La haute mer

Amoureux des océans, les derniers débats à l’ONU ne vous ont pas échappés. Après 10 ans déjà de palabres et après qu’une commission des sages s'est doctement penché sur la question, le statut de haute mer commence à être discuté.

La haute mer, c’est … 45 % de la surface de la terre ! Précisément, toute zone maritime située au-delà de 200 milles (soit 370 km) d’une côte. En deçà des fameux 200 milles, ce sont les Zones Economiques exclusives gérées par les états riverains. Dans cette haute mer, il ne faut pas dire qu’il n’y a pas de règles, mais plutôt un fouillis de règles : certaines sur les priorités entre navires, les pollutions, la circulation des câbles sous-marins, pas moins de 30 organisations différentes gérant certains aspects de la pêche. Mais, par exemple, rien sur la protection de la biodiversité, pas moyen de créer des Aires Marines protégées et encore moins de les faire respecter, rien sur les pollutions sonores, une gestion des pêches inefficace. Les prospections minières sont sommairement contrôlées par une agence onusienne, mais aucune étude d’impact par exemple n’est obligatoire… bref, c’est la foire d’empoigne.

Pendant des millénaires, la haute mer était trop loin, trop dangereuse, trop inconnue. Ce n’est plus le cas. Les enjeux sont immenses. La seule zone de Clipperton dans le Pacifique recèle 20 ans de consommation de cuivre, nickel et manganèse, par exemple. Pour d’autres ressources, la cosmétique, la santé, l’agroalimentaire sont à l’affût. Aujourd’hui, vous pouvez breveter de manière privée n’importe quelle molécule issue du vivant récolté en haute mer, il n’y a pas de lois. D’ailleurs, ce type de brevet augmente de 12 % par an au profit essentiellement des USA, de l’Allemagne et du Japon.

Evidemment, dans cette négociation, tout le monde n’est pas d’accord, les USA rejoignent la Russie et le Canada pour demander qu’il n’y ait aucune contrainte, les pays du Sud ne veulent pas entendre parler d’aires protégées. L’union Européenne tente un compromis où l’utilisation de ces biens publics mondiaux, que sont les ressources minières profondes ou la génétique puissent faire l’objet de royalties, à l’instar du processus de Nagoya à terre….

Comme pour le climat, on ne peut hélas qu’avancer à pas lents, au rythme de l’accord de plus de 150 pays. Il est donc prévu encore 4 rounds de négociation d’ici 2018, avant d’accoucher d’un texte, si tout va bien, qui sera encore rediscuté. Donc dans 5 à 10 ans, nous pouvons espérer des règles à peu près claires et un organisme mondial de régulation.

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