Kerguelen - Mont Rallier du Baty
Kerguelen - Mont Rallier du Baty © Radio France

Les français adorent les commémorations et les centenaires, alors j’en ai un à vous proposer. Celui du voyage des frères Rallier du Baty à Keguelen. Qui sont donc ces braves gens ? Henri et Raymond. Des fils de capitaine et neveux d’amiral et bon sang ne saurait mentir, Raymond , tout jeune officier de marine, lui aussi, se fera embaucher par Charcot lors de son premier voyage en Antarctique. Fasciné par les mers polaires, il décide de voguer à son propre compte vers Kerguelen. Kerguelen est alors une île qui n’intéresse que les baleiniers anglais et américains, même si en 1893 la France a envoyé un navire réaffirmer ses prétentions sur l’île.

Il embarquera dans l’aventure son frère Henri, de deux ans son aîné. Pour financer le voyage, on vend la propriété familiale, mais il faudra aussi chasser les phoques et recueillir leur huile. Le navire est un vieux ketch de pêche sans moteur de 18 mètres de long. A part le bosco de 43 ans, les trois autre hommes d’équipage ont entre 16 et 25 ans. Ces fougueux jeunes hommes rêvent de faire œuvre scientifique : cartographier, reconnaître la faune et la flore, Et toutes choses encore inconnues...

La première expédition , qui durera deux ans, de 1907 à 1909, est homérique. Il leur faut 5 mois pour arriver au but à travers les mers australes. Sur place, en plein hiver, ils entament leur carrière de phoquiers. Pas un d’eux ne sait seulement monter correctement les barils qu’ils ont embarqué en pièces détachées, faute de place. Raymond est l’âme de l’expédition, s’il lit Horace et les poètes latins à ses heures perdues, il est aussi redoutablement débrouillard et endurant. En plus de trucider éléphants de mer et phoques, il explore l’île sous toutes ses coutures, partant en chaloupe à la découverte, levant des cartes, répertoriant les espèces, sillonnant l’intérieur des terres à pied. Ils repèrent des veines de charbon et en extrairont 6 tonnes pour faire fondre la graisse de leurs prises. Plusieurs fois ils échapperont au naufrage sans se départir de leur humour et de leur science de marin.

A bord un sac est constamment prêt, avec un peu de nourriture salée, un fusil, des cartouches, du fil à voile, des aiguilles, un briquet et .. du rhum, le kit du parfait naufragé. Ils réussiront pourtant brillamment et vendront cargaison et navire en Australie pour payer le voyage de retour.

Henri, qui a commencé à avoir des soucis cardiaques, ne repartira pas, mais Raymond affrétera en 1913, « la Curieuse », navire à voile et moteur encore plus petit pour une expédition purement scientifique dans ses chères Kerguelen. Las, la déclaration de guerre l’obligera à revenir prématurément fin 1914. Les deux frères sont mobilisés, Henri mourra des suites de ses blessures et Raymond à l’âge canonique de 98 ans.

Leur première expédition racontée avec verve et modestie est un classique de l’aventure, son succès contribuera à redonner à la France le goût pour ces rivages lointains. On leur doit une partie de la connaissance des îles, de leur toponymie et de nombreuses observations scientifiques. Il était donc juste de les célébrer, ce que fait l’administration des Terres Australes à travers une exposition virtuelles et une série philatélique.

Leur livre, que je recommande vivement, « On peut aller loin avec des cœurs volontaires »… tout un programme, est ré édité en Poche.

Allez, vivent les phoques, les Kerguelen et les cœurs volontaires !

L'équipe
(ré)écouter Les récits d'Isabelle Autissier Voir plus
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.