Comment vient l’amour ? demande Solène. Le philosophe Fabrice Midal répond à cette jolie question et tente d'expliquer ce sentiment dont chacun a une définition, une expérience et un ressenti bien personnel... le mystère de l'amour. Et si on laissait un peu de place au hasard, à l'inattendu ?

C'est une histoire d'amour...
C'est une histoire d'amour... © Getty / Jinna van Ringen

Comment vient l’amour ? (Solène) 

Réponse de Fabrice MIDAL, Philosophe et écrivain, fondateur de l’Ecole Occidentale de Méditation. Directeur de la collection "L'esprit d'ouverture" aux éditions Belfond et de la collection "Evolution" chez Pocket. 

J'adore cette question si joliment posée : "comment l'amour vient" au lieu de dire "comment je peux tomber amoureux". C'est comme cela que parlait les philosophes de l'Antiquité : l'amour venait, pas du tout comme pour nous un sentiment que nous ressentons, mais comme un Dieu qui vient, une expérience qui vient nous visiter. Pour eux, l'amour était tellement beau qu'ils appelaient cela un Dieu. 

Par exemple, Platon ne cesse de dire "on aime parce qu'il y a un Dieu Éros qui vient nous visiter". Ce  n'est pas du tout le "Éros" aujourd'hui de l'érotisme, mais Éros, le Dieu qui vient vous éveiller, vous touche, vous appelle à quelque chose de plus grand, et vous sentez qu'il y a quelque chose qui vous fait défaut pour ETRE. 

L'amour vient comme un cadeau et vous éveille... 

Dans l'histoire, il y a beaucoup de représentations, on voit l'âme endormie et l'amour vient la visiter et la réveille. L'amour vient nous réveiller. Ce n'est pas juste une question de ressenti, de biologie. Les adultes parleraient tout de suite de biologie des émotions, Solène est plus sage que nous, c'est extrêmement vrai : "l'amour vient par surprise, par hasard". Il faut être ouvert à l'inconnu, ne pas vouloir tout contrôler, accepter l'incertain, accepter de regarder ce qu'on ne regarderait pas d'habitude. C'est irritant parce qu'on voudrait l'obtenir comme on veut, mais cela ne marche pas comme ça. 

Ce n'est pas de notre volonté, ce qui ne veut pas dire qu'on ne peut pas faire quelque chose pour nous ouvrir à lui. Là aussi, c'est tout à fait intéressant pour nous, c'est de la volonté ou ce n'est rien. Entre la volonté et rien, il y a tout un champ immense, c'est le champ où l'amour peut venir. On pressent bien qu'on ne peut pas décider volontairement d'aimer, mais on ne peut pas dire qu'on n'a rien à faire, on peut apprendre à aimer. J'enseigne beaucoup la méditation sur l'amour bienveillant et je suis vraiment frappé de voir que l'amour s'apprend, que l'amour vient parce qu'on s'ouvre à lui

📖  LIRE | Fabrice Midal a publié aux éditions Flammarion : "Comment la philosophie peut nous sauver",  "3 minutes de philosophie pour redevenir humain", coédition Flammarion- Versilio.

Le site de Fabrice Midal 

A quoi ça sert de faire des tableaux d’une seule couleur ? (Louise, 7 ans, presque 8 !) 

Réponse de Françoise BARBE-GALL, Historienne de l'Art, Conférencière et créatrice de l’Association CORETA (COmment  REgarder un TAbleau ) 

On pourrait penser que cela sert déjà à se reposer parce qu'il y a des images partout : chez soi, dans la rue, au cinéma, on a des photographies, on a toutes sortes d'images. Quelqu'un qui peint un tableau d'une seule couleur nous propose un lieu où les yeux peuvent se reposer. 

C'est un peu comme du silence en couleur...

C'est aussi une manière de dire : "Quelque chose va commencer, mais ce serait avant le début de l'histoire". Tu me dis "j'ai 7 ans, presque 8". Pas 8 ans encore, mais presque. J'ai un tableau d'une seule couleur. C'est presqu'une histoire qu'on peut imaginer en train d'arriver, mais elle n'est pas encore là. Tout va dépendre de la couleur choisie : cela peut être du blanc, du bleu ou du noir. Mais au fond, le peintre dit "tu as presque 8 ans", quelque chose me dit qu'une histoire est presque en train d'arriver... 

