La pêche au Sénégal
La pêche au Sénégal © corbis / MATTES Rene/Hemis

Il y a du rififi du coté du Sénégal et plus exactement de ses pêcheries. Normalement les côtes, depuis la Mauritanie jusqu’au Sénégal sont particulièrement poissonneuses grâce à l’upwelling, ce courant venu des profondeurs qui vient lécher le rivage. Il remonte avec lui de nombreux nutriments qui font la joie de ce que l’on appelle les petits pélagiques : chichards, sardinelles, et autres maquereaux. Mais voilà, ici comme ailleurs la sur-pêche exerce ses ravages .

D’autant plus que depuis les années 90, de nombreux navires étrangers font une concurrence pour le moins déloyale : un navire de plus de 100 mètres contre des pirogues… On imagine le résultat. La pêche au Sénégal c’est une affaire sérieuse, 600 000 personnes travaillant dans le secteur. A Mbour, Joal, ou Kayar, les plages sont couvertes de ces magnifiques pirogues bariolées, à la grande joie des milliers de femmes qui dépiautent, font sécher, fumer, transportent les 370 000 tonnes annuelles. La sardinelle est l’ingrédient essentiel du plat national et les poissons fournissent 70% des apports en protéines animales de la population.

Coup de tabac, donc, début 2014, lorsque la marine sénégalaise a arraisonné l’Oleg Naydenov, chalutier russe de 120 mètres de long pris en flagrant délit de récidive de braconnage. Il faut dire que le nouveau président Macky Sall a dénoncé des contrats léonins signés par son prédécesseurs et s' est adjoint un redoutable ministre de la pêche en la personne de Haïdar El Ali, surnommé le Cousteau sénégalais. Le navire russe a vu sa cargaison et ses engins de pêche saisis et reçu une amende de 600 000 euros. Le président compte bien aller plus loin et faire passer une loi l’autorisant à faire carrément saisir les bateaux en infraction. Les russes tempêtent qu’ils ont été arraisonnés par la violence et que d’ailleurs tout ceci est fomenté par Greenpeace qui se vengerait ainsi de l’emprisonnement de ses militants dans le grand nord….. mondialisation quand tu nous tiens !

Une étude américaine a calculé que le Sénégal perdait chaque année 228 millions d ‘euros du fait du braconnage de ses ressources halieutiques en particulier du fait des russes, coréen et béliziens. Le ministre El Ali en a donc même appelé à l’ONG Sea Shepard , célèbre pour sa traque des baleiniers, pour l’aider à faire respecter ses côte. Ça ne va encore pas plaire…

Un autre problème pointe son nez. Entre 2011 et 2014, 11 usines de traitement de poissons ont vu le jour. A Joal les pirogues débarquent difficilement 200 tonnes de poissons par jour et la nouvelle usines , russe, elle aussi , pourrait en absorber 460 tonnes … chercher l’erreur ! Lorsque l’on sait que c ‘est pour produire de la farine pour l’alimentation animale, poissons d ‘élevages et cochons européens, on est pris d’un certain malaise.

Oui cela crée 170 emplois et les promoteurs de l’usine construisent aussi la mairie et la maternité, mais cela risque d ‘être au prix de la sécurité alimentaire du pays. Les pêcheurs maintenant demandent que l’on arrête carrément l’exportation.

La guerre de la sardine n’est pas terminée.

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