Zoélie voudrait savoir si les archéologues choisissent un terrain bien précis pour faire des fouilles ou s'ils cherchent au hasard ? Yves Coppens, paléontologue, raconte avec passion : "il faut une bonne connaissance géologique, et puis le coup de chance qui fait qu'on trouve ou pas !"

Un archéologue fouille toujours animé d'un double espoir... chercher et trouver !
Un archéologue fouille toujours animé d'un double espoir... chercher et trouver ! © Getty / Ariane Jechow / EyeEm

Les archéologues choisissent-ils un terrain bien précis pour faire des fouilles ou cherchent-ils au hasard ? (Zoélie)

Réponse d'Yves COPPENS, Paléontologue. Professeur honoraire au Collège de France, membre de l’Académie des sciences.

On ne peut pas fouiller n'importe où parce qu'on perdrait beaucoup de temps. En général, on fait une première prospection quand on a les moyens, par avion. Tout simplement parce qu'un fossile doit être emballé pour qu'il se conserve, il faut qu'il soit dans un sédiment. Ce sédiment peut être un sable,  un gravier, un limon... Il faut savoir où sont ces dépôts-là pour tenter de voir s'ils contiennent quelque chose. 

De l'avion, on voit très bien ce que sont les massifs granitiques où on n'a aucune chance de trouver quoique ce soit, ce sont les roches cristallines. Et puis, on voit les bassins dans lesquels il y a les sédiments qui s'y sont déposés. Dans les sédiments, il y a souvent des fossiles, et lorsque ce sont des sédiments récents, on trouve des habitats humains. 

On ne va pas fouiller au hasard mais avec une bonne connaissance géologique, une bonne connaissance du terrain, et puis le coup de chance qui fait qu'on trouve ou pas !  

Il peut y avoir des intuitions et parfois aussi des informations. J'ai appris un jour que dans le Nord du Tchad, des chasseurs, qui s'occupent de géologie, avaient trouvé des fossiles et nous les soumettaient pour détermination. D'autre part, je suis allé en Sibérie parce qu'un éleveur de rennes avaient vu sortir de la Toundra, du sol, des bouts de défenses de 35 cm ! Il n'y a rien de tel que les nomades pour connaître leur terrain et repérer ce qui n'est pas normal. 

Je suis parti sur place, on a trouvé le reste du crâne, on a retrouvé le corps dans un permafrost, un terrain congelé de -15 degrés, depuis 20 000 ans. On l'a retrouvé tout entier. Il se trouve que j'ai fouillé là où c'était possible en été, sur un mètre. En dessous, cela reste complètement gelé, le reste, je l'ai fait au marteau piqueur. Un beau matin, je suis allé à la fouille et au fond de la fouille, j'ai trouvé des espèces d'étoupes, de morceaux de jute. Je me suis aperçu que j'étais sur les poils du mammouth, j'étais sur le dos du mammouth de 20 000 ans qui était en dessous ! 

📖  LIRE | Tous les livres d'Yves Coppens aux éditions Odile Jacob

D’où vient la voix ? (Augustin)   

Réponse de Jean ABITBOL, Chirurgien, Oto-Rhino-Laryngologiste, Ancien chef de clinique à la faculté de médecine de Paris et Phoniatre, grand spécialiste de la voix.

La voix est la signature de L'homme. C'est ta signature en tant que petit homme que tu es maintenant. Alors la voix est faite de quoi ? La voix est faite avec des voyelles et des consonnes, ce sont les mots. Et d'une musique qui est ce qu'on appelle la musique de la voix, on lui donne un terme un peu compliqué : la prosodie

La voix vient de notre cerveau, une partie du cerveau qui permet d'articuler, de faire "a e i o u". Et puis, une autre partie du cerveau qui permet de sentir si on est triste ou gai. Le cerveau va commander les cordes vocales, le larynx. Le cerveau va envoyer une information pour dire au larynx de bouger les cordes vocales. On a deux cordes vocales qui sont en arrière, au milieu du cou, derrière la pomme d'Adam.

Le cerveau va commander de fermer les cordes vocales pour pouvoir parler et de les ouvrir pour respirer. 

J'ouvre le larynx, les deux cordes vocales s'écartent quand on veut respirer, puis elles se rapprochent, se collent, se ferment l'une contre l'autre ("fermer" parce qu'elles ferment la gorge) pour parler, puisqu'on ne parle qu'en soufflant. Quand j'inspire, les cordes vocales s'écartent. Donc le larynx a deux fonctions : la voix pour parler, mais aussi pour ne pas avaler de travers lorsqu'on ferme ses cordes vocales, sinon ça passerait dans les bronches et les poumons. C'est la raison pour laquelle les cordes vocales se ferment quand on avale. Le larynx va s'ouvrir pour qu'on respire.

Le cerveau, d'abord, va commander les muscles du larynx pour ouvrir les cordes vocales et les faire séparer, ou pour les rapprocher et te faire parler. Mais il fait beaucoup plus que cela, il fait également une orchestration de tout ce qu'on appelle la caisse de résonance qui est au dessus des cordes vocales dans la bouche et dans la gorge qui permet de faire des voyelles. 

📖  LIRE | "Le Pouvoir de la voix" du Dr Jean Abitbol paru chez Alary Éditions

📖  LIRE | "Voix de femme", éditions Odile Jacob 

Les invités
  • Yves CoppensPaléontologue et paléoanthropologue, professeur émérite au Collège de France
  • Jean AbitbolOto-rhino-laryngologiste et phoniatre, ancien chef de clinique à la faculté de médecine de Paris
L'équipe
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