Comment construit-on les ponts sur l'eau demandent Maria et Raphaël... C'est complexe et un peu technique mais Michel Virlogeux, ingénieur des Ponts et chaussées, s'ingénie à répondre très clairement au fil de l'eau.

Sous le Pont Mirabeau coule la Seine
Sous le Pont Mirabeau coule la Seine © Getty / Murat Taner

Comment fabrique t-on les ponts au-dessus de l’eau ? (Maria) Comment construit-on les ponts dans la mer ? (Raphaël) 

Réponse de Michel VIRLOGEUX, Ingénieur, Professeur à l’École Nationale des Ponts et Chaussées. Concepteur de grands ponts dans le monde entier : Pont de l’Île de ré, Viaduc de Millau, Pont Yavuz Sultan Selim d’Istanbul…

"Que ce soit une rivière ou la mer, c'est pareil, le problème c'est l'eau ! Je vais commencer par la méthode la plus claire. Pour pouvoir construire en mer, il faut des moyens nautiques : des barges et des bateaux. Il faut construire les fondations et la pile contre le tablier (l'endroit où passent les voitures qui portent les charges), on a les techniques pour ça. Pour pouvoir construire les fondations, il faut descendre au fond de l'eau, on va faire une enceinte fermée. Le plus simple est de faire des enceintes circulaires parce qu'elles vont bien résister à la pression de l'eau. 

On va construire un batardeau, un barrage destiné à la retenue d'eau provisoire, on va battre des palplanches, ce sont de grande feuilles plates en acier, un peu ondulées pour avoir de la résistance, qui sont équipées d'espèces de serrures sur les deux côtés. Pour les battre, on utilise un mouton-diesel, une grande masse qui se déplace le long d'un rail vertical. Cette masse est très lourde, elle descend, tape sur la palplanche et rebondit. Cela fait exploser le gazoil dans le piston du mouton-diesel et avec l'explosion, le piston remonte, puis redescend, etc... Il va battre la palplanche jusqu'à ce qu'on coupe le courant. Puis, on prend une deuxième palplanche, on l'enfile dans la serrure sur le côté de la première et on recommence, on recommence et ainsi de suite..."

"A l'intérieur de ce batardeau de palplanches, on va raidir le système par des profilés qu'on va mettre à l'intérieur et souder sur les palplanches. On a une enceinte qui est à peu près étanche. On va bétonner au fond, on va mettre un bouchon de béton qu'on va couler sous l'eau. Et là on a le batardeau, le bouchon de béton, et on va enlever l'eau. Et puis on va descendre travailler... c'est la première technique. 

Il y a une deuxième technique qui consiste à fabriquer un caisson à terre dans une forme de radoub,  une espèce de chantier sous l'eau. On ferme les portes, on vide la forme de radoub. À l'intérieur, on construit une espèce de caisson avec un fond et on ouvre les porte : l'eau rentre, le caisson se met à flotter, et on va le mettre en place avec des remorqueurs. C'est ce qu'on a fait, par exemple, pour les pylônes du Pont Jacques Chaban-Delmas qui franchit la Garonne à Bordeaux. Les caissons de fondation des pylônes de levage du tablier ont été fabriqués dans la forme de radoub de bassins." 

Est-ce qu’on peut toucher un arc-en-ciel et aller au pied de l'arc-en-ciel (Hugo) ? 

Réponse d'Emmanuel BOCRIE, Ingénieur, météorologiste, directeur de l’unité médias de Météo France. 

"Je vais te décevoir, tu ne pourras jamais atteindre l'arc-en-ciel ! C'est un phénomène optique se produisant dans le ciel. La lumière traverse le soleil quand il brille pendant la pluie, et va revenir dans notre oeil en décomposant la lumière. Si on regarde bien, on trouve les fameuses 7 couleurs : rouge, orange, jaune, vert, bleu, indigo et violet. En réalité, c'est un peu une tricherie, Isaac Newton avait indiqué 7 couleurs, il y en a beaucoup plus, à peu près 150 couleurs qui sont en décalé." 

"Hugo, je suis un peu déçu, mais je vais te dire comment fabriquer toi même ton arc-en-ciel ! Avec tes parents, en été, tu tournes le dos soleil, tu prends un tuyau d'arrosage, tu le pinces et tu envoies le jet d'eau devant toi. Ça va faire une pluie et tu vas voir apparaître le fameux arc-en-ciel." 

Si un jour, tu as la chance de voir un arc-en-ciel complet, c'est un demi-cercle avec les fameuses 7 couleurs et on se rend compte qu'au-dessus de ce cercle, il y a un autre cercle avec les couleurs inversées.

"Si on a encore plus de chance, entre les deux arcs en ciel, on voit une zone sombre qu'on appelle la bande sombre d'Alexandre, du nom du philosophe grec Alexandre d'Aphrodise. Et si on a encore plus de chance, en dessous du premier arc-en-ciel, on va voir des bandes vertes et violacées s'alterner les unes derrière les autres, c'est très rare de les voir. On voit l'arc en ciel, l'arc coloré avec le rouge à l'extérieur et le violet à l'intérieur du cercle, et on peut voir le même arc-en-ciel inversé au-dessus." 

Est-ce que les oiseaux peuvent dormir en volant ? (Marie-Lou)  

Réponse de Guilhem LESAFFRE, Ornithologue, Professeur de lettres, Administrateur du Centre Ornithologique d'Île-de-France (CORIF) 

"OUI, les oiseaux peuvent dormir en volant ! Pas tous, mais ce n'est pas un sommeil profond. Il ne faut pas s'imaginer qu'ils ont un petit oreiller amovible sur lequel ils s'installent en tirant la couverture... Notamment les martinets noirs qui vivent au dessus de nos villes et qui, le soir, montent jusqu'à des hauteurs impressionnantes. On s'est rendu compte qu'ils ne redescendaient pas, il fallait bien qu'il se passe quelque chose. Que faisaient-ils là-haut ? On a eu la certitude qu'ils dormaient en volant à partir du milieu du XX° siècle, lorsqu'on les a suivis en avion tout simplement." 

"Plus tard, on a compris ce qui se passait dans leur tête. En réalité, la réponse est très simple et concerne aussi les dauphins. En fait, le cerveau a deux hémisphères et par conséquent, l'un peut dormir pendant que l'autre est en éveil, ce qui permet aux martinets comme aux dauphins de rester en éveil tout en se reposant. 

Le martinet va atteindre des hauteurs impressionnantes, il peut voler à 1000 mètres. Et il est capable de se laisser dériver dans les courants aériens en se contentant d'étendre les ailes et se laisser porter. C'est sans risque, le risque de collision dans un ciel nocturne gigantesque est extrêmement infime. 

▷ 📖 LIRE | "Le petit guide des oiseaux du jardin" de Guilhem Lesaffre, éditions Larousse

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