Les tableaux d'une seule couleur, monochrome, sont souvent noirs ou bleus ? Noir parce qu'on pense à Pierre Soulages, c'est récent, bleu parce qu'on pense à Yves Kleindans les années 60. Mais Kasimir Malevitch, "carré blanc sur fond blanc", juste après la révolution d'Octobre en Russie. Et il y a eu d'autres tableaux monochromes : Robert Rauschenberg, l'artiste plasticien abstrait américain, a peint des tableaux tout blanc et d'ailleurs, de nombreux peintres ont peint des tableaux tout blancs ou des tableaux en feuille d'or, donc seulement avec la lumière, la couleur, la matière de l'or aussi. 

Yves Klein, d'ailleurs, avant de peindre des tableaux bleus, a peint des tableaux tout rouge, tout orange ou tout vert. En fait, il disait aussi que dès qu'il y a deux couleurs sur un tableau, il y a un drame parce qu'on a toujours l'impression que les deux couleurs commencent à se parler comme deux personnages. Il y en a une qui veut être plus forte que l'autre, il y en a une qui est plus douce, plus tendre, plus opaque. Et Yves Klein voulait justement un tableau qui soit serein. Alors, il a éliminé toutes les couleurs. Il a gardé le bleu, qui est la couleur du ciel et de la chose qui ne s'attrape pas. 

▷ 📖  LIRE | "Comment parler d'art aux enfants" de Françoise Barbe-Gall, éditions Adam Biro

Pourquoi dit-on que la terre va bientôt manquer d'eau et en même temps qu'il va y avoir de plus en plus de pluie et d'inondations ? (Antoine)

Réponse de Jérôme GAILLARDET, Agrégé de Sciences Naturelles, Enseignant-Chercheur à l’Institut de Physique du globe de Paris et à l'Institut Universitaire de France.

Je vais te donner un scoop : "la Terre ne manquera jamais d'eau". 

Le volume d'eau sur la planète ne bouge pas, n'a jamais bougé et n'est pas près de bouger, tant qu'il y aura des hommes sur la planète. Mais la question d'Antoine est très bonne puisque avec le changement climatique, on nous annonce des sécheresses qui seront plus sévères dans certaines régions du monde. A d'autres endroits du monde, ce qu'on oublie de nous dire, c'est que les précipitations doivent forcément augmenter puisque la quantité d'eau sur la planète va rester la même. On ne va pas en perdre par magie dans l'espace. 

On ne peut pas très bien prévoir s'il pleuvra davantage ou moins dans le cadre du changement climatique, cela reste une question scientifique de premier ordre. On peut dire des choses sans trop s'avancer, sans trop se tromper. Par exemple, on sait qu'en France, avec le changement climatique, ce qu'on appelle les étiages en hydrologie, c'est-à-dire les niveaux les plus bas de l'eau dans les rivières, vont s'accentuer. En été, lorsqu'il fera un peu plus chaud, il y aura moins d'eau dans les rivières. Il y a des endroits où il y aura moins de précipitations. et d'autres endroits où il y en aura plus. Prévoir où seront ces endroits respectifs reste un vrai défi scientifique. 

En revanche, on peut manquer d'eau douce. Il y aura toujours de l'eau, c'est le fameux cycle de l'eau, le cycle perpétuel qui fait que l'eau est toujours naturellement recyclée. Mais lorsque l'homme utilise l'eau, il la remet dans le milieu, mais il ne la remet pas comme il l'a prise. Il y a mis des choses pas toujours très recommandables pour sa santé, des nitrates, des pesticides, des perturbateurs endocriniens et d'autres molécules tout aussi peu sympathiques. C'est là vraiment que l'humanité va devoir faire attention. Essayer de remettre dans le circuit naturel une eau de qualité. Le problème de l'eau n'est pas un problème de quantité, mais de qualité. 

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