairement, notamment pendant nos rêves, la nuit. Et on va consolider ces informations, ce qui veut dire que des régions du cerveau vont continuer à communiquer entre elles.

Il y a une région très importante dans le cerveau qui s'appelle l'hippocampe. On a deux hippocampes qui sont en communication avec d'autres régions du cerveau, les régions qui nous ont permis de voir le pique-nique, d'entendre les petits oiseaux chanter, de sentir les fraises, etc. Si cet épisode de vie est important pour nous, on va consolider ce souvenir pendant des jours et des nuits. Quand on se retrouvera dans une scène où quelques éléments peuvent évoquer ce moment : la prochaine fois où on va manger des fraises, où on va se trouver dans une clairière semblable... il y a de grandes chances que l'on récupère ce souvenir. 

Cet élément s'appelle un indice, il nous fait penser à ce pique-nique. Si c'était un moment heureux dans notre vie, on va avoir plaisir à récupérer ce souvenir. Le chemin n'est pas toujours simple. Dans certains cas, l'indice nous ramène au souvenir d'une façon quasi irrépressible, c'est-à-dire qu'on ne peut pas faire autrement que d'évoquer ce souvenir, on ne peut pas le chasser de notre esprit, il nous envahit. 

Dans d'autres cas, c'est plus compliqué, c'est quelqu'un qui va vous rappeler des indices. Ce moment n'était en fait pas aussi passionnant que cela, et finalement, on a du mal à s'en souvenir. Alors, il faut chercher seul, ou avec quelqu'un, en retrouvant les indices  : "Mais si, il y avait telle personne, souviens-toi, c'était à tel moment, à tel endroit..." Avec ces indices précis, vous allez récupérer la scène mais ce ne sera pas la scène initiale, ce sera une copie un peu déformée. 

▷ 📖  LIRE | "Les chemins de la mémoire" du Pr Francis Eustache et Béatrice Desgranges, en Poche aux éditions Le Pommier

Comment les numéros des rues ont-ils été créés dans la ville ?(Anne-Victoire)    

Réponse d'Eric HAZAN, Editeur et écrivain, dirige les éditions La Fabrique.

Du temps des rois, sous l'ancien régime, les maisons n'avaient pas de numéro, elles avaient des noms. Notre jeune amie est trop petite pour avoir lu Balzac, ceux qui l'ont lu se souviennent de "La Maison du chat-qui-pelote". Elle s'appelait ainsi parce qu'il y avait au-dessus de la porte un tableau montrant un chat avec une raquette de pelote, les maisons avaient un nom. Ce n'était pas très pratique, les gens ne s'y retrouvaient pas très bien. Comme à Tokyo aujourd'hui, où les maisons sont numérotées, mais dans l'ordre où on les construit : la N°58 peut être à côté de la N°7, et puis il y a la N°11 ! A Tokyo, il est impossible de trouver son chemin avec une adresse. 

Juste avant la Révolution Française, c'est Marin Kreenfelt de Storcks, éditeur de L'Almanach de Paris, qui établit en 1779 un projet de numérotation. Cette numérotation était continue sur un côté de la rue et continuait sur le côté opposé, sans notion de côté pair et impair, le premier numéro faisant donc face au dernier, et l'on numérotait les portes, et non les maisons. C'est un système pas très pratique qui existe encore dans certaines rues à Londres. Mais à l'époque, l'impôt était essentiellement sur les maisons. Il n'y avait pas d'impôt sur le revenu, cet impôt est très récent. Tous les impôts portaient sur l'habitation. De ce fait, les gens n'étaient pas du tout d'accord pour numéroter les maisons et faciliter le travail des collecteurs d'impôts.

Finalement, Napoléon 1er a décidé qu'on allait numéroter les maisons. C'est le décret du 4 février 1805 qui définit le système toujours en vigueur aujourd'hui : à gauche, tous les numéros impairs, à droite tous les numéros pairs. Le sens de la rue est défini par sa situation par rapport à la Seine. Pour les rues parallèles à la Seine, les numéros suivent le courant, ils vont augmenter d'Est en Ouest. Pour les rues perpendiculaires à la Seine, les numéros montent à mesure qu'on s'éloigne du fleuve. 

▷ 📖  LIRE | Eric Hazan : "Une traversée de Paris", aux éditions du Seuil / "Balzac, Paris" aux éditions de la Fabrique.

Le site d'Eric Hazan 

Combien de fois les serpents peuvent utiliser leur venin ? (Orane)  

Réponse de Françoise SERRE-COLLET, Herpétologue, Médiatrice scientifique au Muséum National d’Histoire Naturelle. 

Une dose de venin n'est pas réutilisable. Par contre, l'animal va fabriquer du venin continuellement, un peu comme notre salive. Ce sont les glandes salivaires qui ont évolué en glandes à venin. Cela signifie que quand ils mordent, ils vont utiliser une petite dose de venin, certains individus utilisent peut-être une dose plus importante. Mais le venin est fabriqué au fur et à mesure et pendant toute la vie du serpent. 

Un bébé serpent venimeux a du venin dès sa naissance, il est aussi dangereux qu'un adulte, ce sont les mêmes toxines. Attention si vous voyez des bébés vipères, il ne faut pas les manipuler parce qu'elles mordent et elles ont du venin. Ce sont des animaux à température variable, toutes leurs fonctions physiologiques sont basées sur la température extérieure. C'est la raison pour laquelle ils sont tout le temps en train de se chauffer au soleil, notamment pour fabriquer aussi leur venin.

Les invités
  • Francis EustacheNeuropsychologue, directeur d’une unité de recherche associant INSERM, Université de Caen et Ecole Pratique des Hautes Etudes, Président du Conseil scientifique de l'Observatoire B2V des Mémoires
  • Eric HazanEcrivain, éditeur
  • Françoise Serre ColletHerpétologue, chargée de médiation scientifique au sein du Département milieux et peuplements aquatiques du MNHN
L'équipe
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